Coronavirus : ils nous ont accompagnés pendant le confinement, écoutons une dernière fois les chants des oiseaux !

Le rouge-queue à front blanc est un des oiseaux que l'on peut observer et entendre en Franche-Comté / © LPO / Michel Balanche
Le rouge-queue à front blanc est un des oiseaux que l'on peut observer et entendre en Franche-Comté / © LPO / Michel Balanche

Vous avez aimé le chant des oiseaux pendant le confinement ? Il ne vous reste plus que quelques heures pour en profiter vraiment, avant le retour des bruits habituels de la ville. Portraits sonores de quelques oiseaux parmi les plus courants.

Par Raoul Advocat

Un enchantement pour les oreilles et les yeux. Une petite consolation aussi, pendant cette période étrange et angoissante du confinement. Pendant près de 2 mois, la nature s'est invitée à notre fenêtre. Même en pleine ville. Confirmation avec Samuel Maas, ornithologue de la ligue pour la protection des oiseaux de Franche-Comté (LPO) :
 

Sans ce brouhaha permanent lié aux activités humaines, on a pu entendre les oiseaux, à tel point que certaines personnes ont même cru que les oiseaux revenaient...on a tout simplement été beaucoup plus attentifs à ce qui nous entourait !
 

Pour identifier les espèces par un chant ou une image, la LPO a mis en ligne une collection sonore des principaux oiseaux de notre pays.

Nous nous proposons également d'entendre et de voir quelques-uns des hôtes les plus familiers de notre région. Les voici, tels qu'on peut les trouver sur la chaîne youtube, Ornithologie. Tout d'abord, l'oiseau sans doute le plus célèbre, le moineau  :
 
Moineau domestique

Son chant est bien plus mélodieux, c'est la bien nommée et bavarde "fauvette babillarde" :
 
fauvette babillarde

Un autre oiseau assez répandu en Franche-Comté, le pinson :
 
Pinson des arbres
@Birdwildlife

Enfin, impossible de ne pas citer la mésange :
 
Mésange charbonnière
@ LePetitOrnitho LPO


Le chant des oiseaux a été modifié pendant le confinement


Pendant le confinement, la nature a donc repris ses droits. Moins de bruit ambiant, moins de dérangements, moins de déplacements humains : les animaux sauvages se sont rapprochés de nos habitations. Plus étonnant, les oiseaux chantent de manière différente. On pourrait dire qu'ils sont en ce moment moins chanteurs d'opéra que chanteurs intimistes ! Des chercheurs spécialisés en ornithologie ont fait ce constat :
 

On sait que les oiseaux chantent de manière plus aigu pour contrer le champ sonore des activités humaines, qui est plutôt grave. Avec le confinement, les oiseaux ont baissé cette fréquence sonore et économisé de l’énergie,
 

explique Samuel Maas. Grâce à une ambiance sonore plus calme, le chant des oiseaux porte aussi plus loin. On peut donc s'attendre à des nidifications plus importantes et à davantage de naissances. Car les chants d'oiseaux sont des chants d'amour :
 

Les oiseaux chantent pour marquer leur territoire et trouver une femelle. Avec le confinement, leur chance de succès a été augmenté, il y aura peut-être moins de célibataires que les années précédentes !
 

précise l'ornithologue de la LPO.

  


Moins de petits animaux écrasés sur les routes



Le confinement et la diminution du trafic routier expliquent aussi la multiplication des observations de certains petits animaux, comme les hérissons :
 

Dans nos bases de données, on constate que sur plus de la moitié des observations de hérissons, il s'agit d'animaux qui ont été écrasés sur la route. Au contraire, pendant le confinement, près de 90% des observations concernent des hérissons vivants,


comme le précise Samuel Maas.
 
Le hérisson, d'habitude très discret, a été plus présent près des habitations pendant la période de confinement; / © LPO / Samuel Maas
Le hérisson, d'habitude très discret, a été plus présent près des habitations pendant la période de confinement; / © LPO / Samuel Maas



Une brève parenthèse de calme

 

Malheureusement, cette période de confinement restera une brève parenthèse positive pour les populations d'oiseaux. En lien avec le muséum d'histoire naturelle, la LPO organise régulièrement des opérations de recensement des oiseaux des jardins. Or, depuis de longues années, les comptages démontrent que la plupart des espèces connaissent des réductions d'effectifs plus ou moins importantes. Les activités humaines, la pollution et la réduction des espaces naturels en sont directement responsables, ainsi que le changement climatique.


En Franche-Comté, la LPO cite en particulier le râle des genets, qui disparaît des prairies humides :
 
Le rale des gênets est un oiseau qui niche au sol, dans les zones de prairies humides / © LPO / Claude Nardin
Le rale des gênets est un oiseau qui niche au sol, dans les zones de prairies humides / © LPO / Claude Nardin


La pie-grièche grise est également en danger. 300 couples recensés en Franche-Comté il y a 30 ans, à peine une quinzaine aujourd'hui. Pire : un des trois couples répertoriés dans le Jura n'aura pas de descendance cette année. Malgré les mesures de protection de cet oiseau et de son habitat, la LPO a constaté qu'une haie a été arrachée, alors qu'elle abritait un nid de pie-grièche grise.

C'est l'aspect négatif du confinement : selon la LPO, les atteintes à la biodiversité n'ont pas diminué.
 
 
La pie-grièche grise est en danger de disparition en Franche-Comté. / © LPO / Claude Nardin
La pie-grièche grise est en danger de disparition en Franche-Comté. / © LPO / Claude Nardin



Samuel Maas formule pourtant un voeu avant la reprise progressive des activités économiques de notre pays :

"Les gens doivent poursuivre cet intérêt pour la faune qu’ils ont eu pendant le confinememt, tout le monde peut y contribuer chez soi, dans son jardin".


 

Quelques conseils pour prolonger l'enchantement

La LPO a établi une liste de conseils pour favoriser la présence des oiseaux et des petits animaux, près de chez soi :
 

  • Aménager des tas de bois, de pierres, de sable, de déchets verts offrant des abris pour la petite faune
  • Installer des nichoirs dans les arbres ou sur les façades de maison
  • Mise en place d’un abreuvoir : si on met des mangeoires en hiver, au printemps et en été, il ne faut pas oublier les points d’eau
  • Tonte, taille des haies et des arbres le moins possible, en évitant la période de mars à août pour la taille des haies en période de reproduction des oiseaux et de la petite faune
  • Quelle que soit la fréquence de tonte, maintenir des bandes herbacées d'au moins 1m de largeur autour de l'ensemble des petites structures paysagères (haies, tas de bois, de feuilles, de pierres, mares, etc.) tondues au maximum tous les deux ans, en hiver

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