Changer de métier : du bilan de compétence à la reconversion, les dispositifs et les conseils à suivre

Conséquence de la crise sanitaire, la quête de sens au travail interroge. En Bourgogne comme ailleurs, les demandes de bilan de compétence ont fortement augmenté. Le changement de vie peut être compliqué mais des dispositifs existent. 

Conséquence plus ou moins directe de la crise sanitaire, les organismes agréés pour dispenser des bilans de compétences ont vu croître les demandes ces derniers mois.
Conséquence plus ou moins directe de la crise sanitaire, les organismes agréés pour dispenser des bilans de compétences ont vu croître les demandes ces derniers mois. © Christophe Morin / IP3

"La crise sanitaire m’a un peu aidé à changer de cap". Depuis 13 ans, Claire Grosjean est ingénieure viticole au sein de la Chambre régionale d'agriculture de Bourgogne. 

Mais depuis le mois d'octobre, elle a décidé de se former et d'entamer un processus de reconversion professionnelle. Elle suit une formation de céramiste à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre) au sein du centre international de formation aux métiers d'art et de céramique

L’évidence de changer de métier s’est imposée à elle au printemps dernier, en plein confinement. "Cela fait 13 ans que j'exerce mon métier. J’avais besoin d’un retour à quelque chose de manuel, le contact avec des clients, avoir une partie un peu plus de création, de recherche" explique Claire. "Me retrouver chez moi en télétravail à faire beaucoup de travail administratif m'a fait beaucoup réflechir. Toute cette situation m’a aidé à prendre la décision de changement."

Suite au premier confinement, elle décide de faire un bilan de compétences. Une étape charnière qui l'a encouragée à changer de voie professionnelle. "Ce bilan de compétences m'a conforté dans le choix de faire un métier artisanal."

Claire suit une formation financée par un organisme dont dépend son employeur grâce au congé de formation professionnelle (CFP). Au mois de juin, à l'issue de sa formation, elle aura le choix soit de retourner à son métier d’ingénieur ou de continuer dans la céramique.

Aujourd'hui, difficile cependant pour elle d'envisager de revenir en arrière. Elle reconnait que "faire un break et se consacrer pleinement à apprendre des gestes et techniques ancestrales lui procure beaucoup de bien. C'est une activité magique." 

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Elle n'exprime aucun regret d'avoir fait ce choix et a déjà des projets pleins la tête. Claire a même déjà investi dans un tour et un four de potier et se projette dans sa future activité. "Dans l’avenir proche, j’aimerais continuer à travailler chez moi et ouvrir peut être une boutique bar poterie où les gens viennent boire un verre, faire de la poterie, du crochet."

Une équipe de France 3 la suit depuis quelques semaines dans sa reconversion. Elle sera à l'honneur dans une nouvelle série documentaire intitulée "Ma vie d'après" qui sera diffusée prochainement sur France 3. 

Une augmentation des demandes de bilan de compétences

Il est encore difficile de connaître l’étendue des conséquences de la pandémie du Covid-19 sur l’emploi, beaucoup de personne à l'image de Claire ont réinterrogé la notion de travail et leur utilité dans la société, pendant les confinements et les sessions de télétravail.

De nombreux professionnels de l’orientation constatent certains signes, comme une nette augmentation des demandes de bilan de compétences depuis la fin du premier confinement. C'est le cas de Nathalie Dechelette, directrice du Centre interinstitutionnel de bilan de compétences (CIBC) en Bourgogne. "Ce que l’on a constaté, c’est surtout une très forte augmentation au mois de septembre. Là on a eu plus de 30% de demandes. Et cela n'a pas décru depuis," explique aujourd'hui Nathalie Dechelette. 

Selon elle, les confinements ne sont pas étrangers à ce phénomène. "Il y a eu une forte augmentation parce qu’on a eu le confinement de mars à  mai. Et d'un coup, les gens se sont vraiment mobilisés à partir de fin juin. Certains ont pris le temps de définir leur projet. Il y a eu un temps de maturation."

Une majorité de femmes 

Qu’elle soit enclenchée par choix ou par obligation, la reconversion concerne de plus en plus de salariés, et notamment des femmes. "Ce sont à 70% des femmes et concernant la moyenne d'âge, un quart de ces personnes ont entre 41 et 45 ans." La directrice du CIBC a pu également constaté qu'une grande majorité de ces personnes viennent du secteur de la santé, de l'action social et du commerce (60%) et 19% de cadres qui viennent de l'industrie. 

