Parisot à Saint-Loup-sur-Semouse : “C'est une entreprise sur laquelle on a construit notre vie”

L'offre de reprise prévoit 109 suppressions de postes. / © A. L.
L'offre de reprise prévoit 109 suppressions de postes. / © A. L.

Le tribunal de commerce de Dijon examinait ce vendredi 8 novembre l'offre de reprise de Parisot (Haute-Saône) par son actionnaire, P3G Participations. Pour les salariés, dont certains ont donné leur vie pour l'entreprise, c'est peut être enfin l'épilogue de longs mois d'incertitude.

Par Antoine Laroche

Il est 14h30 ce vendredi 8 novembre. Devant le tribunal de commerce de Dijon, près de 130 personnes sont rassemblées. Des femmes, des hommes. Le regard emprunt de gravité, ils forment un cercle à l'entrée de l'institution. Sur des banderoles, qu'ils ont accrochées à des tasseaux de bois, une carte de la Bourgogne Franche-Comté, une commune, Saint-Loup-sur-Semouse, et ce message : 454 emplois en danger.
 
130 salariés se sont rendus devant le tribunal pour soutenir l'offre de reprise de P3G. / © A. L.
130 salariés se sont rendus devant le tribunal pour soutenir l'offre de reprise de P3G. / © A. L.


Ce rassemblement est celui de tous les espoirs pour les salariés. Après des années de procédure de sauvegarde, un redressement judiciaire fait vaciller l’illustre fabricant de meubles, en juin dernier. Le 1er octobre, la direction annonce un plan de 127 suppression de postes, les salariés débrayent. Puis l’horizon s’éclaircit, le groupe P3G Participations, actionnaire de Parisot, déclare vouloir déposer une offre de reprise. Derrière les murs du tribunal, ce vendredi 8 novembre, c’est cette offre, la seule, qui est en train d’être présentée.  Elle propose de conserver 345 postes sur 454, et d'en reclasser 64 au sein du groupe.
 
A l'intérieur du tribunal, l'audience non publique va durer 3H30. Environ 15 personnes représentent les différentes parties. / © A. L.
A l'intérieur du tribunal, l'audience non publique va durer 3H30. Environ 15 personnes représentent les différentes parties. / © A. L.
 

Parisot, une histoire industrielle depuis 1936


Dehors, tous attendent. Le délibéré n’est pas annoncé pour le jour-même, mais les ouvriers, les cadres, les délégués syndicaux sont présents pour manifester leur soutien au projet. Certains ont fait toute leur carrière dans les murs de l’entreprise. C’est le cas de Françoise Mathieu, dont le père travaillait déjà chez Parisot : « Je suis rentrée à 16 ans, j'ai commencé à l'établi, puis à l'emballage, on montait nos meubles, tout était fait de A à Z », se remémore-t-elle, du haut de ses quarante deux années de travail. A l’époque, près de 900 personnes travaillaient chez Parisot. « On est restés à 750 une paire d'années, puis c'est ces dernières années ou ça a commencé à décroître, surtout à cause des départs en retraite non remplacés. » Avec pour conséquence une moyenne d'âge qui atteint 46 ans en 2019.

On prône le made in France… C’est quand même un savoir faire
Marie, 20 ans d’ancienneté


C’est le début d’un inexorable déclin, lié à un contexte économique atone et un endettement devenu insurmontable. Jusqu’à l’annonce glaçante du redressement judiciaire. Aux côtés de Françoise, Marie* n’ose pas imaginer la fermeture de l’usine : « c’est quand même un savoir-faire qui disparaîtrait. Ce serait dommage, on est quand même un grand groupe de l’ameublement. Avec nos diverses sociétés, on couvre toute la palette. » En effet, grâce à ses différentes filiales haut-saônoises (Parisot, CFP, CF2P) et vosgienne (Ekipa), P3G maîtrise représente une chaîne industrielle. « Toutes les sociétés seraient impactées, assure Marie. Nous on est 450 chez Parisot, mais ça pourrait impacter Ekipa, mais aussi la CFP, car il nous fournissent en panneaux. C’est lié par l’activité. Ça ferait beaucoup de mal à notre région, » conclut-elle. Alors cette offre, elles y croient : « on a une proposition de reprise, c’est déjà bien. On a cette chance là car c’est ça ou rien »


La ville-usine, une solidarité à toute épreuve


Pour Françoise et Marie, qui cumulent 67 ans d’ancienneté à elles deux, Parisot signifie bien plus qu’une carrière professionnelle. « C’est notre vie, quand on y est depuis l’âge de 16 ans. Quand on va en courses, qu’on va remplir une grille de loto, quoi qu’on fasse, on croise les gens de Parisot. » Des gens qui symbolisent une époque, où une fabrique pouvait assurer des revenus à une ville entière. Une époque révolue?
 
Nadine Jacquemard approche de la retraite après 41 ans d'ancienneté chez Parisot. Avec son mari Bernard, retraité de l'entreprise, ils sont venus soutenir leurs collègues plus jeunes / © A. L.
Nadine Jacquemard approche de la retraite après 41 ans d'ancienneté chez Parisot. Avec son mari Bernard, retraité de l'entreprise, ils sont venus soutenir leurs collègues plus jeunes / © A. L.


En tout cas, la solidarité, elle, est toujours là. En témoigne Bernard Jacquemard, retraité de Parisot depuis 13 ans, venu soutenir ses anciens collègues. « Je suis arrivé à 18 ans, en 1968. On ne se posait pas de question, on pouvait gagner un salaire en heures supplémentaires. » A ses côtés, son épouse Nadine, qui entame sa dernière année de carrière, après 41 ans : « j’ai toujours travaillé chez Parisot, j’en suis fière, ça serait vraiment dommage que ça s’arrête, surtout qu’il y a encore de l’avenir. » 

La nuit tombe sur le groupe, et la fraîcheur automnale enveloppe les travailleurs. Quand soudain, un petit groupe sort du tribunal. Après plus de 3 heures de débat, de discussion entre les différentes parties, la bonne nouvelle réchauffe enfin l’atmosphère : la direction est optimiste, l'offre de reprise devrait être retenue. Il faudra toutefois attendre le 22 novembre pour connaître le délibéré.
 
* Le prénom a été changé
 
A la sortie de l'audience, Philippe Brocheré, délégué CGT, se dit optimiste

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