CHU de Nantes : l’usage du MEOPA, un gaz antalgique puissant, est suspendu après l'alerte des soignants

Bonbonnes de protoxyde d'azote médicinal / CHU Nantes / © France Télévisions
Bonbonnes de protoxyde d'azote médicinal / CHU Nantes / © France Télévisions

Utilisé par plusieurs services du CHU de Nantes, le MEOPA, un gaz antalgique, est temporairement suspendu dans le service des brulés en raison des effets secondaires signalés par les soignants.

Par Fabienne Even

"Ce jour-là, c’était des vertiges à ne plus pouvoir me lever de mon lit et lorsque je me levais c’était pour aller vomir", confie Odile Perrodeau, aide-soignante au service des grands brulés du CHU de Nantes. "A chaque fois, ce sont des migraines, des nausées. Mes collègues et moi, on sent une grande fatigue", ajoute-t-elle.

Pour Odile Perrodeau et ses collègues, aucun doute, ces symptômes sont liés à l'usage du MEOPA, un gaz à visée euphorisante utilisé en inhalation lors de soins douloureux, notamment en pédiatrie et dans la prise en charge des grands brulés. Par mesure de précaution, son utilisation est temporairement suspendue dans le service des grands brulés.

Mélange de protoxyde d'azote et d'oxygène, le MEOPA est de plus en plus utilisé à l'hôpital constate Yoan Rouvière, membre du CHSCT du CHU de Nantes. "Il a tendance à être banalisé dans ces pratiques. Aujourd’hui on se rend compte que le volume de gaz qu’on utilise augmente mais que les recommandations de l’INRS données fin 2016 peinent à être appliquées, voire ne le sont pas du tout", explique-t-il. 
 

Des systèmes de ventilation pas assez efficaces


"On observe des problèmes de concentration du protoxyde d’azote dans l'air qui sont trop élevées par rapport aux recommandations. Le plan d’action proposé par la direction ne semble pas suffisant pour faire baisser significativement ces taux dans l’air", souligne Yoan Rouvière.

Pour lui, le principal problème est lié à des locaux anciens et des ventilations insuffisantes dans les salles de soins. "La solution c’est d’augmenter la ventilation des pièces et de piéger les gaz au plus près de l’émission, pour qu’il y ait le moins de diffusion possible dans l’air ambiant".

Roland Jaguenet, secrétaire adjoint du CHSCT, souligne pour sa part que le plan de prévention mis en place par l'hôpital "n'est pas assez ambitieux". Il pointe le risque de chronicité des symptômes car "le patient reçoit ce gaz de façon ponctuelle. Les soignants vont y être soumis pour certains de manière quotidienne".
 

Un médicament "au bénéfice certain"


Julien Nizard, Chef du service douleur et soins palliatifs au CHU de Nantes, rappelle que le MEOPA "est un médicament et qu'à ce titre, il fait l’objet d’une  surveillance, qu’il est contrôlé par les autorités sanitaires, notamment en terme de sécurité"

Mis sur le marché en 2001, le MEOPA présente "un bénéfice certain pour le patient", souligne le Professeur Nizard. "C’est une bonne solution pour prévenir et soulager un bon nombre de douleurs aigües à l’occasion de soins, ou dans les services de traumatologie ou d’urgence et dans les soins aux brulés".

Concernant l'impact de ce gaz sur la santé des soignants, 18 cas d’effets indésirables liés à l’utilisation de ce produit ont été signalés à la pharmacovigilance française depuis une dizaine d'années. 

Pour le professeur, il faut poursuivre le plan de gestion des risques avec les personnels concernés, le service de santé au travail et les professionnels chargés de la lutte contre la douleur. "L’idée est de limiter le nombre des soignants exposés, de limiter la durée d’exposition et la fréquence d’utilisation et de mieux former les professionnels pour limiter les risques d’inhalation"

Un comité d'Hygiène et de sécurité au travail doit se réunir ce vendredi 27 septembre. L'utilisation de ce médicament et le plan de gestion des risques sont inscrits à l'ordre du jour. 

Le reportage de la rédaction
 

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