L'ancienne maire de Biot (Alpes-Maritimes) et Orpea comparaissent ce mardi 16 janvier devant le tribunal correctionnel de Grasse pour homicides involontaires. Ce procès intervient plus de huit ans après la noyade de trois pensionnaires d'une maison de retraite du groupe privé dans des inondations dévastatrices.

C'est un procès très attendu qui s'ouvre ce mardi au tribunal correctionnel de Grasse (Alpes-Maritimes). Huit ans après des inondations meurtrières, la justice va devoir déterminer les responsabilités dans cette catastrophe.

Le soir du 3 octobre 2015, de violents orages accompagnés de précipitations exceptionnelles avaient transformé plusieurs rivières des alentours de Cannes et d'Antibes en torrents d'eau et de boue qui ont causé la mort de 20 personnes et des dégâts considérables.

À Biot, une vague de submersion a envahi le rez-de-chaussée de la maison de retraite du Clos Saint-Grégoire.

Marguerite Giunipero, 94 ans, Jacqueline Colombier, 91 ans et Josiane Chaix, 82 ans, sont mortes noyées dans 1,25 mètre d'eau.

Plusieurs autres pensionnaires ont survécu, dont une dame de 95 ans qui s'est accrochée au mobilier jusqu'à l'arrivée des secours. La directrice de l'époque, Anaïs Gledel, qui avait alors 29 ans et était en poste depuis un mois, et la société Orpea, qui avait racheté l'établissement en 2011, comparaîtront pour homicides involontaires et mise en danger de la vie d'autrui.

"Ma grand-mère a agonisé dans sa chambre"

Les proches des victimes seront présents à l'audience. Sandrine Delaup, petite-fille de Jacqueline Colombier, morte à l'âge de 91 ans, se bat depuis 8 ans pour obtenir réparation. Le traumatisme est toujours là : "Ma grand-mère a agonisé dans sa chambre, on l’a retrouvée pendue à son lit, accrochée, elle est morte comme ça. Ça, vous ne pouvez pas l’oublier !"

Une lame d’eau a ravagé le rez-de-chaussée de la maison de retraite. Le personnel aurait dû remonter les résidents à l'étage. Comme l'avait montré la précédente inondation de 2005. Mais le personnel soignant était-il en nombre suffisant ? Le procès abordera cette question. 

Au lendemain de cette nuit d'horreur, Olivier Chaix, neveu de Josiane, 82 ans, s'était précipité à la maison de retraite pour avoir des nouvelles de sa tante. Ce jour-là, le personnel d'Orpéa était dehors. Quand il a donné son nom de famille, il a compris en un regard que sa tante faisait partie des victimes. Aujourd'hui, il a dépassé le stade de la colère : "je veux simplement que la vérité éclate".

Une autre résidente, qui a miraculeusement survécu après avoir passé plusieurs heures dans l'eau froide, a demandé à son neveu de porter plainte. Elle est décédée trois mois après. Son neveu poursuit le combat judiciaire en mémoire de cette "femme de caractère".

L'ancienne maire de Biot sur le banc des prévenus

Mais l'ancienne maire de la commune à l'époque, Guilaine Debras (SE) , ainsi que le responsable des risques naturels de la ville, Yann Pastierik, les accompagneront sur le banc des prévenus pour répondre eux aussi du chef d'homicide involontaire. (Guilaine Debras a été battue par Jean-Pierre Demit lors des dernières élections municipales de 2020, elle était candidate sous l'étiquette "divers". Elle est ensuite passée sous la bannière "Renaissance" lors des élections législatives de 2022.)

Le jour du drame, Météo France avait placé le département en vigilance "orange" en raison d'un risque d'orage. Mais Biot n'avait pas suivi le protocole de son Plan communal de sauvegarde, qui prévoyait en particulier de prévenir les populations menacées. Comme dans plusieurs communes touchées, l'alerte n'a été donnée qu'après le passage de l'orage, entre 20h et 22h, selon les lieux.

Une demi-heure avant Biot, l'eau avait fait huit morts à Mandelieu-la-Napoule, près de Cannes. Mais l'enquête lancée contre cette municipalité a été classée sans suite.

De précédentes inondations en 2005 

Contrairement à Biot, les victimes de Mandelieu n'étaient pas des personnes dépendantes mais des habitants surpris par une brusque crue alors qu'ils étaient descendus récupérer leur véhicule dans des parkings souterrains.

À Biot, le Clos Saint-Grégoire, situé près d'un canal d'évacuation des eaux de pluie, avait déjà connu deux inondations, dont une en 2005 qui avait obligé le personnel à monter en urgence tous les pensionnaires au premier étage, avec l'aide des pompiers et de voisins. Il a depuis été fermé.

Fenêtre du rez-de-chaussée

Après 2005, la maison de retraite s'était dotée de portes anti-inondations et la commune avait creusé des bassins de rétention en amont. La conscience du danger s'était estompée, alors que les portes fonctionnaient mal et que l'entretien des bassins posait question. Le personnel n'avait pas reçu de formation pour savoir comment réagir au risque d'inondation.

Le soir du drame, Yann Pastierik n'a pas renoncé à se rendre au match de foot Nice-Nantes arrêté à la mi-temps à cause des pluies diluviennes. Seules une aide-soignante et une auxiliaire de vie étaient présentes au Clos Saint-Grégoire le soir du drame. Quand elles ont pris conscience du danger, il était trop tard. Balayées par la vague, elles ont elles-mêmes dû s'échapper par une fenêtre du rez-de-chaussée avant de se rendre auprès des pensionnaires du premier étage.

4 jours de procès

Le groupe Orpea, qui regroupe des maisons de retraite et des cliniques spécialisées, est présent dans une vingtaine de pays. Il compte 76.000 collaborateurs et accueille chaque année plus de 267.000 patients et résidents. Depuis deux ans, il est très secoué par le scandale né des pratiques de son ancienne direction, révélées par l'enquête de Victor Castanet, dans le livre, "Les Fossoyeurs". 

Le procès doit durer quatre jours, avec le réquisitoire prévu jeudi et les plaidoiries de la défense vendredi.

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