Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes : le procureur de la République fait le point sur le bilan humain

Les recherches se poursuivent dix jours après les crues meurtrières du vendredi 2 octobre. Ce mercredi 14 octobre, le bilan est de 5 morts liés avec certitude aux intempéries. 13 personnes sont toujours portées disparues.
 

Xavier Bonhomme, procureur de la République de Nice a tenu une conférence de presse ce mercredi 14 octobre sur les conséquences de la tempête Alex qui a durement touchée les Alpes-Maritimes.
Xavier Bonhomme, procureur de la République de Nice a tenu une conférence de presse ce mercredi 14 octobre sur les conséquences de la tempête Alex qui a durement touchée les Alpes-Maritimes. © Laurent Verdi / FTV
Le bilan des crues des Alpes-Maritimes, repris en main par le parquet de Nice compte-tenu du difficile travail d'identification, fait désormais état de sept corps retrouvés. Parmi eux, cinq sont avec certitude attribués aux intempéries affirme Xavier Bonhomme, procureur de la république de Nice ce mercredi 14 octobre.

Difficile identification 

Deux cimetières situés dans les vallées ont été emportés par la tempête.  Au total, 400 tombes ont été déplacées. 
 

Aujourd’hui, il est très difficile voir impossible même avec autopsie de faire la différence entre le corps issu d’un cimetière et un corps d’une personne décédé suite à la tempête.

Xavier Bonhomme, procureur de la République de Nice


Le travail est aussi rendu compliqué par la zone à inspecter, plus 1000 kilomètres près des cours d’eau. Environ 400 gendarmes sont encore mobilisés sur le terrain. "Nous avons encore 48 heures devant nous" explique le colonel Thiburce, présent lors de la conférence. L’ADN ou les empruntes dentaires permettent l’identification. Pour le colonel Thiburce, dans deux jours il sera difficile voire impossible d’identifier l’origine des corps retrouvés.
 
Le bilan provisoire des crues des Alpes-Maritimes, repris en main par le parquet de Nice compte-tenu du difficile travail d'identification, fait désormais état de sept corps retrouvés, dont cinq sont avec certitude attribués
aux intempéries.
Le bilan provisoire des crues des Alpes-Maritimes, repris en main par le parquet de Nice compte-tenu du difficile travail d'identification, fait désormais état de sept corps retrouvés, dont cinq sont avec certitude attribués aux intempéries. © Séverine Neuquelman FTV
 
Parmi les cinq retrouvés, le procureur a donné des précisions sur leurs origines, une victime de la Roya emportée dans sa maison a été découverte en mer par la gendarmerie. Un homme et femme qui se trouvaient dans leur véhicule ont été retrouvé près de Saint-Martin-Vésubie, un autre disparu de Saint-Martin-Vésubie a été découvert à Lantosque. On ne connaît pas l'origine de la cinquième victime.

7 corps retrouvés par les autorités italiennes

Pour le moment, "il n'y a aucune certitude sur l’origine des corps retrouvés par les italiens" explique le procureur de la République de Nice.  

En France, depuis les intempéries, 13 personnes sont toujours disparus. 
10 jours après la catstrophe, le bilan humain est lourd.
 

"Brutalité absolue"

Les crues d'une "brutalité absolue"et d'un niveau jamais atteint jusqu'à aujourd'hui ont commencé le vendredi 2 octobre au soir et ont causé d'immenses dégâts. Dix jours après, les recherches et les opérations de secours aux sinistrés se poursuivent vendredi dans les Alpes-Maritimes. 

Père de trois enfants

Un pompier a été retrouvé, il s'agit de Bruno Kohlhuber, 49 ans. L'homme, père de trois enfants, était sapeur-pompier à la caserne de Cagnes-sur-Mer. Son corps a été retrouvé le mercredi 7 octobre, à Carros dans le lit du fleuve Var, à plus de 80 kilomètres de l'endroit où il avait été emporté par les flots. Son collègue pompie volontaire, Loïc Millo, âgé de 31 ans, est toujours recherché. Les deux pompiers avaient pris la route pour secourir les habitants sinistrés.
Le maire de la Bollène-Vésubie avait vu leur véhicule sombrer dans la Vésubie.
Le corps du pompier Bruno Kohlhuber, 49 ans, a été retrouvé dans le lit du fleuve Var le mercredi 7 octobre 2020
Le corps du pompier Bruno Kohlhuber, 49 ans, a été retrouvé dans le lit du fleuve Var le mercredi 7 octobre 2020 © SDIS 06
 

Levées de doutes

Une minute de silence a été observée à la mémoire du capitaine de sapeur-pompier dont le corps a été identifié jeudi dernier. Sur l'antenne de France 3 Côte d'Azur, le commandant des sapeurs-pompiers, responsable du Codis 06, Fabrice Gentili, s'est exprimé sur la disparition de son collègue :

L''émotion est grande. Malheureusement dans cette tragédie, c'est tout le paradoxe, c'est un soulagement d'avoir retrouvé un des nôtres. Bien évidemment, on pense à la famille et à tous ceux qui ont connu Bruno de près ou de loin. Ça permet de faire son deuil.

Le commandant des sapeurs-pompiers, responsable du Codis 06, Fabrice Gentili

"9 parties de corps ont été retrouvées"


Les recherches sont particulièrement difficiles. Le commandant des sapeurs-pompiers a aussi fait part des récentes découvertes : "9 parties de corps ont été retrouvées et sont en cours d'identification par la médecine légale." Des brigades cynophiles recherchaient des corps dans le lit de la rivière et jusqu'à la zone commerciale de Cap 3000. Des identifications qui s'annoncent complexes car les cercueils de trois cimetières ont été submergés.

