Municipales et coronavirus : l'abstention “gagnante” de l'élection, Stéphane Ravier demande le report du second tour

15/03/2020. Dépouillement à Carpentras (Vaucluse) du premier tour des élections municipales. / © P. FABREGUES / FTV
15/03/2020. Dépouillement à Carpentras (Vaucluse) du premier tour des élections municipales. / © P. FABREGUES / FTV

Le coronavirus a été au coeur de ce 1er tour des Municipales, marqué ce 15 mars par une abstention inédite. Le maintien du second est en suspens alors que se profile le confinement total. Le premier ministre tranchera après avoir réuni les experts de santé et les représentants politiques.

Par Annie Vergnenegre

Alors que la France compte ses morts, 127 à ce jour liés au coronovirus, et ses malades, plus de 5400 sur le territoire, le 1er tour des élections municipales s'est tenu dimanche dans une atmosphère très particulière. 

Beaucoup d'électeurs ont préféré rester chez eux. "Le contexte est inédit mais il faut rappeller que l'abstention est croissante sur tous es scrutins depuis les années 1980 et les municipales n'y échappent pas, note la politolgue Christèle Lagier. On s'attendait à un abstentionnisme plus important de l'ordre de 4 à 6 points de plus qu'en 2014 (37 %). Là on est à plus 20-25 points selon les endroits."

Coronovairus et protestation sociale

"Evidemment il y a un effet "crise sanitaire" qu'on ne pas nier, mais il y a aussi un effet de la prostestion sociale des gilets jaunes, analyse-t-elle, et une défiance à l'égard des responsables politiques qui s'accroit de scrutin en scrutin et qui touche des scrutins qui  autrefois étaient assez participationnistes". 

"Ces Municipales s'inscrivent dans une logique de croissance de l'abstention dans un contexte où le gouvernement et la présidence Macron sont très contestés, et évidemment il y a un caractère très exceptionnel lié à la situation sanitaire".

Plus de 67 % d'abstention à Marseille

L'abstention atteint des sommets inédits dans les Bouches-du-Rhône : 67,24 % à Marseille, 66,76 % à Marignane, 64,40 % à Aix-en-Provence, 61,45 % à Vitrolles, 58,34 % à Gardanne, 53,42 % à Arles.

Même constat dans le Var à Toulon 69,33 %, et dans le Vaucluse :  65,07 % Avignon, 60,97 % à Carpentras, et 57,64 % à Orange. 

Les communes des Alpes-du-sud n'échappent pas à la règle : 64,42 % à Gap, 61,40 à Manosque. 

Vers un report ou une annulation de second tour 

"L’abstention est historique, je comprends que beaucoup de Marseillaises et Marseillais ne se soient pas présentés aux votes", a déclaré Michèle Rubirolan, candidate du Printemps marseillais arrivée en tête à Marseille.

"Leur crainte a été légitime, le gouvernement n’a pas fait preuve de responsabilité en envoyant des témoignages contradictoires en 48 heures, a-t-elle ajouté. On a des électeurs aussi qui ne sont pas venus voter, on fait partie de ceux qui ont été victimes de l’abstention, comme tous les autres". 

Le confinement total obligatoire se profile comme en Italie et en Espagne. Plusieurs présidents de région ont d'ores et déjà appelé à un report du second tour. Le cas échéant, la question de la validité de ce tour se pose. Faudra-t-il le rejouer dans quelques mois ? 

Parmi ces personnalités, le président de la région Sud, Renaud Muselier qui estime que "la crise sanitaire ne doit pas s'ajouter à une crise politique".

Quel sort pour les maires élus au 1er tour ?

A Marseille, Stéphane Ravier, arrivé en tête (33,48 %) dans les 13-14e arrondissements où il a été élu il y a six ans, demande l'annulation du scrutin, dans une vidéo publiée sur son compte Twitter. Le taux d'abstention est de 71,94% dans ce secteur.

"Continuer ces élections serait un hold-up démocratique et une folie sanitaire", juge-t-il. 
"Moi je suis médecin, je fais entièrement confiance à la communauté scientifique. Je fais confiance à ce qu’elle a préconisé pour le premier tour, et je fais confiance aux préconisations qu’elle fera pour le deuxième tour," estime pour sa part Michèle Rubirola.

"Il y avait une décision politique à prendre, c'était d'annuler le premier tour au lieu de rester confiner dans des petites stratégies politiques liées à l'organisation des Sénatoriales en septembre e au fait que le président Macron savait qu'il n'aurait pas le soutien des formations politiques pour annuler", estime Christèle Lagier.

A Aix-en-Provence, le candidat LUG Marc Péna arrivé troisième estime que "si on est dans le confinement, comment peut-on sortir et aller voter? il y a une contradiction totale. Je pense qu'on va s'acheminer vers un report ou une annulation. Mais on va couper la poire en deux parce que des maires élus au 1er tour, comment on va leur expliquer qu'ils ne sont pas élus?"

"Mais si c'est reporté à l'automne, le corps électoral change, les dispositifs politiques changent et on repart de zéro, donc on refait un premier et un deuxième tour, il est probable qu'on aille vers ça," 
conclut-il.

Que se passera-t-il pour les maires élus à Istres (LDVG), Martigues (LCOM), Sisteron (LDVD), Gap (LDVD), Barcelonette (LDVD), Castellane (LDVD), Le Pontet (LRN), Camaret-sur-Aigues (LEXD), Sorgues (LLR)... 

La situation est inédite et se pose une question de constitutionnalité, le second devant suivre le premier le dimanche d'après. Le premier ministre Edouard Philippe doit étudier les différents scénarii possibles dans les prochaines heures en réunissant des experts scientifiques et les représentants des partis politiques afin de décider du maintien ou du report du scrutin de dimanche.

Plus forte hausse des cas de coronavirus et de décès

Selon un décompte publié dimanche soir par l'agence nationale de santé publique, Santé Publique France, le bilan de l'épidémie a grimpé dimanche à 127 morts et 5.423 cas confirmés, soit 36 morts et plus de 900 cas supplémentaires en 24 heures. Plus de 400 personnes sont hospitalisées dans un état grave. 

C'est la plus forte augmentation quotidienne des cas et des décès depuis l'apparition du virus en France, qui est officiellement entrée samedi dans le stade 3 de l'épidémie.

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