Forêts grillées par la sécheresse : "J'ai toujours connu ces arbres, je suis triste de les voir mourir"

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Un automne sec et chaud, avec des températures anormalement élevées : une situation exceptionnelle qui met en danger les forêts. Dans les Monts du Lyonnais, les traces du manque d'eau sont bien visibles avec une surmortalité des arbres. ©Emilie MECHENIN / Emma STENFELD / François RUDOLF / FTV

En ce début d'automne exceptionnellement chaud et sec, les forêts, épuisées par les sécheresses de ces dernières années, ont du mal à tenir le coup. Dans les Monts du Lyonnais, la surmortalité des arbres est devenu visible.

Au milieu des forêts qui recouvrent les collines des Monts du Lyonnais, des taches rouges attirent le regard. Il ne s'agit pas de feuillus qui se parent des belles couleurs de l'automne, mais de résineux qui ont rendu leur dernier souffle. Conséquence visible des sécheresses à répétition et du manque d'eau que connaît le territoire.

Un chêne vieux d'un siècle terrassé 

Dans les bois appartenant à sa famille depuis plusieurs générations, Jacques-Régis Descours a vu les cas de mortalité se multiplier. Propriétaire forestier d'une trentaine d'hectares à Cottance et président du syndicat des propriétaires forestiers Fransylva dans la Loire, il assiste impuissant à la catastrophe. 

À côté de sa maison, un chêne vieux de 160 ans vient tout juste de rendre son dernier souffle. Quelques feuilles desséchées ornent encore ses branches les plus basses. "J'ai toujours connu ces arbres au bord du chemin et je suis triste de les voir mourir, c'est dur", se désole le propriétaire. 

Le chêne centenaire va donc devoir être coupé. À ses pieds, des petites pousses pointent le bout de leur nez. De futurs chênes qui pourraient assure l'avenir de la forêt, mais beaucoup sont déjà desséchées. Un pin juste à côté est en train de dépérir, plus loin, sur le chemin, d'autres essences ont perdu leurs feuilles. "On n'avait pas ça avant, assure Jacques-Régis Descours. On avait quelques arbres qui mouraient de temps en temps, quand ils atteignaient un certain âge." 

La fin des sapins ? 

Une sur-mortalité due aux sécheresses à répétition que connaît le pays ces dernières années. Le début d'automne anormalement sec et chaud n'améliore pas la situation des forêts. "Les conséquences de 2022, qui a été une année particulièrement sèche, se font encore ressentir, prévient Alain Csakvary, technicien du Centre National de la Propriété Forestière. Ici, les premiers arbres victimes, sont les sapins qui sont tous en train de disparaitre."

Même les plus jeunes arbres ne sont pas épargnés. Des sapins, âgés d'une dizaine d'années, ont séché sur place : le vert de leur aiguille a laissé place au marron. Avec une petite hachette, le technicien décolle l'écorce d'un arbre, pour montrer les dégâts. "On voit très bien les petits trous de sortie dans l'écorce et les galeries dessous, les insectes ravageurs ont achevé cet arbre qui a été affaibli par la sécheresse." , détaille-t-il. 

Repenser la forêt

Des arbres plus fragiles, cible facile des ravageurs, mais aussi des arbres stressés par le manque d'eau. Pour tenter de survivre, les feuillus se débarrassent de leurs feuilles. "C'est pour essayer de moins transpirer, explique le technicien. Même si on arrive à l'automne, ce n'est pas normal d'avoir un érable aussi peu feuillé, il a commencé à perdre au milieu du mois d'août." 

Autre signe de ce stress hydrique, l'arbre produit beaucoup de fruits. Son objectif : faire naître d'autres arbres pour assurer sa descendance. "Ce phénomène à ce point-là sur les érables, je n'ai pas souvenir de l'avoir vu, c'est inédit, analyse Alain Csakvary. On sait que ça les épuise, on va avoir un arbre qui va rentrer dans l'hiver complétement épuisé. Alors, est-ce qu'il va repartir au printemps ?"  

Des arbres qui se meurent, des jeunes pousses qui n'arrivent pas à résister, l'avenir de la forêt se pose. "S'il n'y a pas de renouvellement naturel, l'homme va devoir réinstaller des essences, mais lesquelles ? Toute la question est là et les forestiers sont en train d'y  réfléchir", assure le technicien. Planter des essences adaptées au réchauffement climatique et au territoire pourrait bien changer le visage des paysages.