Témoignages. "Violeur à la trottinette" à Grenoble : "Le plus inquiétant, c'était son regard", le récit glaçant de deux victimes

Publié le Mis à jour le Écrit par Margot Desmas

"L'homme à la trottinette", soupçonné d'une série de viols et d'agressions sexuelles dans l'agglomération grenobloise, reste activement recherché par les enquêteurs. Deux de ses victimes présumées, qui ont déposé plainte, racontent les agressions qu'elles ont subies.

Son récit fait craindre que "l'homme à la trottinette" sévit depuis plus longtemps qu'on ne le pensait. Un témoignage qui vient donner une nouvelle envergure à l'enquête. Pourtant, depuis plus de trois mois, Julie* avait "enfoui cette histoire", se croyant victime d'un acte isolé.

La jeune femme de 20 ans a été violemment agressée dans la nuit du 16 au 17 décembre, bien avant que naisse le vent de panique autour de cette affaire. Et près de deux mois avant le premier fait jusqu'alors imputé à cet homme, soupçonné d'une série de viols et d'agressions sexuelles dans l'agglomération de Grenoble.

Elle vient de déposer plainte ce jeudi 4 avril dans l'espoir de contribuer à l'identification de l'agresseur activement recherché. L'étudiante a été prise pour cible alors qu'elle sortait d'une soirée en boîte de nuit dans le quartier de l'Esplanade, à Grenoble. Il est environ 5h30 du matin lorsqu'elle loue une trottinette en libre-service pour rentrer chez elle, à Echirolles, à 25 minutes de route.

Très vite, un trottinettiste commence à la percuter par l'arrière. "C'était un jeu du chat et de la souris", décrit-elle, énumérant les allées et venues de l'individu qui l'a poursuivie à vive allure. "A un moment, il se met à ma hauteur. Je tourne la tête et il me regarde avec un regard perçant, très sombre et il part devant."

Julie poursuit sa route, pensant l'avoir distancé. "Mais deux minutes après, il était de nouveau derrière moi. Et ça a été comme ça jusqu'à Echirolles, continue-t-elle. Il partait devant et sans que je le remarque, il revenait derrière."

"Il savait très bien ce qu'il faisait"

L'homme, vêtu de noir, portait un cache-col et une capuche "qui aplatissait sa mèche rousse". Julie pense d'abord qu'il pourrait s'agir d'un voleur mais la course-poursuite s'éternise. Elle reçoit de violents coups de pied, chute à plusieurs reprises et garde son sang-froid. "Je pense que je ne réalisais pas", dit l'Echirolloise.

Son assaillant finit par l'asperger à l'aide d'une bouteille de liquide qui pourrait être de la vodka. "On roulait à la même hauteur et il l'a vidée intégralement sur mon visage, mes cheveux, ma veste pour que je sois aveugle. Puis il m'a embarquée avec sa trottinette et je suis tombée", poursuit Julie.

Plus loin, lorsqu'elle se retrouve face à lui pour la première fois, l'étudiante interpelle le jeune homme qui garde un air "sérieux, conscient, concentré" sans lui répondre. "Il savait très bien ce qu'il faisait et le plus inquiétant, c'était son regard", se souvient-elle.

Par chance, Julie finit par se retrouver devant une clinique et s'engouffre à l'intérieur pour échapper au trottinettiste qui la suit encore. "C'est à ce moment-là que je me suis dit que j'avais échappé à un vrai danger", raconte-t-elle. La jeune femme souffre de multiples contusions aux genoux, au coude et présente une bosse au niveau du crâne, selon des images que nous avons pu consulter.

"Ce qui m'a choquée, c'est qu'elle avait les cils arrachés, comme si elle avait eu un cancer", décrit une proche que Julie a appelé dès sa sortie des urgences. "Je voulais la voir dès le lendemain mais elle était tellement choquée qu'elle ne voulait voir personne", ajoute-t-elle.

Julie n'a pas souhaité déposer plainte dans les jours qui ont suivi l'agression mais sa rencontre avec Maria* l'a fait changer d'avis. "C'est là que j'ai pris conscience de la gravité de la situation", retrace la jeune femme qui a reconnu la description de son agresseur dans le témoignage de cette dernière, largement partagé sur les réseaux sociaux. "J'ai senti que c'était lui. Un roux à trottinette qui suit des femmes et les agresse, ce n'est pas tous les jours à Grenoble."

