40 ans du TGV : "c'était révolutionnaire", raconte Gabriel Jacquot, aux côtés de François Mitterrand pour l'inauguration

Le 22 septembre 1981, Gabriel Jacquot était en cabine aux côtés de François Mitterrand pour l'inauguration du TGV en France. L'ancien inspecteur de traction de la SNCF qui vit en Côte-d'Or nous raconte ses souvenirs et ces journées marquantes de l'histoire contemporaine.

Ils sont peu à aller aussi vite pour leur quarantième anniversaire. Le 22 septembre 1981, la première ligne de TGV était inaugurée en France. Elle reliait Paris à Lyon en 2h40, en passant par la Bourgogne et notamment les villes de Mâcon, Le Creusot, Montceau-les-Mines, Montchanin (Saône-et-Loire), Montbard ou encore Dijon (Côte-d’Or).

Quatre décennies plus tard, Gabriel Jacquot, inspecteur de traction pour la SNCF garde le souvenir intact de cette inauguration. Il était en cabine avec le président de la République François Mitterrand pour le premier voyage du train à grande vitesse made in Belfort sur le sol français. L’homme de 83 ans qui vit à Perrigny-sur-l’Ognon en Côte-d’Or nous raconte ce jour marquant de l’histoire contemporaine.

Gabriel Jacquot, que faisiez-vous le 22 septembre 1981, il y a 40 ans exactement ?

Gabriel Jacquot : Le 22 septembre 1981, j’étais chargé par la direction de la SNCF d’accompagner François Mitterrand en cabine TGV pour l’inauguration de la nouvelle ligne de grande vitesse. Nous avons pris François Mitterrand en gare de Mâcon. Il est monté en cabine avec le ministre des Transports qui était Charles Fiterman. Et puis nous avons voyagé jusqu’à Montchanin. En cours de route, nous avons traversé le val lamartinien qui était très cher au président. Ça a provoqué des discussions. Il s’intéressait plus à cette partie extérieure qu’à l’intérieur de la cabine. Par contre, dès que nous avons atteint 260 km/h qui était la vitesse limite à l’époque, nous avons attiré l’attention du président qui était ravi. Nous sommes arrivés à Montchanin. Il fallait bien ajuster la rame car le marchepied devait arriver juste au-dessus du tapis rouge pour que le président et le ministre puissent descendre. Après nous avoir serrés la main au conducteur et à moi-même, le président est descendu pour aller faire son discours. Et nous nous sommes allés garer la rame.

Le grand public a découvert le TGV ce 22 septembre 1981, mais vous vous le connaissiez depuis quelques années ?

Le TGV, je l’ai connu sur le papier. À l’époque, j’étais détaché à la direction des transports de la SNCF. J’avais été chargé de faire le premier guide de conduite et le premier guide de dépannage à l’usage des conducteurs. À la sortie de la première rame en 1978, j’ai formé les quatre premiers conducteurs de TGV. Nous avons fait les marches de réception des rames qui sortaient de chez Alstom. Nous avons fait les essais, les homologations avec le ministère des Transports. Et le 26 février, j’ai participé aux premiers tests de vitesse à 380 kilomètres à l’heure.

Le passage du train classique au TGV, cela représentait quoi à la l’époque pour la société française ?

Pour nous cheminots, ça représente une évolution technique bien entendu, mais ça eu un impact énorme pour les voyageurs. Prendre ce TGV orange, c’était quelque chose à part. Tout le monde était content de le voir. Quand on faisait les essais, quand on s’arrêtait dans une gare, les gens étaient heureux de venir, de nous poser des questions. C’était une marche importante. Le TGV par sa forme, son aérodynamisme, c’était quelque chose de révolutionnaire. 40 ans après, on s’aperçoit de l’impact du TGV sur la société française sur le plan économique, sur le plan du voyage, de la rapidité. On fait Dijon – Paris en 1h38, c’est formidable !

Quelles sont les différences entre le premier TGV en 1981 et le TGV actuel ?

Déjà la couleur. Et puis il roulait à 260 sur les lignes à grande vitesse. Maintenant il roule à 320. C’est quand même énorme. Et une chose très importante, l’homme conduit encore la machine même à 320 km/h. On avait une petite philosophie qui disait ‘l’homme conduit la machine et la machine contrôle l’homme’. Elle le contrôle comment ? Par des systèmes de sécurité qui vérifient le respect de la vitesse, de la signalisation, l’état de vigilance du conducteur. L’homme a la tâche noble. L’entreprise a obtenu des garanties niveau sécurité. Les voyageurs peuvent se déplacer tranquillement. Ils sont conduits par un homme et en sécurité avec tous les systèmes.

40 ans après l’inauguration du TGV, votre fierté est-elle toujours intacte ?

Bien sûr que je suis fier ! Et puis dans la famille, j’ai mon petit-fils est cheminot. Pour lui c’est un peu une fierté de savoir que son grand-père a fait partie des premières pages du TGV. J’étais un maillon de la chaîne. Maintenant à la retraite, j’utilise le TGV comme voyageur. Quand je le prends, il est certain que je me dis ‘c’est toujours quelque chose qui nous appartient’.

Depuis le lancement de la première ligne il y a 40 ans, 3 milliards de passagers ont été transportés en TGV à travers la France.

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