Démission de Michèle Rubirola : sept choses à savoir sur Benoît Payan, le nouveau maire de Marseille

Benoît Payan a été élu, lundi, lors du dernier conseil municipal de Marseille de l'année. Il remplace Michèle Rubirola qui a présenté sa démission la semaine dernière pour "raisons de santé".

Le nouveau maire de Marseille, Benoît Payan, lors du conseil municipal, le 21 décembre 2020.
Le nouveau maire de Marseille, Benoît Payan, lors du conseil municipal, le 21 décembre 2020. © CHRISTOPHE SIMON / AFP

"Marseille ne se relèvera qu'en étant rassemblée." Benoit Payan a été élu, lundi 21 décembre maire de Marseille, une semaine après la démission de Michèle Rubirola. Tout sauf une surprise puisqu'avant de quitter son fauteuil, la maire sortante avait émis le souhait d'inverser son rôle avec son premier adjoint.

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Elu grâce aux 53 voix de la majorité, et en l'absence de candidats de l'opposition qui a choisi de boycotter ce scrutin pour dénoncer une "mascarade", Benoît Payan est rentré dans l'histoire en devenant, à 42 ans, le plus jeune maire de Marseille sous la cinquième république. Voici sept choses à savoir sur ce pur produit de la politique marseillaise. 

• 1. Il a gravi tous les échelons politiques à Marseille

Né à Marseille, c’est à Pont-de-Vivaux dans le 10e arrondissement que Benoît Payan passe son enfance. Fils d’une mère employée à l’Urssaf, il a fait un passage dans le mouvement des jeunes socialistes (MJS) dont il a été secrétaire national. Le début de son ascension politique. Malgré un diplôme à l’école supérieure de notariat de Marseille, il intègre rapidement et successivement les cabinets de Michel Vauzelle, alors président PS du conseil régional et celui de Marie-Arlette Carlotti (PS) ministre des personnes handicapées sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault au sein du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. 

En 2014, il gagne sa première élection dans son fief à Marseille. Il est alors élu conseiller municipal dans les 4e et 5e arrondissements. Faisant ses classes au département dirigé par l'ex-socialiste Jean-Noël Guérini, il le bat, avec Michèle Rubirola, en 2015. Il devient chef de file de l'opposition lors du dernier mandat de Jean-Claude Gaudin (2014-2020). Fin connaisseur des rouages politiques de Marseille, et à l'aise avec les médias, il a ferraillé avec éloquence lors des conseils municipaux face à la droite.

• 2. Il a soutenu Benoît Hamon lors de la présidentielle en 2017

Lors de l'élection présidentielle de 2017, Benoît Payan a affiché clairement son soutien à Benoît Hamon. "Il a fait le choix, radicalement moderne que j’ai partagé, de changer le discours socialiste, expliquait-il dans un entretien pour Made in Marseille. Il est le premier, aujourd’hui, à parler de ce monde qui va venir, de ce monde qui change, en essayant de le comprendre et de faire des propositions qui vont dans ce sens-là".

Au premier tour du scrutin, Benoît Hamon obtient 6,36% des suffrages exprimés derrière Jean-Luc Mélenchon, François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. "Malgré un résultat très décevant, je suis persuadé que le programme de Benoît Hamon reste porteur d’espoir et d’avenir, témoigne le socialiste auprès de Gomet. Une fois passée l’élection présidentielle, il sera urgent pour la gauche de tirer les leçons de cet échec, pour elle-même et pour la démocratie"

• 3. Il est l’architecte de l’ombre du Printemps marseillais

Même s’il n’était pas question pour cette union des écologistes, de la gauche et de l’extrême gauche de se ranger derrière Benoît Payan, ce dernier a été à son initiative. Proche d'Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, il avait été mandaté par ce dernier pour mener à bien l'union de la gauche à Marseille pour ces élections municipales de 2020. "C’est un jeune homme, brillant, [...] avec une connaissance aiguë de sa ville, louait le représentant du PS. Il a la force psychologique d’assumer la direction d’une ville comme Marseille."

Il avait pourtant renoncé en début 2020 à briguer la tête de liste de ce mouvement "refusant de servir de prétexte à la division", préférant soutenir Michèle Rubirola. "Je sais que ma candidature a été souvent évoquée, et vous avez été nombreux à me dire qu’elle suscite de l’espoir. […], lance-t-il le 6 janvier. Et pourtant, je vois aussi que certains se servent de moi comme d’un prétexte pour leurs petits calculs, comme d’un alibi malhonnête pour refuser l’union. Ils ne critiquent pas mes convictions, juste mon étiquette. Eh bien, je ne leur servirai pas d’excuse."

En se rangeant derrière Michèle Rubirola, Benoît Payan en profite aussi pour renvoyer ses détracteurs à leurs "responsabilités" : "A partir d’aujourd’hui, toutes celles et tous ceux qui continueront la division seront des alliés du système."

