Le marchand de vins Rudy Kurniawan a été condamné à 10 ans de prison

Rudy Kurniawan surnommé "Docteur Conti". / © France 3 Bourgogne
Rudy Kurniawan surnommé "Docteur Conti". / © France 3 Bourgogne

Rudy Kurniawan, qui était considéré comme l'un des plus grands experts en vins au monde, a été condamné à 10 ans de prison par un juge américain pour avoir contrefait des grands crus français. L'escroquerie avait été dévoilée grâce à Laurent Ponsot, qui possède un domaine en Côte d'Or.

Par B.L. avec AFP

Qui est Rudy Kurniawan ?

Rudy Kurniawan, un Indonésien de 37 ans, a amassé plusieurs dizaines de millions de dollars en revendant comme des grands crus authentiques, un mélange de vins de moindre qualité.

Ce faussaire avait réussi à contrefaire des grands Bourgogne de la Romanée-Conti, du domaine Ponsot, du domaine Roumier, et certains grands vins de Bordeaux comme les Château Petrus. Ils vendaient ces contrefaçons à des prix qui avaient de quoi faire tourner la tête des jurés : six bouteilles de Bourgogne Bonnes Mares 1962 pour 35 000 dollars. Un magnum de Romanée-Conti 1979 pour 7 000 dollars. Un jéroboam (bouteille de 3 litres) de La Tache, Domaine de la Romanée-Conti pour 48 000 dollars...

Surnommé "Dr Conti", en raison de sa passion pour le Romanée-Conti, Rudy Kurniawan, au passé inconnu, avait construit son ascension fulgurante en quelques années grâce à un excellent palais, une mémoire prodigieuse des vins, et une générosité sans limite pour les collectionneurs et experts qu'il régalait volontiers de ses meilleures bouteilles.

Grâce à ses gains, Rudy Kurniawan menait la grande vie. Il dépensait des millions de dollars par an, collectionnant les montres, les voitures et les oeuvres d'art. Mais, il avait aussi contracté pour plus de 10 millions de dollars de dettes pour la seule année 2007.

Rudy Kurniawan, surnommé "Dr Conti", en raison de sa passion pour le Romanée-Conti
Rudy Kurniawan, surnommé "Dr Conti", en raison de sa passion pour le Romanée-Conti

De quoi a-t-il été reconnu coupable ?

"C'était une fraude économique très sérieuse, une manipulation des marchés américain et internationaux", a estimé le juge Richard Berman. Rudy Kurniawan, qui avait été un temps considéré comme l'un des cinq plus grands experts en vin du monde, a écouté la sentence sans broncher.

"Je suis désolé pour ce que j'ai fait", s'est-il contenté de déclarer d'une voix presque inaudible. Les procureurs avaient réclamé entre 11 et 14 ans de prison.

Le juge a identifié sept victimes, à qui Rudy Kurniawan devra payer près de 28,5 millions de dollars pour réparer les pertes occasionnées. 

Trois représentants de grands domaines de Bourgogne avaient témoigné lors de son procès : Laurent Ponsot, Christophe Roumier et Aubert de Villaine (Romanée-Conti).

Laurent Ponsot
Laurent Ponsot
En réaction à la condamnation de Rudy Kurniawan, Laurent Ponsot a déclaré à France 3 Bourgogne, le 8 août :

"La sentence est très sévère du point de vue de la justice américaine.
Mais elle m'apparait comme dérisoire par rapport aux fondements de l'histoire de nos appellations.
Qu'un petit bonhomme sans scrupules puisse essayer d'apitoyer un juge sous prétexte de  n'avoir pas pu vivre dans un monde de rêve... ça n'a aucun sens.
Rudy Kurniawan a trompé tout le monde, y compris celui des dégustateurs qui l'on pris pour un génie de la dégustation.
Il a juste une mémoire hors du commun et est capable de "réciter" les commentaires entendus de la bouche de vrais connaisseurs.
Seul l'attrait de l'argent et des pailettes l'ont motivés.
Il ne m'est pas possible aujourd'hui d'aller plus loin dans mes commentaires, mais cette sentence est un déclencheur de ma résolution d'écrire un livre sur cette saga."


Comment Rudy Kurniawan a-t-il été démasqué ?

Laurent Ponsot, dont le domaine produit des bourgognes réputés, n'avait jamais entendu parler de Rudy Kurniawan jusqu'en 2008. Cette année-là, le faussaire organise une vente aux enchères de 97 bouteilles de vins du Domaine Ponsot. La vente est prévue à New York le 25 avril 2008. Le catalogue propose 22 lots de Domaine Ponsot estimés au total entre 440 500 et 602.000 dollars. Le lot 413 propose ainsi une supposée bouteille de Clos de la Roche du Domaine Ponsot, datée de 1929 et estampillée "Nicolas". Prix estimé, entre 14.000 et 18.000 dollars.

Laurent Ponsot, informé par un oenophile qui a des doutes, demande le retrait de ses vins. Il vient en personne à New York pour l'obtenir. Les enquêteurs établiront que l'immense majorité des bouteilles sont fausses, dont notamment la bouteille de 1929. L'erreur du faussaire est de taille : le Clos de la Roche n'a commencé à être produit qu'en 1934.

Laurent Ponsot avait alors rencontré Kurniawan, pour connaître l'origine de ses vins. Celui-ci, à l'époque surnommé "Docteur Conti", en raison de sa passion pour le Romanée-Conti, met selon les enquêteurs plus de deux mois pour donner un nom, "Pak Hendra en Asie", à Laurent Ponsot, puis deux numéros de téléphone en Indonésie. L'enquête montrera que "Pak Hendra" n'est pas un nom, et que les deux numéros sont liés à une compagnie aérienne et à un centre commercial à Djakarta. A partir de là, Kurniawan cessera de répondre aux emails de Laurent Ponsot.

Mais l'affaire scelle sa chute. Le petit monde des richissimes collectionneurs de grands vins se détourne du jeune Indonésien aussi rapidement qu'il s'en était entiché à partir de 2002. Après avoir encore tenté une vente aux enchères à Londres, via un homme de paille en 2012, Kurniawan a été arrêté le 8 mars 2012 chez lui à Arcadia en Californie.
Le 18 décembre 2013, il avait été reconnu coupable de contrefaçon de grands crus français. Jeudi 7 août 2014, il a été condamné à 10 ans de prison par un juge américain.



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