Procès en appel de l'attentat de Nice. Qui sont les deux accusés jugés, les seuls à avoir fait appel sur huit condamnés ?

Le procès en appel de l'attentat de Nice s'ouvre ce lundi 22 avril au Palais de justice de Paris, en présence des accusés Chokri Chafroud et Mohammed Ghraieb. Condamnés en première instance à 18 ans de réclusion criminelle pour avoir participé une association de malfaiteurs terroriste, ils ont interjeté appel et espèrent une peine plus clémente.

Accusés d'être impliqués dans l'attentat de Nice du 14 juillet 2016, deux accusés comparaissent à partir de ce lundi 22 avril au Palais de justice de Paris. Reconnus coupables de participation à une association de malfaiteurs terroriste et condamnés à 18 ans de prison en première instance en décembre 2022, Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb avaient interjeté appel.

Ces peines avaient surpassé les réquisitions des magistrats du parquet national antiterroriste (PNAT), qui avait réclamé 15 années de réclusion à l'encontre des deux individus. Ils risquaient jusqu'à 20 ans de prison.

Sur les huit accusés du premier procès, qui s'était tenu de septembre à décembre 2022, seuls ces deux accusés sont jugés en appel. Mohamed Ghraieb comparaîtra détenu, contrairement à la première instance où il se présentait libre à l'audience (voir dessin), sous contrôle judiciaire.

À lire aussi : notre dossier spécial sur le procès en appel et toute l'actualité sur l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice.

Poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste

Comme il y a un an et demi, cette audience judiciaire s'ouvrira bien sûr sans le protagoniste de l'affaire : Mohamed Lahouaeij-Bouhlel, le terroriste responsable de la mort de 86 personnes sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016 a été tué à bord du camion Renault Midlum qu'il conduisait.

Outre le fait d'être nés en Tunisie, les deux accusés du procès en appel partagent le fait d'être des proches du terroriste de Nice et d'être monté dans le véhicule du terroriste avant le soir du drame. Poursuivis pour participation à une association de malfaiteurs terroriste (AMT), la cour les avait tous les deux reconnus coupables il y a un an et demi.

Mohamed Ghraieb

Il est reproché à Mohamed Ghraieb, âgé de 48 ans, d'avoir participé à la recherche de location du camion et d'y être monté le 11 juillet en compagnie de Mohamed Lahouaeij-Bouhlel, soit seulement cinq jours avant l'attentat.

Exploité par les enquêteurs, le téléphone du terroriste trouvé dans le véhicule-bélier révèle deux selfies sur lesquels on aperçoit les deux hommes dans la cabine du Midlum.

Le quadragénaire a été identifié comme un interlocuteur fréquent de Mohamed Lahouaeij-Bouhlel depuis l'été 2015, grâce à des échanges téléphoniques nombreux - plus de 1 200 - dans la dernière année avant le drame.

Dans un téléphone retrouvé au domicile de Ghraieb, les enquêteurs ont de même découvert des vidéos tournées le lendemain du drame, le 15 juillet 2016 vers 7h30, où l'accusé se filme en train de sourire aux abords de la Promenade des Anglais. L'homme s'était rendu de lui-même à la police le 15 juillet en fin d'après-midi.

En première instance, Mohamed Ghraieb a réfuté toute connaissance du projet terroriste de Lahoueij-Bouhlel. "Je suis loin de tout ça, c’est impossible. Il n'y a aucune raison pour que je casse ma vie, j’avais une vie tranquille. Je n’ai rien vu venir," a-t-il clamé devant la cour. Interrogé, l'accusé a minimisé sa relation avec le terroriste. "C’était une connaissance parmi d’autres, je ne l’ai jamais considéré comme un ami intime", expliquait Mohamed Ghraieb, soutenant qu'il le voyait pour acheter des cigarettes ou faire du sport. Des explications vagues et parfois contradictoires qui n'avaient apparemment pas convaincu la cour.

De son côté, Chokri Chafroud est âgé de 45 ans et est, lui aussi, monté dans le camion avant le soir des faits, le 12 juillet. Lui a été interpellé le 17 juillet 2016. Il est accusé d'avoir mené des recherches pour la location du camion mais aussi pour une arme à feu.

Ce Tunisien a rencontré Mohamed Lahouaeij-Bouhlel alors qu'il débarquait en France à l'été 2015, et comptait notamment sur son aide pour pouvoir se loger à Nice. Les deux hommes se retrouvaient pour boire des cafés, se baladaient. Mais tout ceci ne restait qu'une "relation superficielle" a assuré Chokri Chafroud lors de l'audience de fin 2022, qui a, lui aussi, minimisé ses liens d'amitié avec le futur terroriste, pourtant son principal interlocuteur par téléphone.

Boujaafar est rempli de gens, t’as qu’une envie remplir un semi-remorque de ciment qui leur rentre dans leur cul de mère à tous ! Je ferai ça et j’irai à Masséna.

Chorki Chafroud

le 20 mars 2016 à Mohamed Lahouaeij-Bouhlel, à propos d'une plage tunisienne à Sousse

Dans des échanges début 2016 avec Mohamed Lahouaeij-Bouhlel, Chokri Chafroud faisait preuve d'une grande violence : de nombreux messages excplicites comme "mes couilles nique sa mère je viens tous vous niquer, nique Masséna, je vous nique tous j’arrive" le 29 mars ou encore "charge le camion de 2000 tonnes de fer et nique coupe lui les freins mon ami et moi je regarde" le 4 avril laissent entendre qu'il aurait pu inspirer au terroriste son mode d'action. Lors du procès, l'accusé a plaidé la plaisanterie ou l'oubli du contexte dans lequel ces propos s'étaient tenus.

Poursuivis pour participation à une association de malfaiteurs terroriste, les deux hommes encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.