Draguignan : la "mafia des déchets" et ses 17 prévenus de 7 entreprises devant la justice

Publié le Mis à jour le
Écrit par Anne Le Hars
Tribunal Correctionnel de Draguignan dans le Var.
Tribunal Correctionnel de Draguignan dans le Var. © Jean-François Giorgetti / FTV

Ce 22 novembre, s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Draguignan le procès sur le démantèlement du réseau de trafic de déchet du BTP dans le Var et les Alpes-Maritimes. 17 prévenus dont 7 entreprises sont à la barre. 18 sites irrémédiablement pollué sont répertoriés dans ces départements.

On parle de procès de la "mafia des déchets" car 17 prévenus de 7 entreprises sont soupçonnés d'avoir organisé pendant des années le déversement sauvage de déblais de chantier dans la nature.

Prévu pour durer cinq jours, l'examen de ce dossier, où les prévenus encourent
jusqu'à dix ans de prison et un million d'euros d'amende pour diverses infractions pénales et atteintes à l'environnement, fait suite à un retentissant coup de filet qui avait mobilisé plus de 200 gendarmes et agents de l'Etat du Var, lors d'une
opération baptisée "Terres brûlées", en juin 2020.

Les prévenus sont poursuivis pour abandon et gestion irrégulière de déchets en
bande organisée, au titre du code de l'environnement. Mais aussi, au plan pénal,
pour escroquerie en bande organisée, menace de mort, de crime ou de délit, ou encore extorsion par violence, entre autres.

D'où ce qualificatif de "mafia des déchets" rapidement utilisé par les acteurs de ce dossier.

Menée depuis plusieurs mois, l'enquête avait mis au jour, selon Patrice Camberou, procureur de la République de Draguignan, 

"un système organisé depuis plusieurs années" au cours desquelles "des centaines de milliers de mètres cubes de terre, de béton, de ferraille ou de goudron avaient été déversés sur une vingtaine de sites irrémédiablement défigurés, entre Fréjus, Le Luc et Trans-en-Provence, dans le Var, et jusqu'à Sospel dans les Alpes-Maritimes

selon le Procureur.


Les entreprises obtenaient des marchés d'évacuation de gravats, les facturaient
au tarif réglementaire mais écoulaient et entreposaient les déblais "sur des terrains privés ou publics, en trompant ou menaçant les propriétaires", le tout coûtant "environ cinq fois moins cher", toujours selon le parquet.

"Des centaines de camions"

Selon la France Nature Environnement (FNE), partie civile aux côtés
notamment de la Fédération du BTP du Var, "de nombreux propriétaires privés se
sont laissés avoir par ce réseau mafieux: à la recherche de terre pour de petits
aménagement sur leurs parcelles, ils répondaient à des annonces sur Le Bon Coin
ou Facebook pour obtenir de la terre végétale": mais "alors qu'ils attendaient
quelques camions, ce sont des centaines de camions qui venaient finalement déverser des déchets sur leurs propriétés". 

Elle détaille dans un dossier accessible en ligne 

Plusieurs personnes ayant essayé de s'opposer à ce flux incessant ont été menacées de mort

selon France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur

Parmi les espaces pollués, l'association pointe des zones Natura 2000, des espaces boisés classés, mais aussi un site projet de périmètre de protection d'une source de production d'eau potable.

Parmi les zones impactées, la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures, zone de sensibilité majeure pour la tortue d'Hermann, une espèce protégée.

En août 2019, le maire du village varois de Signes, Jean-Mathieu Michel, 76 ans, était mort renversé par une camionnette dont il voulait verbaliser les occupants, après que ceux-ci avaient tenté de décharger des gravats dans la nature.


- Avec AFP

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