Amiante : le non-lieu dans le dossier Eternit est un permis de tuer, estiment les victimes

© Pierre HECKLER - maxPPP
© Pierre HECKLER - maxPPP

Des juges parisiens ont rendu une ordonnance de non-lieu pour les responsables d'Eternit, groupe spécialisé dans l'amiante, un matériau cancérigène. "C’est un permis de tuer", s’indigne CAPER Bourgogne, une antenne de l'Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante.
 

Par Beatrice de Lavergne

Pourquoi le groupe Eternit est-il poursuivi en justice ?

Eternit a été le premier producteur français d'amiante-ciment jusqu'à l'interdiction de la fibre en 1997. Le groupe industriel possédait plusieurs sites de production en France, dont un à Vitry-en-Charolais, en Saône-et-Loire, qui a employé jusqu’à 1 200 salariés.

Eternit a été la première entreprise visée par une plainte déposée pour homicides et blessures involontaires par d'anciens salariés de l’amiante en 1996.
Ce dossier est instruit depuis des années. Entretemps, beaucoup de plaignants sont morts ou souffrent de cancers et d’autres maladies. Parfois, ce sont leurs femmes ou leurs filles qui sont décédées après avoir respiré les particules d’amiante collées sur les bleus de travail qu'elles lavaient.
 

 

Pourquoi la justice a-t-elle prononcé un non-lieu ?

En 2017, le parquet de Paris avait réclamé un non-lieu pour les responsables d’Eternit, en invoquant "un temps de latence extrêmement long et variable qui s'écoule entre l'exposition à la substance [l'amiante] et l'apparition des premiers signes cliniques d'une pathologie". Un constat qui, selon le parquet, empêche d'identifier le responsable de l'intoxication.

C’est pourquoi l’ordonnance de non-lieu rendue le 10 juillet 2019 n’a pas surpris Jean-François Borde, de l’association de victimes CAPER Bourgogne. Dans l’ordonnance, les magistrats estiment que "compte tenu de l'impossibilité de dater l'intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l'entreprise (...) et quelles réglementations s'imposaient à cette date inconnue".

"En tout état de cause, les investigations menées au cours de l'instruction ont démontré qu'aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit", concluent les juges.

 
 

Que vont faire les victimes de l’amiante ?

"C’était cousu de fil blanc", dit Jean-François Borde. "Selon ces magistrats, il est impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l'entreprise. Dans ce cas, les groupes auront seulement à changer de dirigeant régulièrement. Les juges ont distribué un permis de tuer."

Pour CAPER Bourgogne, le constat est simple : "la justice fait traîner les dossiers en longueur et pendant ce temps-là, les responsables comme les victimes meurent les uns après les autres. Quand il n’y aura plus personne, l’affaire sera classée".

Plusieurs associations de victimes de l'amiante, dont CAPER Bourgogne, ont déjà décidé de faire appel de cette décision. Pour elles, pas question de baisser les bras.

A elle seule, CAPER Bourgogne gère actuellement plus de 1 000 dossiers. Outre les victimes d’Eternit, il y a aussi celles de Kodak et Saint-Gobain à Chalon-sur-Saône, de Creusot-Loire, d’Aperam à Gueugnon, de la Manufacture d'amiante Beaulieu à Bézouotte, en Côte-d’Or, etc.

 

Reportage de Florent Motey. Romy Ho-A-Chuck et Hugo Piguet :
-Jean-François Borde, président du CAPER Bourgogne
-Henri Degrange, ancien salarié d'Eternit et victime de l'amiante


 

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