Dans son cabinet, Nathalie Dechelette a reçu des professionnels des secteurs où l'avenir est très incertain mais aussi des personnes qui ont réalisé pendant le confinement que leur métier ne leur convenait tout simplement plus. "Les gens nous ont beaucoup sollicité dans le cadre d'une situation subie. On est principalement sur de l'usure professionnelle ou de la vulnérabilité économique.

Mais elle ajoute que ce profil ne représente que 20% des dossiers. "60% des gens, c'est pour pouvoir anticiper et envisager de manière choisie une reconversion et trouver un meilleur équilibre vie privé-vie professionnelle. Et ce sont majoritairement des femmes."

La crise dope les envies de reconversion mais freine le passage à l’action

Si la crise sanitaire a dopé les envies de reconversion, elle a aussi freiné le passage à l’action. Certes, le nombre de bilans de compétences passés durant la crise a explosé. Mais cela n’a pas forcément abouti à des mises en action ou des projets de reconversion comme en témoigne Francis Jérôme, directeur général de Transitions Pro BFC. "Le besoin, il est là. Beaucoup d'études et de sondages sont là pour montrer que les gens veulent donner plus de sens à leur vie. Par contre, cela ne se répercute pas encore dans les dossiers. Il y a le vouloir mais il y a les freins."

Selon lui, beaucoup de gens ont lé désir de changer de métier mais attendent encore de le mettre en oeuvre en raison des freins liés à la situation économique. "On a plus de 800 dossiers en cours de préparation mais peu de demandes de financement" constate Francis Jérôme. 

De nouveaux dispositifs lancés par le gouvernement 

Avec 360.500 destructions d’emplois salariés et 268.500 personnes de plus inscrites dans les fichiers de Pôle emploi, la crise a produit en 2020 ses premiers effets. Ces chiffres, qui témoignent de la violence du choc sur le marché de travail, ne pourraient être que la partie émergée de l’iceberg. Car, en 2021, avec le débranchement progressif des aides, les conséquences sur l’emploi pourraient s’avérer encore plus désastreuses. "On s’attend à une situation compliquée dès que cela reviendra à la normale" souligne Francis Jérôme.

Certains secteurs ont été particulièrement touchés poussant des salariés à opter pour une reconversion professionnelle. "Il y a une demande en particulier de personnes qui travaillent dans la restauration ou l'hôtellerie qui ont été fermés", témoigne Francis Jérôme. "Beaucoup de gens viennent aussi de la grande distribution et évoquent le fait de pouvoir avoir des horaires de bureau."

Mais ce processus est encore plus complexe et le gouvernement souhaite le faciliter.

Le gouvernement mise sur les métiers porteurs

Dans le cadre du plan de relance, il a d'ailleurs mis en place le dispositif Transition collectives. Déployé depuis le 15 janvier 2021, il doit permettre d’anticiper les mutations économiques de l’entreprise en accompagnant les salariés volontaires, et dont l'emploi est fragilisé, vers une reconversion professionnelle.

Tout en conservant leur rémunération et leur contrat de travail, les salariés pourront bénéficier, sous certaines conditions, d’une formation financée par l’État, dans le but d’accéder à un métier porteur dans le même bassin de vie. Comme la Bourgogne Franche-Comté, chaque région a dressé une liste de ces métiers

"Dans la région, les métiers définis sont les grandes filières comme le bâtiment, la biodiversité, l'agriculture et l'agroalimentaire, l'automobile, la santé, et ensuite il y a aussi les filières numériques, les métiers de la sécurité" détaille Nathalie Dechelette. "Cette liste elle pourra évoluer en fonction de l’évolution du territoire."

Ce nouveau dispositif doit permettre aux actifs de se projeter et de se former vers des professions qui ont le vent en poupe au détriment des métiers qui disparaîtront progressivement.

Francis Jérôme constate par exemple une demande forte de formation aux métiers de conducteurs et chauffeurs routiers. "Dans les métiers recherchés, il y a aussi tout ce qui est assistante RH et gestionnaire de paie."

Selon le Baromètre de la formation et de l’emploi de Centre Inffo, publié mercredi 10 février, près d’un actif sur deux (48%) souhaite suivre une formation dans les douze prochains mois pour pallier l’évolution de son métier.

Pour 88 % d’entre eux, la formation est une nécessité pour conserver son employabilité tandis que 49 % envisagent de changer d’emploi. 

 

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