• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • ÉCONOMIE
  • DÉCOUVERTE
  • JUSTICE
  • SPORT

Alstom perd un marché SNCF : réaction des syndicats et des élus politiques

Le choix de la SNCF d'attribuer le marché de 28 trains intercités à CAF plutôt qu'à Alstom suciste de nombreuses réactions tant syndicales que politiques.  L'appel d'offres porte sur 28 trains Intercités pour les lignes Paris-Toulouse et Paris-Clermont. 

Par Isabelle Brunnarius

"On ne peut pas gagner à tous les coups" conclut le journaliste du Monde Jean-Michel Bezat dans sa chronique intitulée « Le temps où Alstom et la SNCF formaient un couple uni est révolu ».

La libre concurrence fait des perdants et des gagnants au grand dam de l'intersyndicale FO, CGT, CFE-CGC et CFDT du groupe français Alstom qui a manifesté son "indignation" après que la SNCF a sélectionné, mercredi 18 septembre, le constructeur ferroviaire espagnol CAF pour la livraison de 28 nouveaux trains Intercités.Le groupe CAF, qui possède une usine en France à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), a été désigné mercredi "attributaire pressenti" pour ce contrat d'environ 700 millions d'euros. La commande doit encore être approuvée les administrateurs de SNCF Mobilités le 24 octobre prochain.

Double langage

 
Dans leur communiqué, les syndicats dénoncent "le double langage des pouvoirs publics, qui font la promotion d'une industrie ferroviaire nationale forte et qui attribuent en même temps un marché de 2 milliards (d'euros) de financement public à une entreprise espagnole", concurrente d'Alstom. L'intersyndicale indique qu'elle "mettra tout en oeuvre" pour que "la raison l'emporte d'ici au prochain conseil d'administration de SNCF Mobilités" le 24 octobre.
  
L'enjeu est effectivement important pour les usines Alstom en France. Car cette première commande ferme de 700 millions d’euros, pourrait se poursuivre dans les années à venir avec 75 rames supplémentaires dont 15 pour équiper la transversale Bordeaux-Toulouse-Marseille. Si le conseil d'administration "venait à entériner cette préférence espagnole" en confirmant CAF, "ce serait une très mauvaise nouvelle pour l'avenir du site alsacien" d'Alstom à "Reichshoffen et pour l'ensemble de la filière française mobilisé par l'offre Alstom, notamment pour les sites de Belfort, d'Ornans, du Creusot et de Tarbes, ainsi que pour tous leurs fournisseurs et sous-traitants", déplore l'intersyndicale.
    
L'usine Alstom d'Ornans, par exemple, est spécialisée dans les moteurs. Si Alstom avait remporté ce marché des trains intercités, la fabrication de ces moteurs auraient pu faire travailler 25 personnes sur un an et aurait représenté 40 000 heures de production. Mais il n'est pas dit que la solution proposée par Alstom retenait le choix de fabriquer les moteurs en France. L'intérêt de cette commande aurait été de s'étaler sur dix ans. 

Originaire d'Ornans, le sénateur Jean-François Longeot (groupe Union centriste du Sénat) "déplore" lui aussi le choix de la commande des nouveaux trains intercités de la SNCF au profit du constructeur ferroviaire espagnol CAF.

Cette decision risque fort d’avoir une incidence conséquente sur l’emploi de l’usine alsacienne de Reichschoffen ainsi que sur le site d’Ornans.

Son homologue du Territoire-de-Belfort, Cédric Perrin (LR) se dit lui "très étonné" : 

Faire entrer un nouvel acteur sur le marché ferroviaire national qui est aujourd’hui largement concurrentiel avec Altom et Bombardier, est une erreur qu’une véritable politique industrielle aurait sans doute permis d’éviter. Malheureusement, les termes de politique industrielle ou de base technologique, sont des termes qui ne figurent plus dans le vocabulaire français depuis bien trop longtemps.


Gauche et droite défendent le patriotisme économique 


Sur twitter, la plupart des réactions vont dans ce sens et défendent une forme de patriotisme économique.
 

Le député européen Christophe Grudler (Modem) implanté lui aussi dans le Territoire-de-Belfort, est "choqué par ce choix pour des raisons avant tout morales, liées à la défense de notre tissu industriel ferroviaire français et européen."
 

Une décision "incompréhensible" pour le maire LR de Belfort Damien Meslot. Le choix de la Sncf  qui a privilégié l'Espagnol CAF selon des "critères de performance technique, d'innovation et de coût" permet à ses deux élus d'être, cette fois-ci, sur la même longeur d'onde 
 

Gauche et droite se rejoignent sur ce dossier sensible car, à terme, il est toujours question d'emploi à preserver sur des sites industriels : 
 


"Quel intérêt d'afficher la création hypothétique de 250 emplois à Bagnères-de-Bigorre face au risque d'en supprimer le triple en Alsace et Bourgogne-Franche-Comté?" estiment les syndicats. Ce choix est "probablement politique", jugent-ils en notant que "CAF n'a aucune référence" en matière de "trains Intercités à 200 km/h". 

Oui, mais...


Mais, sur twitter, une voix discordante s'est élevée. Celle d'Antonio Campos qui s'affiche comme Espagnol et  Européen. 
 
 

  Oui, "Le temps où Alstom et la SNCF formaient un couple uni est révolu" pour reprendre le titre de notre confrère du Monde, mais au jeu de la concurrence, Alstom n'est pas toujours perdant. Le journaliste spécialisé rappelle que "pour son exercice avril 2018-mars 2019, le groupe dirigé par Henri Poupart-Lafarge a affiché un chiffre d’affaires de 8,072 milliards d’euros, en hausse de 10 %, et un carnet de commandes de plus de 40 milliards".
 

Sur le même sujet

Dijon : les gilets verts, des médiateurs au service des usagers

Les + Lus