Certaines tombes se sont ouvertes. Les marins-pompiers de Marseille ont retrouvé des "corps en décomposition avancée" dans les jardins des habitants. 
Les secouristes spécialisés dans la recherche en milieux aquatiques et eaux vives, dans l'embouchure du Var, à Saint Laurent du Var (Alpes-Maritimes) ce vendredi 9 octobre, recherchent des corps.
Les secouristes spécialisés dans la recherche en milieux aquatiques et eaux vives, dans l'embouchure du Var, à Saint Laurent du Var (Alpes-Maritimes) ce vendredi 9 octobre, recherchent des corps. © Djamel Mouaki - FTV
 

Deux villages sont toujours sans accès


Actuellement, le bilan est de 7 corps retrouvés, 5 décès confirmés en lien avéré  avec la tempête et de 2 décès n’ayant pas de lien  confirmé avec la tempête pour l’instant.

Depuis le début de l'épisode, il y a eu 671 interventions, 1288 personnes dont 826 par hélicoptères. 

Vendredi 9 octobre, les effectifs mobilisés étaient de 1142 personnes dont 775 personnes engagés sur le terrain (parmi lesquels 450 renforts extérieurs). Douze hélicoptères sont présents dans le département pour assurer des rotations de vivres ou transporter des personnes.

Ce lundi, deux villages sont toujours sans accès : Tende et la Brigue. En plus de la recherche de personnes disparues et du ravitaillement dans les zones enclavées, les pompiers évaluent les bâtiments.

Bombardement


En quelques heures, un déluge d'eau équivalent à la pluviométrie de la moitié de l'année 2019 s'est abattu le 2 octobre sur le département, causant des crues "hors norme" et d'une "brutalité absolue", a rappelé le président du département, Charles-Ange Ginésy. Plus de 500 mm d'eau par endroits, un record.

Comparées par plusieurs élus et responsables à un bombardement, les intempéries ont anéanti de nombreuses infrastructures vitales et plusieurs vallées sont désormais "inaccessibles pour plusieurs mois", a-t-il dit.

"Un amas de gravats"

Il s'agit en particulier de la Vésubie au nord de Nice et de la Roya, où la route panoramique franco-italienne "n'est plus qu'un amas de gravats". "Ces vallées seront marquées pour des années et la reconstruction sera longue et difficile", a-t-il ajouté, avant le vote d'une enveloppe départementale immédiate de 17 millions d'euros, et une décision d'engagement de deux tranches d'emprunt en 2020-21 pour un montant total de 200 millions d'euros. 

Une facture estimée à 1 milliard d'euros par le député (LR) Eric Ciotti, même si il est encore trop tôt pour chiffrer. En visite sur place mercredi, le président Emmanuel Macron a promis que l'Etat mettrait sur la table "à coup sûr plusieurs centaines de millions d'euros" pour la reconstruction.
Le président de la République Emmanuel Macron s'est rendu à Tende et à Saint-Martin-Vésubie le mercredi 7 octobre pour rencontrer les habitants sinistrés.
Le président de la République Emmanuel Macron s'est rendu à Tende et à Saint-Martin-Vésubie le mercredi 7 octobre pour rencontrer les habitants sinistrés. © FTV
 

Rotations d'hélicoptères incessantes

L'heure est toujours aux urgences, avec des rotations d'hélicoptères incessantes de 7H à 22H vers la Vésubie et la Roya pour ravitailler les communes encore isolées mais aussi aider à l'évaluation des dégâts. "Il y a 31 hélicoptères en vol et ça, tous les jours depuis samedi. Les mises en sécurité de personnes qui voudraient descendre, il y en a très peu (désormais).
Par contre, on est dans la reconstruction", avait commenté jeudi Thierry Cacherat, chef interbase du groupement d'hélicoptères de la Sécurité civile pour la région sud. La complexité des opérations par hélicoptères est redoublée par la particularité du relief, des vallées étroites, traversées par de nombreux câbles et où les appareils perdent le réseau radio.

Solidarité, l'entraide et la connaissance du territoire

Heureusement, depuis le début des intempéries, la solidarité, l'entraide et la connaissance du territoire ont permis d'éviter des drames. Dans ces vallées enclavées, tous se connaissent.
Les habitants se sont donc spontanément transformés en bénévoles pour les différentes missions qui sont apparues : distribution d'eau, de vivres, relogement des personnes sinistrées, prêt de baudriers pour emprunter le pont de la Vésubie, tri des vêtements collectés, organisation de repas collectifs au sein des villages. 

Priorité est donnée et aux services de secours


Une solidarité qui s'exerce et qui s'ajuste aussi au jour le jour en fonction des besoins, sur les réseaux sociaux. Et beaucoup de personnes cherchent à aider les habitants sinistrés. Mais d'ores et déjà, la Métropole appelle chacun à la plus grande prudence et invite les conducteurs à éviter de circuler dans les Vallées de la Tinée et de la Vésubie. Des routes ont été dégagées pour y accéder mais la priorité est donnée et aux services de secours véhicules transportant des biens de première nécessité. 

Contrôles

Deplus, des intempéries sont annoncées sur les hauteurs ce week-end "ce qui pourraient mettre à mal la chaussée déjà dégradée", prévient la métropole dans un communiqué : "des contrôles seront effectués pour s’assurer de la sécurité de chacun et les habitants sont invités à ne se déplacer que si cela est absolument nécessaire."



 
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