Bourgogne : "l'extrême est devenu la norme", pourquoi ces vendanges sont exceptionnelles depuis 1380 ?

Les vendanges des crémants ont débuté le 13 août en Bourgogne ! Une date exceptionnellement précoce. Mais cette année est-elle inédite ? Pas totalement à en croire le travail de 2 historiens spécialistes de la ruralité et du climat.
 
Dans le Mâconnais, les vendanges des crémants ont début dès le 13 août 2020
Dans le Mâconnais, les vendanges des crémants ont début dès le 13 août 2020 © Marine Candel / France Télévisions
Ces documents sont scrupuleusement conservés depuis 7 siècles. A Beaune, les dates des vendanges sont une source précieuse pour les historiens, mais aussi les experts du climat. Elles permettent de conprendre les évolutions climatiques en Bourgogne.   

« Les bans de vendanges étaient déjà utilisés par les historiens dès le XIXe siècle, explique Thomas Labbé. Il est historien à la maison des Sciences de l’Homme à Dijon."L’originalité de la série de Beaune est d’être la seule à remonter jusqu’au XIVe siècle. Et c’est le seul type de pratique sociale nous informant sur le climat et que l’on peut faire remonter aussi loin."
 

2020, troisième année la plus précoce de l'Histoire ? 

En 2020, les vendages des crémants ont débuté ce jeudi 13 août dans le sud de la Bourgogne. Selon les viticulteurs locaux, c'est du jamais vu.
 
Mais peut-on parler d'un millésime inédit pour l'ensemble du vignoble bourguignon ? Pour les "vins tranquilles" autres que les crémant, les premiers coups de sécateurs devraient se faire entendre dans les vignes une dizaine de jours plus tard. Le 23 ou 25 août. Est-ce inédit ? 

Selon les bans des vendanges à Beaune, sur les 650 dernières années, au moins 2 dates sont plus précoces. En 2003, année où la canicule avait duré plusieurs semaines, le coup d'envoi des vendanges a eu lieu le 18 août. Et en 1556, les premiers raisins ont été recoltés le 15 août à Beaune. "1556 correspond à une année dont on connait très bien le profil, explique Thomas Labbé. Après un hiver assez humide, la sécheresse a débuté en avril et n’a pas cessé jusqu’au mois d’août."


 
 

Des vendanges 3 semaines plus tôt

Si l'année 2020 n'est donc pas totalement inédite, elle marque une précocité notable. Surtout, la période des 20 dernières années marque une évolution jamais constatée sur la vigne, et donc sur le climat. Les vendanges précoces sont de plus en plus fréquentes.

Coauteur de l'étude Les dates de vendange à Beaune (1371-2010). Analyse et données d'une nouvelle série vendémiologique, publiée en 2013 avec Thomas Labbé,  Fabien Gaveau est historien spécialiste de la ruralité et chercheur au CNRS. "Il y a un caractère particulier à ce que nous vivons depuis les années 1980. Les dates de vendanges s’accumulent autour de dates précoces. C’est un mouvement sur plusieurs années. C’est quelque chose que l’on ne constate pas de la même manière dans les siècles précédents."
 

« Ce qui a constitué des vendanges extrêmes est devenu la norme »

Thomas Labbé


Depuis les premiers résultats publiés en 2013, Thomas Labbé a prolongé ses travaux jusqu'en 2018 (étude à lire en anglais) Ainsi, si l'on ne prend en compte que les 5% de vendanges les plus précoces, 26 récoltes s'étalent entre 1393 et 2002, soit sur près de six siècles ! Mais 8 autres ont été enregistrées entre 2008 et 2018. En seulement 10 ans ! "Ce qui a constitué des vendanges extrêmes pendant 600 ans est devenu la norme une année sur deux. L'extrême est devenu normal", analyse Thomas Labbé. 
 

Des vendanges en août plutôt qu'en octobre

Entre 1354 et 1987, la date moyenne des vendanges en côte de Beaune se situe au 28 septembre. Mais sur les vingt dernières années étudiées, de 1988 et 2018, cette date moyenne tombe le 5 septembre. "Avec des vendanges le 11 septembre, même l'année 2019 qui nous semble peu précoce, l'est par rapport aux siècles précédents" remarque l'historien. 

En zoomant sur les 100 dernières années, on découvre également qu'à Beaune, depuis 1980, plus aucune vendanges n'a débuté en octobre. C'était le cas une fois sur deux entre 1940 et 1980. "Il y a sans doute eu une rupture météorologique à partir du milieu des années 80" estime Fabien Gaveau. Sur ce point, l'historien s'en remet néanmoins à d'autres disciplines. 
 

"On a fait des reconstitutions de températures annuelles entre avril et août, complète Thomas Labbé. On estime que 10 jours de différence sur la date des vendanges correspondent à 1 degré de différence sur les températures moyennes." Une date moyenne de début des vendanges qui avance de 22 jours correspondrait donc à une hausse de température d'un peu plus de 2°C au printemps et en été. 

Depuis 2013 et la date de publication de la première étude, d'autres travaux ont été menés sur les vignobles suisse ou corse. Ils montrent les mêmes tendances. 





 
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