Coronavirus - Un couple d'artistes du Morvan présente "Déconfiture de fraise" : un masque taillé dans une peinture

Fabienne et Jean-Marc sont artistes. Le (dé)confinement les a inspirés : un masque taillé dans un motif de fraise, recouvrant un globe. Le couple nous raconte "Déconfiture", sa vision de la crise du Covid et la vie "au vert", depuis son départ de la Belgique pour le Morvan il y a 3 ans.

"Déconfiture, Masque Fruit Fraise" est la première installation d'une longue série. Jean-Marc a peint des fruits "pleins de sensualité et de courbes". Fabienne découpe des masques à l'intérieur... en pleine crise du coronavirus.
"Déconfiture, Masque Fruit Fraise" est la première installation d'une longue série. Jean-Marc a peint des fruits "pleins de sensualité et de courbes". Fabienne découpe des masques à l'intérieur... en pleine crise du coronavirus. © Fabienne & Jean-Marc LALOUX
Ils ont encore un peu l’accent belge mais bientôt, c’est l’accent bourguignon qu’ils adopteront. D’ailleurs, ils se sentent déjà chez eux ici, dans le Morvan, à La Grande Verrière.

Il y a trois ans, Fabienne et son époux Jean-Marc ont quitté la Belgique pour « se mettre au vert ». Un nouveau départ qu’ils ont longtemps souhaité et qu’aujourd’hui, ils n'échangeraient pour rien au monde. Ici, ils vivent de leur passion : l’art. Et comme ils le disent si bien « L'art c'est notre Vie et notre vie, ... c'est l'Art ! » 

Ce duo, dans la vie professionnelle comme dans l’intimité, souhaite partager sa vision du monde. C’est d’ailleurs leur dernière création que les deux artistes nous ont fait découvrir : « Déconfiture, Masque Fruit, Fraise ». Une installation qui en fera rire plus d’un… Une toile, représentant une fraise, peinte par Jean-Marc, dans laquelle Fabienne a découpé un masque, qu’elle a posé sur une mappemonde.

Un masque sur un globe pour évoquer l'épidémie mondiale

L’actualité les a inspirés. « Mon mari réalise une série de peintures représentants des fruits, pleins de sensualité, de courbes et de féminité. Moi je suis baignée là-dedans… Et en étant forcée de rester à la maison pendant deux mois, l’idée m’est venue d’aussi créer quelque chose. » En pleine épidémie de coronavirus, les gouvernements ont fait face à une pénurie de masques. « C’est la seule arme qu’on semblait avoir contre ce virus » explique le couple d’artistes.

Si vous regardez l’installation de plus près, vous remarquerez que le masque est posé sur la Chine. « Puisque beaucoup pensent que le virus est parti de là-bas… » Mais si on tourne le globe, on se  dirige vers l’océan Pacifique. « Et ça évoque la paix. Quelque part, on espère que la crise du Covid pourra faire naître des mentalités meilleures. »

L’oeuvre du couple parle à tous « dans un langage qui se veut universel et qui ne demande pas d’être polyglotte. » Pour le couple d’artistes, la prise de conscience est importante, mais doit tout de même s’accompagner de légèreté. « Dans le climat sinistre  qu’on vient de traverser, c’est important d’en rire ! »

Des fruits pour parler des corps et du sexe

Jean-Marc a grandi dans un milieu protestant, où le corps, l’intimité et le sexe étaient tabous. « C’était très sévère. Et on occultait tout. Quand on voyait une pêche qui avait une peau magnifique, personne n’osait dire que ça ressemblait à des fesses. »
 
Jean-Marc Laloux peint des fruits pour parler de sensualité et de sexualité.
Jean-Marc Laloux peint des fruits pour parler de sensualité et de sexualité. © Fabienne & Jean-Marc Laloux

Alors depuis 1975, Jean-Marc réalise des travaux érotiques, « subjuguant le corps de la femme ». Les fruits, c’est pour établir un lien avec les parties du corps. « Quand on peint une femme nue, le regard s’arrête directement sur la nudité du corps. Alors que si on peint un fruit, les gens peuvent s’interroger sur d’autres choses, comme la matière utilisée. »

Jean-Marc a pu exposer ses oeuvres entre les années 1980 et 1990 à Paris, Mons, Albi ou encore Venise. Et l’époque était propice à l’expression, aux mélanges des corps. « Mais aujourd’hui, le tabou s’est réinstallé. » Le couple fait allusion au tableau L’origine du monde, de Gustave Courbet, censuré sur Facebook il y a quelques mois.

