Mort d'une octogénaire dans une benne à ordures à l'hôpital : "Les choix du gouvernement créent de la maltraitance"

Une femme de 85 ans disparue des urgences et retrouvée morte dans un conteneur à l'hôpital d'Aix-en-Provence. Un fait qui interroge de nouveau le manque de personnel dans les hôpitaux. Pierre Dharréville, député de Martigues, plaide pour la création rapide d'une commission d'enquête sur la crise des urgences.

Un nouveau drame à l'hôpital. Le corps sans vie d'une patiente a été retrouvée ce mercredi dans une benne à ordure au sous-sol de l'hôpital d'Aix-en-Provence. La dame âgée de 85 ans souffrant de troubles neurologiques était prise en charge aux urgences. Sa fille va porter plainte pour défaut de surveillance.

>> Ce que l'on sait sur la mort d'une femme de 85 ans dans la benne à ordures d'un hôpital

Un drame qui rappelle celui de l'été 2019, où Jean Ligonnet, 72 ans, atteint de la maladie d'Alzheimer et en protocole de chimiothérapie à l'hôpital de la Conception, a été retrouvé mort 15 jours après sa disparition dans une salle désaffectée de l'établissement marseillais.

Plus récemment, en septembre dernier, Lucas agonise pendant plusieurs heures d'une septicémie dans les couloirs des urgence de Hyères. la famille porte plainte. Manque d'effectifs, délais d'attente trop longs. Les dysfonctionnements se multiplient dans les urgences saturées.

Alors que la situation est de plus en plus préoccupante, plusieurs députés ont récemment réclamé l'ouverture d'une commission d'enquête sur l'état des services des urgences en France. Pierre Darrhéville, député (PCF) de Martigues, fait partie des signataires. 

France 3 Provence-Alpes : Quel regard portez-vous sur ce drame qui s'est noué aux services des urgences de l'hôpital d'Aix-en-Provence ?

Pierre Dharréville, député (PCF) de Martigues : C'est un drame insupportable. Avant tout, j'ai envie de penser à cette dame âgée qui a perdu la vie dans des conditions tragiques, mais aussi à sa famille. Tout cela n'aurait jamais dû arriver. 

Ce nouveau drame traduit-il un des symptômes des services d'urgences à bout de souffle ?

Oui. Je crois que ce qu'il s'est passé aux urgences de l'hôpital d'Aix-en-Provence, c'est un des symptômes de cette crise que connaissent les urgences. De ce que je vois, je rencontre des personnels qui se démènent au jour le jour, qui essayent de faire face dans de grandes difficultés, et qui tirent la sonnette d'alarme. Et donc je crois qu'il faut les écouter et prendre les bonnes décisions pour avoir des services d'urgence qui soient au rendez-vous le mieux possible. Cela signifie qu'il faut de l'humain, qu'il faut investir. Il faut des moyens pour les urgences, il faut des moyens pour l'hôpital public.

Après on peut aussi réfléchir à l'organisation de ces urgences, c'est à dire à avoir, selon les pathologies dont souffrent les patients, des dispositifs d'accueil adaptés et ça, ça demande des moyens humains. 

Selon vous, ce nouveau drame résulte t-il de la politique du gouvernement qui conduirait malheureusement à une situation de désastre sanitaire dans le pays ?

On ne peut que constater que la crise des urgences est là et qu'elle a des effets. Donc quand vous voyez des patients qui attendent sur des brancards pendant des heures et des heures, il suffit de se rendre aux urgences pour le voir : ça ne peut pas, ne pas avoir de conséquences. Ça signifie effectivement qu'il y a des choix politiques qui ont été faits, qui ne parviennent pas à redresser la situation.

Donc oui, je critique les choix du gouvernement parce que je pense que depuis des années, on n'a pas fait les bons choix, et c'est pas faute de l'avoir dit, notamment à l'occasion du vote du budget de la sécurité sociale, en disant : ça suffit ! Il faut arrêter cette politique-là, et il faut mettre des moyens dans l'hôpital public pour donner un nouveau souffle et pour permettre de faire face. Je constate effectivement que les choix du gouvernement créent d'abord de la maltraitance sur les personnels eux-mêmes, ils les empêchent de faire leur travail correctement alors que les personnels ne demandent que cela : pouvoir faire leur travail.

Comme plusieurs autres députés, syndicats, associations et organisations du monde de la santé, vous avez récemment appellé, dans un courrier, la présidente de l'Assemblée nationale à lancer une commission d'enquête sur l'état des services d'urgences en France. Pourquoi ce choix ?

Il y a une crise dans les urgences qui n'en finit plus et une situation qui se dégrade de jours en jours, d'années en années, et donc les choix ne sont pas les bons. Il faut donc maintenant braquer le projecteur sur cette situation, et c'est ce que nous avons essayé de faire avec la demande de cette commission d'enquête pour permettre de documenter la situation réelle des urgences, qui, en réalité est une situation de crise à laquelle il faut s'attaquer le plus vite possible.

Donc, cette démarche de commission d'enquête vise à faire en sorte qu'on prenne des décisions le plus rapidement possible. Cela nous obligera aussi à contredire les choix qui ont été faits ces dernières années. On a chaque année un budget de compression des dépenses de santé alors que les besoins sont toujours là, et ils augmentent.

Vous répétez qu'il faut prendre les "bonnes décisions", faire "les bons choix", quelles seraient vos solutions ?

La première des choses à faire, c'est débloquer des moyens pour les urgences et pour l'hôpital public. Il faut embaucher, il faut du personnel supplémentaire. Et pour embaucher, il faut traiter les gens correctement, les rémunérer correctement et leur donner envie de venir. Ensuite, je cois que la situation actuelle appellerait sans doute de mettre autour de la table les premiers concernés et d'essayer de prendre avec eux les mesures les plus rapides et les plus efficaces pour faire face.

Donc, il faut ouvrir des discussions au plus vite pour prendre les bonnes décisions. Il faut arrêter de compresser les dépenses. Le ministre de l'Economie vient de nous expliquer qu'il va falloir faire 10 milliards d'euros d'économie sur le budget qui avait été voté. C'est un nouveau 49.3 sauvage qui nous est promis. Dans ces 10 milliards d'économies que l'on nous demande de faire, j'espère que l'on ne va pas trouver des mesures qui touchent à la santé. Ce serait complètement catastrophique.