Les riverains assignent 4 industriels en justice dont ArcelorMittal pour “trouble anormal du voisinage”

Les usines de Fos-sur-Mer / © CLEMENT MAHOUDEAU/MAXPPP
Les usines de Fos-sur-Mer / © CLEMENT MAHOUDEAU/MAXPPP

Ce jeudi 17 octobre, quatorze riverains de Fos-sur-Mer et Martigues ont assigné en justice quatre industriels devant le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence pour "trouble anormal du voisinage".

Par L.B

Des voisins plutôt très gênants. Ce jeudi 17 octobre, les riverains de Fos-sur-Mer et Martigues assignent en justice les sites industriels d'ArcelorMittal, les Dépôts pétroliers de Fos, Esso Raffinage et Kem One. Quatorze riverains se sont présentés ce matin au tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence.

Un cri de désespoir

Cette assignation pour "trouble anormal de voisinage", énième cri de désespoir, intervient un an après avoir déposé plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui".

On espère qu'ils vont prendre conscience du mal qu'ils font 

déclare Daniel Moutet, président de l'Association de défense et de protection du littoral du golf de Fos (ADPLGF).

36 infractions

Le 23 novembre 2018, l'industriel ArcelorMittal avait déjà été assigné en justice par France Nature Environnement (FNE). L'association accusait alors le groupe d'avoir commis 36 infractions aux législations sur la protection de l'environnement dans son usine de Fos-sur-Mer.

Suite à cette assignation, ArcelorMittal a écopé d'une amende administrative de 15.000 euros. Le préfet des Bouches-du-Rhône a également prononcé une astreinte de 1.500 euros par jour jusqu'à ce que le groupe respecte les normes environnementales. 

15 sites Seveso

Selon un rapport de 2017, le site industriel rejette un taux de benzène jusqu'à dix fois supérieur à la valeur limite autorisée. ArcelorMittal a de son côté affirmé avoir engagé "d'importants investissements" pour adapter ses installations aux normes. Des efforts "largement insuffisants" selon Daniel Moutet. 

Cette zone compte 15 sites classés Seveso et près de 200 usines. Dans une étude Index sortie en mai 2018, il est expliqué que les habitants de Fos-sur-Mer sont particulièrement imprégnés de trois polluants liés à l'inhalation : le plomb, le benzène, et deux furanes. Un coktail potentiellement dangereux.

Des maladies cardio-vasculaires

A cela s'ajoutent le dioxyde d'azote, l'ozone, les particules fines, le monoxyde de carbone, les hydrocarbures volatiles, le dioxyde de soufre et autres dioxynes. 

De nombreuses études similaires ont mis en exergue les dangers de la pollution dans cette zone où le taux de mortalité par cancer est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. La pollution est également la cause de maladies cardio-vasculaires.

Selon l'étude Fos Espeal datée de 2019, les habitants du front industriel seraient d'avantage concernés par des problèmes respiratoires et des symptômes chroniques. 

Des lanceurs d'alerte

Le 15 octobre dernier sur France 2, l'émission Infrarouge diffusait un documentaire sur l'histoire industrielle de Fos-sur-Mer intitulé "Les révoltés de la pollution".

Pendant plusieurs mois, l'équipe du documentaire a recueilli les témoignages des habitants, "les lanceurs d'alerte". "Ils réclament de la transparence et surtout d'être écoutés, depuis des années ils se battent dans leur coin, sont malades, ou meurent du cancer. Leur arme à présent c'est l'arme judiciaire", explique Antoine Dreyfus, l'un des deux réalisateurs du documentaire. 


 

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