Cérilly : une manifestation pacifiste contre le projet de méthaniseur

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Ce samedi 3 juin, le collectif "Méga méthaniseur ni ici ni ailleurs" contre le méthaniseur installé sur la commune de Cérilly (proche de Châtillon-sur-Seine) en Côte-d'Or, organise en fin de matinée un rassemblement "festif et pacifique" pour protester contre le projet et ensuite manifester l'après-midi à Châtillon.

En octobre 2022, ils manifestaient déjà contre le projet, en dénonçant "l'aberration écologique" et la vocation "financière" du projet du méga-méthaniseur.  Aujourd'hui ils manifestent pour dénoncer "une folie agricole". Ils étaient 120 à défiler dans les rues de Châtillon cet après-midi.

"Très peu de gens sont au courant du projet"

Contacté lors de la préparation du rassemblement, Thomas Maurice, co-porte-parole de la Confédération Paysanne de Côte-d'Or, qui rejoint le collectif d'opposants, rappelle que "très peu de gens sont au courant. Déjà, lors de la manifestation d'octobre, des gens prenaient connaissance du projet. C'est quelque chose qui s'est monté très vite !" 

Ce que la "Conf" dénonce, c'est que "le méthaniseur ne sera pas alimenté par des déchets, mais par du seigle fourrager. On ne va pas valoriser de déchets, du moins très peu, mais on va utiliser une culture de type CIVE (culture intermédiaire à vocation énergétique), du seigle fourrager, qui par sa récolte tardive, compromet les autres cultures."

Le porte-parole de la confédération paysanne dénonce "un détournement de terres agricoles. Ce sont plus de 5000 ha de terres qui vont être dédiées à l'alimentation de ce méthaniseur."

Un rassemblement sous surveillance

La Préfecture de Côte-d'Or, craignant d'éventuels débordements, a autorisé par arrêté préfectoral l'utilisation de drones de surveillance par le groupement de Gendarmerie départementale de Côte-d'Or, pour la journée du 3 juin sur la commune de Châtillon-sur-Seine.

Des travaux bien avancés

Concernant l'avancement du projet, Thomas Maurice de la Confédération Paysanne, confirme que "les travaux sont bien avancés. Des silos satellites déjà construits sont remplis de seigle."

Le porte-parole commente que "les travaux n'ont pas traîné, on sent une volonté d'aller vite. Cela pose un problème de démocratie, par le manque d'information en amont, il n'y a pas de vrai débat de société. Il est évident que ça va à la confrontation, ce genre de projet clivant. Il y a là un accaparement de ressources discutable, de ressources agricoles et de financements publics."

Selon Valérie Jacq, porte-parole du collectif et animatrice LFI-Nupes de la 4ème Circonscription de Côte-d'Or, "une mise en fonction est prévue pour février 2024"

La porte-parole émet également des doutes sur la pérennité économique du projet : "Nature et Energie est une société rachetée par Shell. C'est une multinationale danoise qui travaillle sur la méthanisation, ils ont implanté beaucoup de méthaniseurs au Danemark sur ce modèle-là. Ils sont égalements implantés en Allemagne et essayent en France, grâce à des subventions publiques mises en place (transition énergétique). Leur entreprise présentait un bilan comptable déficitaire sur l'année 2022 de plusieurs millions d'euros, le collectif a des doutes sur la rentabilité de ce genre d'énergie. Les agriculteurs pourraient se retrouver le bec dans l'eau, avec la fin des subventions."

Des conséquences écologiques

L'autre association partie prenante contre le projet est La Grande Côte Châtillonnaise, un collectif d'habitants. Cette association dénonce en premier lieu le "détournement de cultures agricoles qui pourraient être des cultures alimentaires" et "l'aberration écologique du projet : 20 000 poids lourds sur nos routes par an (nuisances sonores, dangerosité, dégradation des routes, pollution)"

Par ailleurs, ils dénoncent la menace possible sur le busard cendré "rapace emblématique" vivant sur le territoire châtillonnais. C'est une espèce nichant dans les cultures céréalières, très menaçée par certaines pratiques agricoles : "Les busards font leur nid au sol, cachés dans les grandes cultures, d’avril à juillet. Avant leur envol, les poussins sont très vulnérables et peuvent être détruits par les machines des humains lors des fauches ou des moissons. Le méga-méthaniseur imposant la culture massive de seigle, 5400 hectares récoltés vert en mai, va encore davantage les mettre en danger, puisque à cette époque les poussins sont incapables de voler !

Pourtant ils apportent une aide précieuse à l’agriculture puisqu'ils se nourrissent principalement de petits mammifères, de campagnols surtout. Ils sont sur la liste rouge des espèces protégées au niveau

mondial et pourtant, la méthanisation industrielle risque de les éliminer pour toujours."

Valérie Jacq, porte-parole du collectif, rappelle l'enjeu écologique lié aux cultures intensives de CIVEs (cultures intermédiaires à vocation énergétiques) : "Les Naturalistes des Terres (réseau de naturalistes en lutte) sont venus d'Orléans et la Ligue de Protection des Oiseaux étaient présents : ils ont expliqué comment ils ont documenté la disparation de plusieurs espèces animales, liée à l'utilisation de CIVEs intensives."

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