Crise énergétique : des boulangers des Alpes-Maritimes sont dans le pétrin

Ils ont du mal à payer leurs factures. Augmentation du prix de l’énergie, des matières premières, conditions de travail difficiles... Des ingrédients qui rendent indigeste le métier de boulanger dans les Alpes-Maritimes. Certains sont obligés de mettre la clé sous la porte.

Les petits pâtons roulent sous les doigts de Mathieu Dupuy. Dans le fournil de Chez Ma’mie à Tourrettes-sur-Loup, le boulanger s’applique à former des croissants rondouillets. Un geste où l’on déniche une passion intacte mais pourtant le moral n’est plus là.

”Coût des matières premières, manque de personnel, c’est dur. Je me lève à deux heures moins le quart du matin, je suis aux fourneaux jusqu’à 19 heures car on ne trouve pas de vendeur. On en cherche un depuis huit mois”

Mathieu Dupuy

Boulanger à Chez Ma’mie

Un trop plein pour Mathieu et son associé qui ont décidé de mettre la clé sous la porte. "Ça va être très compliqué de vendre mais on cherche un repreneur. Notre affaire cartonne, notre baguette vient d’être primée dans le patrimoine mondial de l’Unesco mais on est à bout de souffle”, lâche le boulanger.

La fin de la baguette à 1 euro ? 

J’ai reçu un document EDF m’indiquant que ma facture va être multipliée par quatre. Je vais passer de 1000 euros à 4000 euros par mois”, pose Frédéric Roy, boulanger niçois. Avec le dispositif d’amortisseur d’électricité mis en place par le gouvernement pour les TPE et PME, il pourrait s’en sortir avec une facture d’un peu plus de 2000 euros. 

Sur les réseaux sociaux, l’artisan espère toucher un public plus large et alerter sur le malaise toujours plus prégnant dans sa profession.

“Si vraiment on a ce coût de l'énergie à supporter, nos prix vont être tels que les gens vont se détourner des artisans. C’est logique, ils ne pourront pas payer une baguette 1,70 euros, quand juste à côté un concurrent va la vendre à un euro”

Frédéric Roy

Boulanger à Nice

Dans le viseur du Niçois, notamment les “boulangerie froides”, qui ne fabriquent pas de pain et cuisent de petites quantités dans la journée. 

À l’ancienne, sans peine

L'explosion des tarifs de l'énergie, c’est l'épée de Damoclès qu’ont tous les boulangers sur leur activité, sauf ceux qui travaillent à l’ancienne. Du côté de Trigance, Luc Bastiani regarde cette polémique de loin. Lui chauffe son four au bois et reste à l’écart de la flambée des prix. 

Une méthode qui suppose des contraintes et un surplus de travail mais aucun regret pour le boulanger. "Entre une réserve de bois pour l’année qui va me coûter 1400 euros et les confrères qui sont à l’électrique qui vont payer 11.000 euros par an, je suis gagnant”, affirme celui qui a appris à composer avec la suie. 

Un bouclier tarifaire revendiqué

Le dimanche 27 novembre, Frédéric lance un appel sur ses réseaux. Il organise avec d’autres collègues une manifestation à Paris le 23 janvier prochain. “Le but n’est pas de déranger les boulangers et consommateurs durant ces fêtes qui sont si importantes pour nous. A cette date là tout le monde aura reçu ses factures et aura envie de manifester car il nous faut ce bouclier tarifaire si on veut une chance de survie. Sinon la plupart d’entre nous allons mourir dans les mois à venir”, avertit le boulanger.