Du business belge au silence du Morvan

Vivre à la campagne, loin de toute la frénésie numérique, des manifestations ou des revendications, c’est aussi un moyen pour ces artistes d’être au plus près de ce qu’ils considèrent comme « l’essentiel ». Parce que dans leurs oeuvres, il y a aussi l’ode à la nature. Une forme de retour aux sources. « La nature est fabuleuse. Elle se renouvelle tout le temps et dans toutes les circonstances. Elle nous apprend à moins se prendre la tête. »

Et Jean-Marc sait de quoi il parle. Professeur de dessin de formation en Belgique, il a ensuite fondé une imprimerie. « Mais j’ai fini derrière un clavier à expliquer aux élèves comment faire des retouches photos. Je me suis éloigné de ce que j’aimais ». Son imprimerie a rapidement mutée. « La vie est devenue trépidante. C’était le business avant tout. Et on s’écartait de ce que je considérais être de vrais valeurs : l’amitié ou la nature par exemple. Sans vouloir devenir des écolos purs et durs qui s’en vont élever des chèvres, on a réalisé notre rêve et on est partis avec notre camionnette et notre caravane en Bourgogne. »
 
Quitter la Belgique pour le Morvan, Jean-Marc et Fabienne l'ont fait. Elle était infirmière, lui professeur de dessin et ils ont décidé vivre de leur art dans la campagne bourguignonne.
Quitter la Belgique pour le Morvan, Jean-Marc et Fabienne l'ont fait. Elle était infirmière, lui professeur de dessin et ils ont décidé vivre de leur art dans la campagne bourguignonne. © Fabienne & Jean-Marc Laloux

Dans les livres d’histoire de l’art, Jean-Marc a toujours été fasciné par Autun ou l'époque gallo-romaine. Et avec son épouse, ils sont tombés amoureux de la région. Aujourd’hui, Fabienne et Jean-Marc se sentent plus libres. « Et on a été très bien accueilli. Ici, il y a le côté humain et la solidarité qu’on ne retrouvait plus en Belgique. »

Un art qui respecte la nature et l'humain

Pour "Déconfiture", Fabienne a « sacrifié » la toile de son époux. « Je dirais même qu’on lui a donné une seconde vie. » Partisans du « rien ne meurt et tout se transforme », dans cette époque où « on parle de plus en plus de recyclage », le couple a pour habitude de travailler avec du matériel de première main. « Bien-sûr j’ai du matériel qui vient des magasins d’art » explique Jean-Marc, « mais l’homme préhistorique, il n’avait que ses mains… Et il a réussi à faire des chefs d’oeuvre ». Le peintre ne couche pas encore son sang sur ses toiles mais il tient à être « cohérent » dans sa démarche.

Lui, qui a tout quitté en Belgique pour s’installer dans la campagne bourguignonne, tient à pratiquer son art sans nuire à l’humain ou à la nature. « Si je dessine un papillon, ça ne me viendra pas à l’idée de l’attraper et de le faire mourir. » Lui et sa femme récupèrent des planches de bois, peignent sur des toiles en coton et utilisent même les châtaigniers du jardin pour leurs encadrements. Bientôt, Jean-Marc mettra à contribution ses poules pour peindre avec leurs oeufs. Ça s’appelle la tempera. « C’est génial de faire des installations ou des peintures sans vraiment aller dans les magasins. On montre aux gens qu’on peut créer, mais sans polluer. »

Bientôt, une exposition à la maison

Les deux amoureux ont des projets de galerie. Les travaux dans la maison sont encore en cours, mais ils promettent que d’ici quelques semaines, ils seront en mesure d’accueillir le public pour découvrir leurs oeuvres ainsi que leurs auteurs.
 
Dans le Morvan, à La Grande Verrière, Fabienne et Jean-Marc Laloux continuent les travaux dans leur propriété pour y installer leur galerie.
Dans le Morvan, à La Grande Verrière, Fabienne et Jean-Marc Laloux continuent les travaux dans leur propriété pour y installer leur galerie. © Fabienne & Jean-Marc Laloux

Deux personnages hauts en couleur, sensibles,  prêts à partager ce qu’ils ressentent, qui ne manquent pas d’humour et de poésie. « Je cherche à être célèbre, mais ne le dites à personne » conclut Jean-Marc, dans un éclat de rire.
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