Les pontes de tortues sur les plages du Var et des Alpes-Maritimes interrogent les scientifiques

"Du jamais-vu en France !": en trois semaines, des Alpes-Maritimes à l'Hérault, six tortues marines de l'espèce protégée Caouanne ont choisi les plages françaises pour faire leur nid. Cette multiplication des pontes pourrait être due au réchauffement des eaux de la Méditerranée.

Une tortue marine est venue pondre à Fréjus-Plage vers 3h30 dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 juillet. Une autre avait fait la une des médias début juillet dans les Alpes-Maritimes. Pour la première fois, une plage de ce département était choisie pour devenir un lieu de ponte.

Puis, c'est à Porquerolles que des agents de nettoyage de la plage qui ont fait la découverte le 15 juillet au matin.

En trois semaines, dans les Alpes-Maritimes, le Var et l'Hérault, six tortues marines Caounne de l'espèce protégée Caouanne ont choisi les plages françaises pour mettre au monde.

"On se pose beaucoup de questions", reconnaît auprès de l'AFP Céline Ferlat, chargée de mission au Centre d'étude et de sauvegarde des tortues marines de Méditerranée, basé au Grau-du-Roi (Gard).
A chaque fois, des barrières de protection ont été installées et un arrêté municipal interdit de pénétrer dans un périmètre d'environ 10 m2 pendant la période d'incubation, d'une durée moyenne de 55 jours, qui s'achèvera si tout se passe bien par la périlleuse course à la mer des bébés tortues.

Une augmentation des pontes

Si ces sites de pontes suscitent de la curiosité (gardez vos distances !), ils interrogent les spécialistes.

En Méditerranée, la Grèce, la Turquie, la Libye ou Chypre sont les zones de reproduction traditionnelles des tortues Caouanne, des animaux migrateurs de 90 cm et 150 kg à l'âge adulte qui ne sortent de l'eau que pour pondre leurs oeufs sur une plage de sable, dans un trou qu'elles creusent puis recouvrent avec leurs nageoires.

Depuis une dizaine d'années, on constate une augmentation des pontes en Italie et en Espagne. En France, où on avait une ponte tous les ans ou tous les deux ans, l'augmentation est vraiment marquée cette année,

Céline Ferlat, chargée de mission au Centre d'étude et de sauvegarde des tortues marines de Méditerranée.

"C'est encourageant en termes d'évolution favorable des populations, reste à voir comment les tortillons vont grandir et évoluer", ajoute-t-elle.

Quatre pontes de tortues marines ont été observées ces dernières années, à Saint-Aygulf (Var) en 2016, à Villeneuve Les Maguelone (Hérault) en 2018, à Fréjus (Var) en 2020 et à Valras (Hérault) en 2022. 

  • Les nids déposés en Méditerranée occidentale sont-ils viables ?
  • La température du sable est-elle suffisante ?
  • Certaines tortues marines seraient-elles en train de coloniser de nouveaux habitats de ponte  ?

"Deux hypothèses" pourraient expliquer la présence accrue de la tortue, selon Sidonie Catteau, coordinatrice du RTMMF et cheffe de projet "Tortue marine" à l'Association Marineland à Antibes : d'abord "le réchauffement climatique, qui entraîne un réchauffement des eaux de surface et donc un changement des courants", et ensuite "l'évolution naturelle des sites de ponte, avec des sites qui disparaissent et d'autres qui apparaissent".

Au-delà des tortues, les scientifiques relèvent la présence "sporadique" d'autres espèces peu communes sous nos latitudes, comme le béluga dans la Seine en 2022 ou des pingouins torda, observés l'hiver dernier sur la Côte d'Azur et en Corse.

Le pingouin torda vit "plutôt en Europe du Nord et hiverne dans le sud du bassin méditerranéen", explique Isabelle Brasseur, responsable recherche et conservation du Marineland d'Antibes, qui a participé au sauvetage du béluga.

Cet afflux inhabituel est constaté de l'Espagne au Sud-Est de la France, en passant par la Corse. "Ces oiseaux pélagiques (de haute mer, NDLR) ne viennent en principe à terre que pour se reproduire. Le reste du temps, ils sont adeptes de la tempête, des embruns, de la haute mer, donc c'est assez étonnant de les voir ici", expliquait alors Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue française pour la protection des oiseaux.

"Je suis en Grèce"

 Avant qu'un phénomène devienne "significatif", il faut "une répétition d'événements sur plusieurs années consécutives et, à l'heure actuelle, pour les différentes espèces, il n'y a pas eu assez de répétition d'événements pour qu'on puisse évoquer un changement de distribution de la population", tempère encore Isabelle Brasseur, responsable recherche et conservation du Marineland d'Antibes

Au moment où la température de la Méditerranée atteint des niveaux record, les tortues venues sur la Côte d'Azur peuvent se dire "je suis en Grèce", leur lieu habituel de ponte.