Enfant malade agressé, journaliste attaqué, cris de singe : de violents incidents lors du match Ajaccio-OM

Les supporters marseillais avaient interdiction de déambuler en ville, à Ajaccio. Le match n'avait pas d'enjeu sportif. Et pourtant des heurts ont éclaté dès la veille de la rencontre ACA-OM et jusqu'à après le match. Un enfant atteint d'un cancer et un journaliste ont notamment été agressés.

Tout commence par des incidents entre supporters à Ajaccio, avant le match contre Marseille : cinq blessés légers vendredi, aux abords d'un hôtel où des Marseillais étaient logés.

Le maire d'Ajaccio, Stéphane Sbraggia, avait alors demandé l'annulation du match afin que les supporters ne "s'exposent pas à un risque de violence qui est déjà présent et qui risquerait de prendre une ampleur incontrôlable", en vain.

À la dernière minute, une fan-zone a été créée sur une plage pour les centaines de supporters marseillais qui avaient fait le déplacement. Le jour du match, des insultes et des jets de projectiles ont été échangés, a constaté un journaliste de l'AFP.

Puis la tension est brutalement montée au Stade François Coty au moment où les supporters marseillais sont arrivés dans une ambiance tendue et sous des tirs de gaz lacrymogène. Ils ont été conduits jusqu'au parcage fermé qui leur était réservé.

Des cris de singe

Un groupe d'une trentaine de supporters ajacciens s'est alors approché et les insultes ont commencé à fuser. Certaines d'entre elles étaient à caractère raciste et des cris de singe ont également été entendus.
Les deux camps se sont ensuite lancé des projectiles, pierres, piles et feux d'artifice. Les stadiers de l'OM et la sécurité du club ajaccien sont intervenus et un calme relatif est revenu. Des CRS ont aussi été déployés le long du parcage marseillais.

"Ces incidents, c'est triste dans un match sans aucun enjeu. Ça couvait, il y avait des invectives sur les réseaux sociaux"

Olivier Pantaloni, entraîneur d'Ajaccio

AFP

"Ça n'est jamais agréable d'empêcher des supporters de venir mais dans la mesure du possible, ça peut être évité en interdisant le déplacement. Il faut peut-être en passer par là", a expliqué l'entraîneur d'Ajaccio, Olivier Pantaloni.

Un enfant atteint d'un cancer agressé

Un enfant de 8 ans, atteint d'un cancer du cerveau, et ses parents, supporters de l'OM, ont également été agressés dans une loge du stade François Coty, à Ajaccio, rapporte France 3 Corse.

Kenzo avait fait le déplacement en Corse pour réaliser son rêve de rencontrer les joueurs de l'OM. Une femme, qui l’accompagnait lors de cette rencontre, raconte la scène sur les réseaux sociaux. L’enfant a été « jeté à terre », « frappé au visage alors qu’il a un cancer du cerveau ». De plus, « son maillot de l’OM a été arraché et brûlé devant lui ». Son père a également été frappé.

Depuis, les messages de soutien se multiplient sur les réseaux sociaux.

Le compte Twitter "Infos OM" précise que Kenzo "a été blessé au visage et son papa a reçu deux coups de poing. Leurs maillots de l'OM leur ont été arrachés et brûlés".

La maman témoigne

Sur l'antenne de France Bleu Provence, la mère de Kenzo raconte ces événements violents. Venue de Roquefort-la-Bédoule (13), elle explique avoir été violemment prise à partie par un groupe de supporters corses au moment où Kenzo a sorti un maillot de l'OM.

"Kenzo a sorti son maillot juste au moment où rentraient des supporters d'Ajaccio. Ils ont crié "Le fils de pute, il a le maillot de l'OM, il faut qu'on le nique". Je leur ai dit "C'est de mon fils que vous parlez comme ça ? Vous rigolez, c'est un enfant de 8 ans, il a un cancer". Je l'ai poussé pour qu'il ne rentre pas, il m'a repoussée et je suis tombée. Après, ils m'ont marché dessus, ils sont passés, ils étaient quinze alors, je ne pouvais rien faire. Ils sont montés, ils ont ouvert la porte de la loge, ils ont mis deux coups de poing dans le visage de mon mari, ils ont poussé mon fils donc il est tombé et il a tapé tout le visage sur la barre en fer du siège, ils lui ont arraché les maillots, ils ont brûlé les maillots."