"Je l'ai poussé très fort"

Maria pense elle aussi avoir échappé au pire dans la nuit du 16 au 17 février, quand un homme a tenté d'abuser d'elle. "S'il avait été vraiment déterminé, il m'aurait violée", estime l'étudiante de 21 ans, autre victime présumée du "violeur à la trottinette". Elle confie avoir été suivie par cet homme en rentrant d'une soirée entre amis à Grenoble, raccompagnée jusque chez elle par deux personnes.

Profitant de leur départ, l'individu, vêtu de noir, s'est faufilé derrière elle pour s'introduire dans son immeuble, non loin du quartier Saint-Bruno, vers 2h30 du matin. "J'ai tout de suite compris, donc je suis montée en petite foulée à mon étage et il m'a poursuivie", raconte la jeune femme aux cheveux ondulés, l'air assurée.

Arrivée au deuxième étage, elle se cache dans un recoin du couloir tandis que l'individu, toujours à sa poursuite, part dans la direction opposée. "Il avait l'air très anxieux, vraiment déstabilisé. Je pense que tout ne s'est pas passé comme prévu pour lui", suppose Maria qui l'a observé un moment sans bouger, "tétanisée".

J'ai à peine le temps de me reculer qu'il m'attrape violemment pour m'attirer dans le local.

Maria, victime d'une tentative d'agression sexuelle

L'homme lui adresse finalement la parole, baissant son cache-nez pour lui demander où il pourrait garer sa trottinette. Maria scrute alors son visage entouré d'une "barbe de trois jours, rousse", la peau rougie et les yeux "un peu globuleux". "Il était plutôt mince mais un peu grassouillet", se rappelle-t-elle.

Après un bref échange, l'étudiante comprend qu'il n'habite pas l'immeuble mais décide malgré tout de l'accompagner en direction du garage. "J'ai pris des risques mais je ne savais pas quoi faire, reconnaît-elle. Je lui ai montré le local à vélos pour l'emmener en dehors du bâtiment, pour être sûre qu'il s'en aille (...) et, dieu merci, il est passé devant moi. C'est ce que je voulais pour pouvoir m'enfuir."

Tous deux s'avancent dans le garage et Maria ouvre la porte du local pour laisser entrer l'individu d'une vingtaine d'années. "J'ai à peine le temps de me reculer qu'il m'attrape violemment pour m'attirer dans le local. Je lui ai crié de me lâcher et je l'ai poussé très fort. Il avait l'air choqué que j'arrive à me défendre. Je suis partie en courant."

Témoigner pour "que la peur change de camp"

Arrivée chez elle, la jeune femme, sous le choc, appelle une amie avant d'alerter la police qui se rend rapidement sur les lieux. Les fonctionnaires lui indiquent avoir été appelés par une autre victime qui aurait été suivie, à quelques rues de là, par un homme à la description similaire. Maria porte plainte dès le lendemain pour "tentative d'agression sexuelle".

Depuis l'ouverture vendredi d'une information judiciaire par le parquet de Grenoble, la juge d'instruction enquête sur sept faits dans cette affaire dite du "violeur à la trottinette", dont deux viols commis les 11 et 16 mars, et des violences avec arme signalées le même soir que la tentative d'agression de Maria.

Aujourd'hui, les deux jeunes femmes s'emploient à donner l'alerte sur les réseaux sociaux afin "qu'il ne fasse pas d'autre victime""Je veux le retrouver cet homme", confirme Julie. "J'ai eu une bonne étoile mais je ne sais pas comment j'ai réussi à m'en sortir."

Toutes deux s'estiment chanceuses d'avoir échappé à leur agresseur mais restent hantées par cette rencontre. "J'ai toujours des cicatrices sur les genoux, et des flashes. J'ai toujours du mal à dormir. J'ai peur qu'il soit là, énumère Julie. Même si je n'ai pas bien vu son visage, je pourrais le reconnaître tout de suite par son regard. Un regard noir."

"J'étais complètement traumatisée. Je suis restée seule chez moi pendant des semaines et des semaines. Tout ce que je veux, c'est que la peur change de camp", confie Maria, espérant que leur prise de parole puisse mettre fin à cette série d'agressions.

Les prénoms ont été modifiés.

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