L'ancien Primat des Gaules, Philippe Barbarin se confie sur l'affaire Preynat dans un livre

"En mon âme et conscience", de l'ancien archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, sort en librairie ce jeudi. Le Cardinal revient notamment sur son rôle dans l'affaire Preynat, du nom du prêtre condamné en mars dernier pour agressions sexuelles sur mineurs.

L'ancien archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, le 28 juin dernier - Cathédrale Saint-Jean - archives
L'ancien archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, le 28 juin dernier - Cathédrale Saint-Jean - archives © JEFF PACHOUD / AFP

"En mon âme et conscience", c'est le titre du livre du cardinal Barbarin, ancien archevêque du diocèse de Lyon. Dans l'ouvrage qui sort ce jeudi 1er octobre, le prélat revient sur son rôle dans l’affaire concernant le père Bernard Preynat. Ce dernier condamné en mars dernier à une peine de cinq ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Lyon pour des faits d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts dans les années 80-90. L'ancien prêtre a fait appel.


Philippe Barbarin veut "rétablir la vérité des faits"

"Non, je n'ai jamais cherché à cacher des faits de pédophilie ou à entraver le travail de la justice", écrit Philippe Barbarin dans ce livre. "Je ne supporte pas qu'une partie de l'opinion pense que j'ai couvert ces actes.." 
Celui qui dit n'être "plus le même homme" confie avoir voulu, avec "la prise de recul nécessaire", "rétablir la vérité des faits" pour sa "famille", mais aussi "en pensant aux victimes de Bernard Preynat et à toutes les victimes".

Aujourd'hui, Philippe Barbarin espère pouvoir se faire entendre sur "sa vérité" dans cette affaire avec la parution de ce livre. Dans son ouvrage, il reprend notamment ses arguments énoncés à la barre, décrit chronologiquement ses actions, les conseils demandés auprès de Rome, évoque les familles qui n'ont pas porté plainte et les attaques qui l'ont visé. Il rappelle également que les agressions sexuelles commises par Bernard Preynat à Lyon ont eu lieu bien avant son arrivée en 2002.

Dans cet ouvrage, il justifie son silence mais revient également sur des erreurs et notamment sur son expression "grâce à Dieu les faits sont prescrits", une expression qu'il juge aujourd'hui "complètement déplacée !", une "bêtise". ll reconnait en outre avoir sous-estimé les blessures des victimes: "Je ne pensais pas suffisamment à l'enfant et à son avenir.(...) Je croyais que la blessure disparaîtrait (...) Je n'avais pas encore compris l'ampleur du désastre et à quel point le chemin de la reconstruction serait difficile."
 

Parole de victime 

Victime du père Preynat, partie civile lors des procès du Cardinal Barbarin et du Père Preynat, Pierre-Emmanuel Germain-Thill a accueilli ce livre plutôt fraichement ce matin. "Ce sont exactement les mêmes propos que j’ai entendus au tribunal (...).Ce livre ne m’apporte aucune information complémentaire. Il va juste informer des gens, qui n’étaient peut-être pas là au procès, de cette hiérarchie de l’église, (leur permettre) de comprendre comment les choses se sont passées," commente-t-il. Pour le Lyonnais, les silences du prélat sont toujours incompréhensibles : "Quelqu’un qui vous dit que depuis 2002 et son arrivée au Diocèse, il entend des rumeurs, des choses pas claires, des choses troubles… il reçoit le prêtre en 2010 - prêtre qui lui avoue tout. (...) Il parle de rumeurs troubles mais enfin quand on vous dit qu’on a violé des enfants, je ne pense pas que ce soit quelque chose de trouble… et suite à cela, il pose juste la question au prêtre de savoir si il a recommencé ou pas … et derrière absolution, promotion en tant que doyen…il n’y a pas plus d’action !"
 

"Bête noire", "assassinat médiatique"

Dans son livre, l'ancien Primat des Gaules dénonce "amalgames" et "déchaînement médiatique" le concernant. A partir de 2016, "plus aucune de mes paroles ne devient +audible+, le déchaînement médiatique ne va que s'amplifier. Je suis la bête noire. L'affaire Preynat devient l'affaire Barbarin", regrette-t-il. Victime d'un "assassinat médiatique", il raconte encore avoir été "traité de pédophile dans le métro, dans les rues", dans "le train", avoir été "jeté dans le caniveau, piétiné".
L'archevêque dénonce aussi "une colère contre l'Eglise qui se concentre sur [lui]". Mais, assure-t-il, "s'il faut que j'en prenne encore +plein la figure+ et que je constate que malgré ma relaxe en 2020, certains continuent de faire des amalgames, refusant de prendre connaissance des faits, ce n'est pas une grande affaire. C'est déjà arrivé à Jésus et à tant de disciples après lui". 

Plus largement sur l'institution catholique, il constate: "Oui, il a existé et il existe peut-être encore dans l'Eglise des puissances de frein, comme dans toutes les institutions!". Mais, selon lui, "ces lourdeurs (...), ces silences qui sont en réalité des mensonges et des lâchetés, viennent de la peur".
 

Le cardinal Barbarin, condamné puis relaxé en appel à Lyon


Dans cette affaire qui avait éclaboussé le Diocèse de Lyon, l'ancien Primat des Gaules avait notamment été poursuivi pour non-dénonciation des agissements du prêtre Bernard Preynat, accusé d'agressions sexuelles sur mineurs. En marge de l'affaire Preynat, Philippe Barbarin avait été jugé à Lyon en 2019 et avait écopé en première instance de six mois de prison avec sursis. Le prélat avait été condamné pour ses silences sur les agissements d'un ancien prêtre de son diocèse.

Il avait ensuite été relaxé en appel en janvier dernier. Tout au long de l'affaire Preynat, le cardinal Barbarin a inlassablement répété qu'il n'avait été mis au courant des agissements de Bernard Preynat qu'en 2014, lorsqu'il a rencontré une première victime.   

La démission du Cardinal Barbarin

Son implication dans l’affaire Preynat avait poussé le cardinal Barbarin a démissionné de ses fonctions d'archevêque de Lyon. Malgré sa relaxe en appel, le cardinal Barbarin avait donné à deux reprises sa démission. Elle avait été finalement acceptée par le Pape François en mars 2020. Aujourd'hui, Philippe Barbarin ne réside plus à Lyon. Il est désormais aumônier au sein du diocèse de Rennes. Après 18 ans à la tête du diocèse, il est désormais aumônier de la maison mère des Petites Sœurs des pauvres à Saint-Pern, en Ille-et-Vilaine. C'est monseigneur Dubost qui est l'administrateur temporaire du diocèse depuis la mise en retrait de Philippe Barbarin. Le dimanche 28 juin au matin, le cardinal Barbarin a célébré sa dernière messe à Lyon à la primatiale Saint-Jean-Baptiste.
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