Environnement : face aux scolytes les professionnels du bois demandent une dérogation pour un traitement chimique

Avec les épisodes de sécheresses, les scolytes ont attaqué massivement les épicéas, comme c'est le cas dans le Morvan ou dans le Jura. L'épidémie a de graves conséquences économiques sur la filière bois. Les exploitants forestiers demandent des mesures exceptionnelles au ministère de l'agriculture. 
Travaux forestiers dans une parcelle de forêt ravagée par les scolytes dans le massif vosgien entre les Vosges et la Haute-Saône, la plus grande partie sinistrée par ces insectes tueurs d'épicéas dans les régions Grand-Est et Bourgogne Franche-Comté.
Travaux forestiers dans une parcelle de forêt ravagée par les scolytes dans le massif vosgien entre les Vosges et la Haute-Saône, la plus grande partie sinistrée par ces insectes tueurs d'épicéas dans les régions Grand-Est et Bourgogne Franche-Comté. © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/Alexandre MARCHI/ MaxPPP
La crise des scolytes touchant les forêts d'épicéas du nord-est de la France, notamment dans le Jura mais aussi dans le Morvan, tend à s'aggraver. Les acteurs de la filière bois, dont les exploitants forestiers, demandent la mise en place de mesures publiques exceptionnelles. 

Une dérogation pour utiliser le Forester


Dans une lettre ouverte, le syndicat des exploitants de la filière bois demande donc la mise en oeuvre de l'utilisation du Forester, un produit chimique selon eux, moins coûteux que le traitement thermique utilisé pour l'exportation des bois malades du scolyte. "Le forester est un produit chimique qui ne présente pas de danger majeur pour l'homme et l'environnement."

Ils demandent à la Direction générale de l'alimentation une dérogation pour l'utilisation du Forester. "On demande une exception pour l'épicéa scolyté car c'est un bois qui ne peut pas supporter le coût du traitement thermique et on redevient ainsi compétitif. On pourrait ainsi écluser plus de bois vers la Chine", explique David Roy. Il ajoute que "si l'on ne trouve pas une solution pour évacuer tous les bois, le scolyte va encore plus se propager et on n'éradiquera pas la pandémie des scolytes dans les forêts."

Ces insectes ravageurs xylophages déciment massivement les massifs d'épicéa du quart nord-est de la France depuis l'été 2018, et les populations ne cessent d'augmenter dans les régions du Grand Est et de la Bourgogne-Franche-Comté. 
 
Cartographie des dégâts de scolytes sur le Grand Est et en Bourgogne Franche Comté.
Cartographie des dégâts de scolytes sur le Grand Est et en Bourgogne Franche Comté. © Ministère de l'agriculture et de l'alimentation


"Faute d'agir à bon escient, des millions d'épicéas meurent ravagés par le scolyte. Au rythme mensuel de 600 000 m3, ce sont plus de 9 millions de m3 qui ont été contaminés et 40 000 hectares de forêts qui ont disparu," s'inquiète le syndicat des exploitants de la filière bois dans une lettre ouverte adressée le 18 novembre à Emmanuel Macron.
 

Lettre ouverte du Syndicat des exploitants de la filière bois adressée à Emmanuel Macron



Face à une telle situation, la seule méthode préventive consiste à couper les bois le plus vite possible, dès les premiers signes de la présence des scolytes entre l'écorce et le bois. Les régions Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté sont touchées de plein fouet. En effet, le sapin et l'épicéa sont les principales essences touchées par ce double fléau.
 

Il y a une quantité phénoménale de bois scolytés dont on ne sait plus quoi faire parce que le marché ne peut pas absorber.

Sylvain Mathieu, président du Parc régional naturel du Morvan



Le nombre d'épicéas dévorés par les scolytes obligent les professionnels à procéder à des coupes sanitaires dans les forêts impactées, notamment dans le Morvan où selon Sylvain Mathieu, président du Parc du Morvan, "il y a une quantité phénoménale de bois scolytés dont on ne sait plus quoi faire parce que le marché ne peut pas absorber. Le problème, c'est que les charpentiers et les constructeurs ne veulent pas de bois scolyté, et du coup, le bois ne se vent plus. Il faut donc trouver des débouchés où des gens acceptent de prendre ces bois là."

