Confinement : La société astronomique de Bourgogne prône l'extinction de l’éclairage public nocturne

Et si le confinement était une période propice à l’extinction des feux ? Vecteur de pollution lumineuse, la société astronomique de Bourgogne demande aux communes d'avoir une réflexion forte sur le sujet. Certaines communes sont déjà passées à l'action comme Semur-en-Auxois. 

Coucher de soleil sur Dijon.
Coucher de soleil sur Dijon. © France 3 Bourgogne
"Le confinement a été un déclencheur dans beaucoup de communes et c’est ce qui va permettre de donner des habitudes aux communes et aux gens." Loïc Girard est élu en charge de l'urbanisme à la municipalité de Semur-en-Auxois, une commune de Côte-d'or. 

Depuis la fin du mois d’octobre, l’éclairage public est coupé une partie de la nuit dans le centre-ville et sur les axes traversants. L’extinction de l'éclairage dans tous les quartiers de la ville a lieu entre 2h30 et 5h30. Partout ailleurs, les lampadaires sont éteints de minuit à 5h30. 

Cette mesure expérimentale vise à réaliser des économies et à protéger la biodiversité. Selon Loïc Girard, cela devrait permettre de réduire la facture d’électricité de la commune. "On doit dépenser 90 000 euros chaque année. On pense pouvoir réaliser 10 000 euros d’économies avec l'extinction nocturne de l'éclairage".

Ces économies ainsi réalisées permettront de poursuivre le remplacement des équipements obsolètes vers un éclairage à LED, plus performant et plus économique. "Il faut qu’on améliore l’éclairage nocturne", estime l'élu."Pour le moment, à Semur, on a 17% d’éclairage en LED. Il va falloir qu’on passe tout en LED mais ce n’est qu’une partie des choses qu’il faudra mettre en place". 

La mesure pourrait aussi avoir un impact bénéfique en matière de sécurité. Les études réalisées sur le sujet démontrent en effet que les voitures ont tendance à ralentir en l’absence d’éclairage public. Un constat partagé par Jérémy Balledant, membre de la société astronomique de Bourgogne. "Au niveau sécurité routière, l’éclairage public aura un impact plutôt négatif que positif."

Les astronomes de Bourgogne rêvent de nuits plus sombres 

À l’instar de Semur-en-Auxois, plusieurs communes de Bourgogne ont pris des décisions similaires depuis la fin du mois de mars. Une bonne nouvelle pour Jérémy Balledant. Il est vice-président de la société astronomique de Bourgogne. Dans un communiqué publié il y a quelques jours, l'association lance un appel aux maires de toutes les communes pour expérimenter l'extinction de l'éclairage public pendant le confinement. 

Cette démarche ne vise pas uniquement à mieux voir les étoiles. Puisque la société astronomique de Bourgogne avance deux arguments de poids, l’un écologique et l’autre économique. "Sur un plan purement économique, une commune pratiquant une extinction de l’éclairage public peut atteindre jusqu’au 60% d’économies sur sa facture", avance l'association dans son communiqué. 

"On a rebondi sur le fait qu'on a moins d’activité économique avec le couvre-feu lié au confinement", argumente l'astronome. "Il y a beaucoup moins de personnes dans les rues, du coup, n’est-ce pas l’occasion de réfléchir à l’usage que l’on peut avoir de l’éclairage public en sachant qu'il va quasiment être inutile durant cette période ?

Une menace pour la biodiversité

L’éclairage public est le premier vecteur de pollution lumineuse et représente une menace sérieuse pour la biodiversité. Environ 30 % des vertébrés et 65 % des invertébrés vivent la nuit. En clair, la majorité des êtres vivants ont besoin d’obscurité pour se nourrir, se déplacer, se reproduire. Or, depuis quelques dizaines d’années, l’éclairage nocturne est en constante augmentation.

D'après l'Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l'Environnement Nocturnes (Anpcen), la quantité de lumière émise a augmenté de 94 % en vingt ans faisant peu à peu disparaître la nuit. Cette quasi-absence d’obscurité serait l’un des principaux facteurs de mortalité des insectes, après les pesticides.

"Tout le monde est conscient qu’il y a aujourd’hui des efforts à faire pour l’environnement et cela passe aussi par l’extinction de l’éclairage pour protéger la biodiversité", selon Loïc Girard. "Il y a aussi l’Europe qui préconise de créer des trames noires". Un prolongement des trames vertes et bleu qui a pour objectif de préserver et de restaurer un réseau écologique en France.

L'éclairage led : bon pour la facture énergétique, mauvais pour l'environnement

Pour réaliser des économies d'énergie et budgétaires, beaucoup de communes veulent remplacer les lampadaires existants par des éclairages led. Mais pour Jérémy Balledant, ces leds sont une catastrophe écologique car ils diffusent une lumière très blanche avec une couleur bleue qui affectent énormément la biodiversité.

S'il reconnait que "la multiplication des Led va certes permettre de procéder à des économies d’énergie pour les communes et va permettre de moderniser l’éclairage public en rabattant bien l'éclairage vers le sol", il estime qu'au niveau de la biodiversité, "c’est pire qu’avant."

Mais il existe, selon lui, une alternative, la led ambrée. "C’est une led qui ne va pas émettre dans l’ultraviolet. Au niveau empreinte écologique, c’est beaucoup mieux. C’est plus cher mais mieux au niveau environnemental. Mais il n’y a pas de perte de qualité."
 
© Pixabay

L'éclairage public coûte deux milliards d'euros en France chaque année

Face à ces nuisances, les communes sont en première ligne. "L’éclairage public coûte deux milliards d’euros en France chaque année, dont 50 % pour la seule maintenance du parc d’éclairage public," estime l'Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l'Environnement Nocturnes. "Il constitue le deuxième poste d’investissement d’une collectivité".  

Sur cette question, les élus locaux ont toutes les cartes en main, souligne Jacques Jacquenet, président de la Siseco, Syndicat intercommunal des énergies de Côte-d’Or qui équipe 675 communes de Côte-d’Or en matériel d’éclairage public. "Les maires se posent des questions car pour couper, c'est le pouvoir de police du maire. Mais je conseille à tous les maires de faire des réunions publiques pour faire prendre conscience aux administrés de ce sujet." Aujourd'hui, il n’existe aucune obligation d’extinction ou d’allumage. 

La Côte-d'Or est plutôt un bon élève en la matière. Près de 70% des communes rattachées au Siceco procèdent à une extinction de l'éclairage public la nuit. "On est à 70% de prise de conscience." 

Une mesure complexe à mettre en place dans les grandes villes


Ce qui s’applique aux petits villages ne s’applique pas forcément partout, notamment dans les grandes villes. C'est le cas à Dijon notamment pour des raisons sécuritaires. "Effectivement, ce sera plus facile d’éteindre dans un petit village où il n'y a quasiment pas de mouvement la nuit, pas de passage que d’éteindre dans le centre-ville de Dijon, ça c’est clair", reconnaît Jérémy Balledant. 


 
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