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RECIT. Quand le Beaujolais a cédé à la tentation de la machine à vendanger

Première machine à vendanger, bricolée par un agriculteur, dans le Beaujolais (1982) / © INA
Première machine à vendanger, bricolée par un agriculteur, dans le Beaujolais (1982) / © INA

Chaque année en septembre, dans le Beaujolais, saisonniers et machines à vendanger se côtoient au milieu des vignes pendant les vendanges. Pendant longtemps, ces engins n'étaient pas les bienvenus. Un combat contre les autorités, de plus de 30 ans, pour les adeptes du ramassage mécanique.

Par Emilie Henny

C'est un peu le combat des anciens contre celui des modernes. Celui des adeptes du ramassage traditionnel à la main du raisin versus celui des défenseurs de la machine à vendanger. Dans le Beaujolais, cet engin, raillé dès son introduction au début des années 80, fait désormais partie du paysage. Alors que les vendanges du cru 2019 commencent ce lundi 9 septembre, retour sur un combat de près de 30 ans. 

1980 : La machine arrive 

Au début des années 80, Pierre Germain, viticulteur à Charnay bricole une des premières machines à vendanger dans le Beaujolais. Un brin d'inventivité et une bonne dose d'ingéniosité, et voilà qu'en 1986, ce pionnier décide de tester son système de secouage.

"On a une souplesse qu'on n'a pas avec une bande de vendangeurs", conclut l'agriculteur.

Et ça tombe bien pour lui, puisque dans les années 80, la législation autour du travail saisonnier est davantage encadrée. Les contraintes administratives deviennent réelles pour les exploitants, et les normes pour loger les saisonniers dans les exploitations se durcissent. Les viticulteurs doivent donc s'adapter et parfois investir.
Pierre Germain sur sa machine à vendanger en 1996 / © INA
Pierre Germain sur sa machine à vendanger en 1996 / © INA
A cette époque, pour Pierre Germain, c'est le dilemme : doit-il construire des logements pour vendangeurs ou investir dans une machine ? Il décide de faire le pari de la technologie et de ne plus embaucher de main d'oeuvre pour ramasser son raisin. Résultat, avec la machine, il réalise une économie de 40% sur ses vendanges.


La machine ne fait pas le détail

Sitôt la machine utilisée, sitôt critiquée. La mauvaise qualité du raisin ramassé notamment, est un des arguments avancé par les détracteurs de la machine. Pierre Germain l'avoue : 

"La machine, les grains entiers, elle, ne sait pas faire." 

Pour le viticulteur, la différence sur le vin est minime. "Il y a juste un peu plus de couleur sur le vin mécanique", explique-t-il. Si cela n'est pour certains qu'un détail, c'est un véritable obstacle pour les viticulteurs qui utilisent ces engins. Car pour obtenir l'appellation d'origine Beaujolais, il faut respecter la réglementation : le raisin doit arriver entier au pressoir.


Fin 1990 - début 2000 : les raisins de la colère

Très vite, le viticulteur de Charnay subit les foudres de l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité pour les appellations d'origine). Il a du mal à obtenir son bon de classement en Beaujolais et doit donc de nouveau faire venir des vendangeurs. Mais, il ne lâche rien et passe par la coopérative de la SICAREX. Elle lui permet d'utiliser sa machine dans le cadre d'une expérimentation.
Manifestation à Villefranche-sur-Saône en 2000 / © INA
Manifestation à Villefranche-sur-Saône en 2000 / © INA
En 2000, la résistance s'organise. Un rassemblement se tient à Villefranche-sur-Saône (Rhône) pour défendre le droit à utiliser ces engins dans le Beaujolais. Après 4 ans d'expérimentation, les viticulteurs estiment que la machine a fait ses preuves.


2004 : la machine gagne

Et ce n'est qu'en 2004 que l'INAO autorise officiellement les machines à vendanger. Mais, une condition est posée. Le ramassage mécanique pourra se faire uniquement pour l'appellation générique et non celle d'origine.
En 2004, les machines sont devenues de véritables engins agricoles / © INA
En 2004, les machines sont devenues de véritables engins agricoles / © INA
Aujourd'hui, la machine fait désormais partie du paysage mais, elle n'est pas omniprésente dans le Beaujolais. La géographie du territoire n'y est pas pour rien : le Beaujolais est le plus pentu d'Europe, avec plus de 3.000 hectares à plus de 30% de pente. Et la machine ne peut-être utilisée qu'en vignoble plat. Sur les zones pentues, la main de l'Homme reste le moyen le plus efficace pour ramasser le raisin. 

L'arrivée de robots vendangeurs ?

En 30 ans, les machines à vendanger sont passées de tracteurs bricolés à des engins agricoles ultra performants. Pierre Germain qui a vécu cette évolution imagine volontiers l'arrivée de robots vendangeurs dans la région. En Ardèche déjà, un robot vigneron est né en 2009. S'il ne récolte pas le raisin, il est capable de tailler la vigne.
 

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