Une récolte abondante qui sature le marché français


Ces débouchés, ce sont notamment les usines de pâte à papier situées dans le sud ouest. Afin que le bois ne perde pas trop de sa valeur technologique, pour se retrouver relégué en bois-énergie ou de trituration (panneaux et pâte à papier), certaines coopératives ont mis en place des acheminements de marchandises vers le Sud-Ouest, où les scieries manquent de bois d’œuvre, notamment en raison des dégâts causés par la tempête Klaus de 2009.

Mais conséquence pour les propriétaires forestiers, les prix du bois se sont complètement effondrés. "Il faut savoir qu'il y a 5 ans quand on vendait un épicéa, on le vendait aux alentours de 50 euros le m3. Aujourd'hui, on le vend autour de 5 ou 10 euros le m3, cela paie à peine l'abatage", explique Hugues de Chastellux, président du syndicat des propriétaires forestiers privés de Bourgogne."Il y a un débouché dans le sud ouest mais quand on vend les arbres à 5 ou 10 euros le m3, on n'a pas envie de payer en plus des frais de transport."
 
 

Les entrepreneurs n'en veulent plus, les exploitants n'en veulent plus donc le marché français est complètement saturé."

Antoine Delbergue, délégué du centre régional de la propriété forestière dans l'Yonne.



Mais aujourd'hui, selon plusieurs acteurs de la filière, ce marché arrive à saturation. "On a un problème pour évacuer les bois d'épicéas. Les entrepreneurs n'en veulent plus, les exploitants n'en veulent plus donc le marché français est complètement saturé", constate Antoine Delbergue, délégué du Centre régional de la propriété forestière dans l'Yonne. 

Pour le syndicat des exploitants de la filière bois, "la seule alternative est d'exporter hors d'Europe en Asie notamment." Seul problème, il faut traiter bois pour l'exporter et cela représente un coût important pour l'exploitant.

David Roy est directeur-négociant forestier de l’entreprise, DSHwood France. Il a une partie de son activité sur le Morvan. Pour lui, "le marché chinois est le seul capable d'absorber de tels volumes sauf que le problème c'est qu'il y a plus de valeur dans le transport que dans le bois". 

Il regrette aujourd'hui "qu'on pénalise aujourd'hui le transport du bois vers la Chine" tout comme le syndicat des exploitants de la filière bois qui pointe le manque de compétitivité vis-à-vis notamment des Allemands, touchés eux aussi par l'épidémie de csolyte. Selon David Roy, "l'Allemagne exporte d'énormes volumes d'épicéas scolyté vers la Chine car ils utilisent la fumigation un traitement plus économique mas il faut trouver une solution plus compétitive." 

Un dispositif d'aide est mis en place pour commercialiser les bois attaqués par les scolytes


Pour aider les acteurs de la filière bois, le gouvernement a déjà débloqué en 2019 une aide exceptionnelle pour aider à l'exploitation et la commercialisation des bois attaqués par le scolyte. 

Cette aide est réservée aux bois scolytés récoltés secs ou verts provenant des communes listées dans les arrêtés préfectoraux de lutte obligatoire contre le scolyte. Son calcul est basé sur un barême variable en fonction de la distance parcourue. Le montant de l'aide est compris entre 5 et 20 euro le m3. Tous les acteurs de la filière demandent que cette aide soit reconduite en 2021. 

Pour Olivier Chappaz, chef du service régional de la forêt et du bois à la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt Bourgogne-Franche-Comté, "il y a de bonnes chances qu'elle soit reconduite parce il y a un besoin qui existe et il y a encore des surfaces importantes et des besoins pour 2021. Il y a des aides également prévue dans le plan de relance pour le repeuplement." 

Une enveloppe de 150 millions d’euros est prévue pour permettre le repeuplement de nombreuses forêts communales, que les communes elles-mêmes n’auraient pas eu les moyens de reboiser. 

 
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