Amandine, mère de Kenzo

à France Bleu Provence

"On est choqués, on ne s'en remet pas", déclare Amandine. À l’issue du match, l'enfant a pu toutefois passer un moment avec une de ses idoles, le joueur de l'OM Matteo Guendouzi. 

Le club d'Ajaccio condamne

Dans un communiqué de presse, le club d'Ajaccio condamne "avec la plus grande fermeté ces actes inqualifiables", "même la plus extrême bêtise ne saurait excuser ces comportements".

"L’AC Ajaccio fera toute la lumière sur ces agissements honteux. Dès que les individus auront été identifiés par nos services, nous porterons plainte contre eux. L’AC Ajaccio est solidaire avec le petit Kenzo et ses parents".

AC Ajaccio

dans un communiqué de presse

Le club rappelle qu'il avait reçu le 25 avril l'association "des coccinelles rouges pour Thomas". Kenzo se trouvait parmi les enfants de cette association. Il rêvait de rencontrer les joueurs de l'OM. Il avait alors été invité avec sa famille pour le réaliser.

"Kenzo et ses parents, venus aux couleurs de l’Olympique de Marseille, ont été honteusement violentés par des individus qui se sont introduits dans leur loge. Alertée, la sécurité du club s’est interposée", précise l'AC Ajaccio.

Le président du groupe de supporters l'Orsi Ribelli a contesté dans Corse Matin certains détails dans le déroulement précis des événements tout en reconnaissant que "quelques personnes assises en tribune Faedda sont montées, ont porté deux coups-de-poing au père pour lui faire enlever le maillot avant de redescendre avec la tenue".

Journaliste de France 3 Corse attaqué

À la fin du match, alors qu’une équipe de France 3 Corse ViaStella couvrait les suites de la rencontre, un journaliste reporter d’images (caméraman) a été violemment agressé, frappé et pris à partie par un groupe d'une centaine de supporters marseillais dans une station-service située à la sortie d’Ajaccio.

Ces groupes évoluaient sans aucun encadrement policier et ont également pris à partie d’autres personnes présentes dans la station-service. L'une d'elles a été blessée au visage. 

Le matériel du journaliste de France 3 Corse ViaStella a été détérioré et la carte mémoire contenant les images a été subtilisée. Il est choqué mais n'a pas été blessé, il a été brièvement hospitalisé après sa prise en charge par les pompiers.

La direction et la rédaction de France 3 Corse ViaStella, ainsi que la direction du réseau régional de France 3, condamnent fermement ces actes et vont déposer plainte.

Deux enquêtes ouvertes

Après ces agressions, la justice ouvre deux enquêtes : une pour violences et vol aggravés (à l'encontre du journaliste de France 3), et une autre pour violences en réunion (à l'encontre de Kenzo, 8 ans), d'après le parquet à l'AFP.

"De premiers éléments font état de violences importantes commises par un groupe d'individus dont on est en train de rechercher les identités. Une garde à vue a été initiée à 1h15" dimanche, a indiqué à l'AFP le procureur de la République d'Ajaccio Nicolas Septe à propos du journaliste de France 3 Corse agressé. Le journaliste reporter d'images est hospitalisé et "assez grièvement blessé sans que ses jours ne soient en danger", a ajouté le procureur.

"On a demandé que tous les moyens soient mis en œuvre pour identifier les auteurs de ces faits inqualifiables dans les plus brefs délais", a-t-il expliqué concernant Kenzo.

Les maires réagissent

Le maire d'Ajaccio, Stéphane Sbraggia, a exprimé sur Twitter son indignation face à l'"agression gratuite et scandaleuse" de l'enfant et ses parents comme face à celle du journaliste "brutalisé dans l'exercice de ses fonctions", des "actes qui témoignent d'une inquiétante perte de valeurs".

Le maire de Marseille, Benoît Payan, a également publié un tweet où il écrit : "pas de mot pour décrire cette scandaleuse agression. Force à toi Kenzo ainsi qu'à ta famille".

Avec AFP et France 3 Corse.

L'actualité "Sport" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
L'actualité "Sport" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité