TEMOIGNAGE. Souffrant d’éco-anxiété, Mattia confie : « Mon angoisse est née du constat qu’on va droit dans le mur »

Mattia a 15 ans et vit à Clermont-Ferrand. Depuis qu’il a 9 ans, il souffre d’éco-anxiété. Une inquiétude liée à la crise écologique qui frappe les jeunes de plein fouet selon une étude publiée par un journal scientifique britannique.

Canicules, inondations, feux de forêt, … Face à l'explosion des catastrophes climatiques, l'éco-anxiété, ou angoisse liée à la crise écologique, frappe toujours plus de personnes. Pour certains psychologues, cette souffrance prend aussi le nom de solastalgie. C’est un mal dont souffre Mattia Geonget, un adolescent de 15 ans. Il vit à Clermont-Ferrand où il est élève de première au lycée Jeanne d’Arc. Chez lui, les premiers symptômes ont commencé très tôt, alors qu’il n’avait que 9 ans : « J’ai fait de l’éco-anxiété sur différentes périodes de ma vie, avec des manières de s’exprimer très différentes et des intensités multiples. Ca a commencé quand j’avais 9 ans. On dirait une histoire inventée pour avoir quelque chose à raconter mais c’est vraiment ce qui s’est passé. J’ai une famille très portée sur l’écologie, mais c’était plus un mode de vie, ce n’était pas un principe ».

Plusieurs phases

Il poursuit : « J’étais abonné au journal « Mon Petit Quotidien » et ils avaient fait une édition spéciale avec des images de l’impact actuel du réchauffement climatique. Je n’en avais jamais pris conscience avant. Ces images m’ont beaucoup choqué. Pendant longtemps, je ne pouvais pas aborder le sujet du réchauffement climatique car cela me faisait trop peur, je n’avais que 9 ans. Jusqu’à mes 11 ans, cela m’a fait assez peur et je n’en parlais pas. Après, j’ai eu l’occasion de créer un club dans mon collège. L’éco-anxiété s’est calmée parce que je sortais d’une sorte de déni et de peur pour aller vers quelque chose de concret, qui pouvait satisfaire mon envie d’agir et de ne pas seulement être spectateur de choses alarmantes ».

Il y a la phase où on se rend compte et ça nous stresse beaucoup, et une autre, plutôt une phase de découragement 

L’envie d’agir l’a conduit à intégrer le collectif Youth For Climate puis Fridays For Future. Mattia explique : « Mon angoisse est née du constat qu’on va droit dans le mur. Dans un deuxième temps, qui est venu plus tard, après que je me suis engagé et que j’ai co-créé des collectifs à Clermont-Ferrand, j’ai connu une phase assez dure. Je voyais que même quand on en faisait beaucoup, il y avait toujours cette impression que cela ne servait à rien. Il y a la phase où on se rend compte et ça nous stresse beaucoup, et une autre, plutôt une phase de découragement ».

Pluieurs symptômes

Pour Mattia, son éco-anxiété revêt différentes formes : « Je ressens différents symptômes : il y a beaucoup d’angoisses, de stress. Quand on est déjà dans un milieu militant écolo, ça peut créer plus de tensions avec les autres militants car on a l’impression qu’ils n’en font pas assez, juste parce qu’on est nous-mêmes angoissés. Je ressens un sentiment de peur quand je me rends compte du réchauffement climatique. Mais il y a un besoin quasi vital d’agir. Une des réponses est l’engagement. On ne peut pas rester dans un déni ».

Je ressens cette impression que les gens savent et qu’ils ne font pas

Mattia ne porte pour autant pas un regard accusateur face au monde des adultes : « Je pense qu’il faut faire attention car les adultes sont un groupe relativement large. Parfois, je ressens cette impression que les gens savent et qu’ils ne font pas, ce qui est pire de ne pas savoir. Ce n’est pas vraiment un manque de lucidité. Il s’agit d’inaction et de mensonges. On tait certaines informations qui ne plaisent pas ».

Mon éco-anxiété est un stress omniprésent 

Actuellement, Mattia ressent toujours des angoisses liées au changement climatique : « Aujourd’hui l’éco-anxiété s’est un peu calmée. Mais c’est toujours présent. J’ai encore peur et mon éco-anxiété est davantage liée à une impression globale d’inaction. L’action se tarit et l’intérêt qu’on porte à la cause climatique, qui a pu être fort à un moment, faiblit. Notre action n’est plus reconnue. C’est l’impression que je ressens. Mon éco-anxiété est un stress omniprésent ».

Rester optimiste

Malgré un constat un peu désabusé, le lycéen ne veut pas baisser les bras : « On peut être éco-anxieux et à la fois optimiste. On peut traiter l’éco-anxiété d’une manière très différente. Elle apporte selon moi forcément une part de pessimisme puisqu’on a peur. A partir du moment où on considère que l’éco-anxiété peut se changer en action, ça peut donner lieu à des moments d’optimisme ». Mattia, qui marche sur les pas de Greta Thunberg, indique : « Je suis principalement dans un groupe local qui s’appelle Fridays For Future Clermont qui rejoint l’association Youth For Climate France. On organise pas mal d’actions. Cet engagement me permet de calmer mes propres angoisses, ce qui est assez égoïste. Mais ça permet de transformer cette peur en quelque chose de plus constructif. Il y a surtout cette urgence d’agir, qui peut être de l’éco-anxiété mais aussi un sentiment partagé par beaucoup de personnes, sans que cela soit de la solastalgie. Il faut une dynamique globale d’action. On est obligés de s’impliquer pour qu’il y ait un changement. On a de l’espoir, même si ce n’est pas le sentiment le plus dominant ».

Une étude scientifique

Mattia n’est pas un cas isolé. Selon une étude publiée par la revue scientifique The Lancet Planetary Health,, 59 % des jeunes sondés déclarent être « très » ou « extrêmement inquiets » du changement climatique, tandis que 45 % affirment que l’anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative. Cela affecte leur sommeil, leur alimentation, leurs études et même leurs loisirs. L’étude a été menée par des chercheurs d’universités britanniques, américaines et finlandaise et financée par l’ONG Avaaz. Elle repose sur un sondage réalisé entre les mois de mai et juin par l’institut Kantar auprès de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans 10 pays, du Nord comme du Sud (Australie, Brésil, Etats-Unis, Finlande, France, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal et Royaume-Uni). Avant de répondre, les participants n’étaient pas informés du sujet de l’enquête. Quelque 75 % jugent le futur « effrayant », 56 % estiment que « l’humanité est condamnée », 55 % qu’ils auront moins d’opportunités que leurs parents, 52 % que la sécurité de leur famille « sera menacée » et 39 % hésitent à avoir des enfants. Plus de la moitié des jeunes sondés affirment se sentir apeurés, tristes, anxieux, en colère, sans défense ou coupables. Moins de 30 % se définissent comme optimistes.

"L’éco-anxiété : ces jeunes que le dérèglement climatique angoisse", on en parle mardi 28 septembre à 18h30 dans l'émission "On décode" sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Vous pouvez participer ou réagir en posant vos questions grâce au formulaire ci-dessous. 

 

L'avis d'une psychologue

Cécile Furnestin est psychologue à Châtel-Guyon dans le Puy-de-Dôme. Elle n’a pas encore traité de patients qui affirment souffrir d’éco-anxiété mais concède avoir elle-même quelques symptômes. « C’est une forme d’angoisse qui repose sur le dérèglement climatique. Cela peut se manifester sous forme de pensées ruminantes, d’un sentiment de tristesse, de désespoir, d’amertume. On peut flirter avec un état dépressif, avec des troubles somatiques qui affectent le sommeil ou l’appétit. Il s’agit d’un phénomène naissant, qui n’est pas encore massif dans nos cabinets » explique-t-elle.

Selon la psychologue, on peut soigner son éco-anxiété : « Ce n’est pas une maladie, mais on peut en prendre soin. Il faut essayer de ne pas dramatiser, de l’accepter. Il faut accompagner son éco-anxiété, par des techniques de relaxation ou du sport. Des entretiens avec un psychologue peuvent avoir lieu. Si les symptômes prennent trop de place, un médecin traitant ou un psychiatre peut prescrire des psychotropes ».

L’investissement dans des associations peut aussi apporter des solutions pour mieux vivre son éco-anxiété. Cécile Furnestin souligne : « L’engagement peut être une réponse au mal-être du jeune, face à un constat d’impuissance. Le patient peut ainsi se dire qu’il fait de son mieux. L’engagement militant ou au quotidien, le fait d’aller à la rencontre de personnes spécialistes de la question, peut permettre d’aller mieux ».

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