• 4. Il  est en "symbiose" avec Michèle Rubirola

"On a commencé à faire de la politique ensemble au département et on a été élus ensemble à la ville de Marseille", expliquait Benoît Payan sur France Inter au lendemain de l’élection de Michèle Rubirola en juillet. Souvent désigné comme le mentor de la maire, le premier adjoint balaie cet argument et s’appuie sur le lien fort qu’ils entretiennent. Pour Benoît Payan, Michèle Rubirola, c’est "une amie".

Quant à la principale concernée, elle affirme qu’ils forment un "binôme" en symbiose. Lors de sa prise de fonctions le 4 juillet, Michèle Rubirola lui avait rendu un hommage appuyé. "Merci Benoît, je n'oublie pas que je ne serais pas à ce poste si tu n'avais pas choisi de te retirer, merci pour ton aide, ton expérience et surtout le regard lucide et bienveillant que tu portes sur Marseille et qui nous sera précieux pour préparer l'avenir", avait-elle lancé à la tribune.

Six mois après, le binôme semble toujours solide même si des tensions ont été évoquées dans un article du Monde, à la mi-octobre. En annonçant sa démission, Michèle Rubirola a fait part de son souhait de voir Benoît Payan, son premier adjoint, lui succéder : "Nous formons un binôme et je souhaite que notre binôme continue mais s’inverse".

5. Son élection est décriée par l'opposition

Elu en une demi-heure seulement, loin de l'agitation des élections de juin dernier, Benoît Payan est dans la ligne de mire de l'opposition. Ce passage de relais avec Michèle Rubirola a fortement déplu au Rassemblement National (RN), comme aux Républicains (LR).

Comme en juin dernier, le RN a refusé le vote, mais est resté dans l'hémicycle.  

"C'est une élection sans surprise pour nous. Nous avons compris depuis longtemps la stratégie de la gauche qui avançait masquée (...) et qui sort "un socialiste issu du sérail, ce qui n'était pas annoncé".

Cette fois-ci, les Républicains (LR) ont également décidé de ne pas voter, et ont quitté l'hémicycle. Pour Guy Teissier leur représentant, cette élection révèle "un abus de pouvoir" "Les Marseillais ont voté pour une femme écologiste... Six mois plus tard, ils se retrouvent avec un homme socialiste (...)  J’y vois comme un déni de démocratie".

• 6. Il garde toujours un œil sur le stade Vélodrome

En 2016, les élus de l’opposition, dont fait partie Benoît Payan à l'époque, se sont insurgés contre le coût de la rénovation du stade Vélodrome, objet d’un partenariat public-privé avec le groupe Bouygues. Benoît Payan demande une "commission d’évaluation" de ce financement  et de la "transparence" sur l’opération financière. "On a brûlé 93 millions d’euros", s’emporte l’élu, qui parle d’un "abysse financier scandaleux".

En juillet, c’est au sujet du loyer du stade Vélodrome que Benoît Payan a pris position. Trop faible à son goût. "Moi, je défends l'intérêt des Marseillaises et des Marseillais. Pas contre le club, pas contre l'OM, pas contre le ballon. Mais il y a aussi des Marseillaises et des Marseillais qui ont besoin d'être défendus dans cette négociation. Si j'arrive à augmenter le loyer, c'est autant d'impôt des Marseillais en moins. Donc évidemment, c'est ce qu'on va essayer de faire", confie-t-il à Gomet.

Plus récemment, le premier adjoint a demandé une renégociation de la convention de partenariat avec la Coupe du monde de Rugby France 2023, signée par l’équipe municipale de Jean-Claude Gaudin. Son idée : faire baisser le coût pour la ville et pour les Marseillais estimé à "plus de 7 millions d’euros" : "Cette charge financière est bien trop lourde au regard des urgences auxquelles notre ville est confrontée".

• 7. Il admire le parcours de Jean-Claude Gaudin

Benoît Payan, "c’est quelqu’un d’intelligent, d’entier, qui dit les choses", assure François Tonneau, chef du service politique à La Provence. "Il a une rondeur très politique, poursuit-il. Il est du genre à arrondir les angles grâce à une bonne analyse des choses".  Et même si la succession de Michèle Rubirola s'annonce compliquée, Benoît Payan ne devrait pas avoir de mal à imposer "sa personnalité grâce à son sens de l'éloquence", assure un proche du premier adjoint. Car c'est un produit "issu du système politique, au moins, il connaît tous les rouages", souligne cette même source.

Pour ce proche de Benoît Payan cela ne fait aucun doute : "Même s’il n’est pas du même bord politique, il admire Jean-Claude Gaudin". Et le membre du PS ne s’en cache pas. A l'occasion d'une interview accordée à La Provence, il avait expliqué que "Gaudin est un personnage historique vivant, dont la longévité lui confère une légitimité exceptionnelle". Lors de son départ du conseil municipal cet été, Benoît Payan a salué" notamment son engagement, reconnaissant "avoir eu de la chance d’être son opposant" face à l’un des "derniers monuments de la politique française".

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