"Tout le monde est dans l'attente" : en Bourgogne, les viticulteurs constatent les dégâts du gel et appréhendent la suite

Ces nuits d'avril ne sont pas des plus sereines pour les viticulteurs bourguignons. Les températures frôlent 0°C, le gel menace les bourgeons dans les vignes. La crainte : revivre le scénario de 2021, où le gel avait détruit une bonne partie de la production.

Le gel de ce début de semaine, tant redouté, a sévi en Bourgogne. Après un début de printemps marqué par des températures à la hausse, le thermomètre a brusquement chuté en cette mi-avril.

Dans les côtes du Couchois, 50 % de pertes sur l'aligoté

Laurent Demontmerot, le président de l'association des vignerons du Couchois, en Saône-et-Loire, déplore déjà des pertes dans son secteur : "Le matin du lundi 23, avec l’humidité, on a déjà eu des dégâts. Les parcelles les plus sensibles au gel ont été déjà bien touchées, et ce mardi matin, on a des dégâts supplémentaires."

"Dans les bas de coteaux, les parcelles les plus en danger, on est à 50 % de pertes sur les aligotés, 15 % sur les pinots et 30 % dans les chardonnays. Mais plus on monte dans les coteaux, avec les terrains qualitatifs, plus on est protégé. Ça se joue à des dixièmes de degrés celsius." Les cépages blancs sont en effet plus fragiles au froid.

Dans l'Auxois, "tout a gelé"

Plus au nord, dans l'Auxois, la situation est encore plus dramatique. "90 % de nos vignes ont gelé. Cette année, on va récolter peut-être 10 % d’une récolte normale", explique de son côté Cyril Raveau, vigneron et œnologue au domaine Flavigny-Alésia, en Côte-d'Or. 

Tout a gelé

Cyril Raveau

domaine Flavigny-Alésia

Sa production annuelle est de 60 000 bouteilles d'appellation "coteaux de l'Auxois". Cette année, il pense sortir entre 6 000 et 10 000... et encore, "si on a un peu de chance". 

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Le reste de la Bourgogne semble épargné

La nuit de lundi 22 à mardi 23 est restée plus calme au niveau des côtes de Beaune (Côte-d'Or) ou du Mâconnais (Saône-et-Loire).

Même constat dans le Châtillonais où Sylvain Bouhelier, viticulteur à Chaumont-le-Bois (Côte-d'Or), constate : "Pour l’instant, il n’y a pas énormément de dégâts à la suite du gel, c’est limité à quelques petites parcelles. On a 20 arrhes de touchées sur 7 hectares. Mais on attend la fin de la semaine."

Dans le Chablisien, les bougies allumées à 4 heures

Dans le Chablisien (Yonne), la mise en place préventive contre le gel a commencé la semaine dernière. Au domaine Laroche, le responsable technique vigne et vin, Romain Chevrolat, se montre confiant. "On utilise plusieurs protections : des fils chauffants, des éoliennes et l’aspersion. Quand les températures baissent dans la nuit, on allume des bougies dans les secteurs les plus gélifs. Dans la nuit de lundi à mardi, on les a sorties aux alentours de 4 heures.

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Sur les 90 hectares du domaine, environ un tiers sont protégés. Une personne est de permanence pour surveiller le vignoble avec des relevés de températures. "On peut mobiliser une quinzaine de personnes dans la nuit pour lutter contre le gel", précise Romain Chevrolat.

"On a un savoir-faire depuis plusieurs décennies. Ici à Chablis, il gèle assez souvent. Vous verrez généralement des bougies dans des secteurs viticoles à forte valeur ajoutée, les premiers crus et grands crus."

On priorise les belles parcelles

Romain Chevrolat

Directeur technique au Domaine Laroche à Chablis

Un modèle qui ne peut pas s'appliquer partout, comme nous l'explique Laurent Demontmerot, le président des vignerons du Couchois. "Pour lutter contre le gel, c’est une question de finances. Sur le Couchois, on est entièrement penché sur l’aspect qualitatif de l’appellation.

On pense à investir dans des moyens de lutte, comme des éoliennes qui diffusent de la chaleur, mais ça demande beaucoup de finances.

Laurent Demontmerot

Président des vignerons du Couchois

Mais cette dépense d'argent est pour l'heure impossible. "Cet investissement impacterait le prix d’achat des bouteilles. Pour le moment, on en est incapable, mais on y pense."

Thiebault Huber, viticulteur du Domaine Huber-Verdereau à Meursault et président de la confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) dresse le constat que la protection contre le gel "reste à la marge, car il y a 32 000 hectares à protéger en Bourgogne". Avec une exception dans le Chablisien qui subit plus régulièrement le gel : là, les domaines sont un peu plus équipés avec du matériel collectif comme les tours antigel. "Mais en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire, ça reste exceptionnel."

Inquiétudes pour la nuit de mercredi à jeudi

L'épisode de froid et ses gelés localisées devraient se poursuivre les nuits prochaines, selon les prévisions de Météo France.

"On est en plein dedans, cette nuit risque d’être encore compliquée. Il faut attendre pour faire l’état des lieux, tout le monde est dans l’attente", rappelle Thiebault Huber, président de la CAVB.