Après 8 ans de mariage, la Bourgogne et la Franche-Comté vont-elles se séparer ?

Le torchon brûle entre la Bourgogne et la Franche-Comté. Une fronde menée par le maire de Dijon, François Rebsamen qui réclame une séparation des deux entités. Des propos et une proposition balayée par la présidente de région, Marie-Guite Dufay qui défend son action.

L’amour dure sept ans disent certains. Mais alors que la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté (1er janvier 2016) vient de fêter ses noces de coquelicot en janvier dernier, y aurait-il du divorce dans l'air entre les deux anciennes régions géographiques qui ne font plus qu'une ? En tout cas de sérieuses secousses, les plus moqueurs parleront même de scènes de ménage..

Celui qui mène la fronde, c'est le maire de Dijon et président de l'agglomération, François Rebsamen (Fédération progressiste, ex-Parti socialiste). L'édile de la cité des Ducs livre un verdict sans appel : 

Les deux régions ne sont pas arrivées à vivre ensemble, il fallait compenser un retard de la Franche-Comté par rapport à la Bourgogne. Cette région n'avance pas ensemble. Nous sommes différents. Il faut réfléchir à une scission.

François Rebsamen, maire de Dijon

Une sortie en forme de saillie moyennement appréciée par la présidente socialiste de la région qui se dit surprise ce 26 mars au micro de notre journaliste Emmanuel Rivallain : 

J'ai des relations courtoises avec François Rebsamen, jamais ce sujet n'est arrivé sur la table, j'étais surprise. Je comprends qu'il y ait du mécontentement, mais de là à une réforme territoriale..."

Marie-Guite Dufay, présidente socialiste de la Région Bourgogne-Franche-Comté

La fusion est un échec pour François Rebsamen

Le maire de Dijon avance ses arguments. "Quel est le bilan après 8 années de fusion ? On voulait rapprocher les forces, diminuer la complexité administrative, c'est un échec, c'est même le contraire, un mille-feuille administratif. Nos universités devaient être plus fortes, on en est loin. La région est enclavée, il y a un problème d'attractivité." 


Et François Rebsamen d'enfoncer le clou : "c'est la compétence de la région, l'attractivité, de mener le combat ferroviaire, de défendre l'aéroport de Dole-Tavaux, d'ouvrir les horizons. Les villes ont été maltraitées, on n'a aucune réunion avec la présidente. Pourtant, il n'y a qu'une seule métropole, on représente 260 000 habitants, c'est plus que quatre départements de BFC, cela mérite de la considération !"

Je cherche l'équilibre entre les territoires

Marie-Guite Dufay, présidente socialiste de la région Bourgogne-Franche-Comté

"On est sur des combats du passé" contre attaque Marie-Guite Dufay

Des critiques qui ont de quoi agacer Marie-Guite Dufay. Si elle reconnaît que les citoyens n'ont peut-être pas compris à quoi servait la fusion et qu'ils restent attachés à leur ancien territoire, elle défend et assume son bilan. "La fusion a amené des dynamiques, la région a investi 600 millions d'euros pour développer l'économie, la recherche, des filières, auparavant le cumul des deux régions, c'était 300 millions d'euros."


La présidente de région reste droite dans ses bottes et concède "qu'il ne soit pas d'accord avec les choix de la région, c'est légitime, c'est son droit. Moi, je cherche l'équilibre entre les territoires, entre le rural et les villes, ainsi que de la solidarité. Les arbitrages ne font pas plaisir à tout le monde, que je ne mette pas assez sur tel projet urbain, oui c'est possible." Et l'élue de conclure : "je ne privilégie pas la Franche-Comté, on ne peut pas me faire un procès de favoritisme. On est sur des combats du passé".


Mais le combat du jour ne serait-il pas finalement une lutte politique entre ces deux élus, autrefois ensemble au Parti Socialiste ? François Rebsamen s'en défend : "ce n'est pas un combat contre Marie-Guite Dufay" et avance ses bonnes relations avec la maire de Besançon, l'écologiste Anne Vignot comme garantie d'entente avec la Franche-Comté.

Lire aussi : La Bourgogne et la Franche-Comté peuvent elles divorcer aussi facilement ?

En finir avec la fusion, une proposition pas si nouvelle

Cette proposition de rupture entre Bourgogne et Franche-Comté n'est pas si nouvelle. Elle a déjà été portée par Jean-Philippe Allenbach, le président du Mouvement Franche-Comté il y a quelques années. Dans un communiqué, il se félicite que le sujet revienne sur le devant de la scène.

"Le Mouvement Franche-Comté ne peut évidemment que se réjouir d’une telle perspective, car elle rendrait enfin leur région aux Francs-Comtois qui pourraient ainsi disposer à nouveau de leur propre président, de leurs propres élus, de leur propre budget et de leur propre drapeau..."

Il avance même que lors d'un sondage "Opinionway" réalisé en février 2022 par le mouvement, 60 % d’entre eux souhaitaient que la Franche-Comté fasse sécession avec la Bourgogne.

Vers un référendum ?

Dans les rues de Besançon, ce midi, les petites phrases de François Rebsamen et sa volonté de divorce ne laissent pas sans réponse, ni réaction. Si certains pensent à un 1er avril en avance, la grande majorité des gens interrogés sont pour la séparation. "Qu'on divorce", "C'est trop la guéguerre, moi je suis pour la scission", "On est bien chacun de notre côté", petit florilège des phrases entendues à notre micro.


Voilà qui devrait plaire à François Rebsamen. Lui qui a soumis l'idée à Emmanuel Macron, un président de la République sensible à ses arguments selon le maire dijonnais. Quelques maires de grandes villes de Bourgogne sont aussi sur la même longueur d'onde. Mais comment aller plus loin vers cette "défusion" ?

"Je pense qu'il serait intéressant de savoir ce qu'en pensent les Bourguignons à travers un référendum, l'Alsace a essayé ça" explique François Rebsamen. Marie-Guite Dufay, une des pionnières de la reforme territoriale, est évidemment moins convaincue : "j'en doute un peu, il y a d'autres sujets nationaux plus prioritaires. J'ai mis toutes mes forces dans cette fusion".

À quatre ans des prochaines élections régionales, la cohabitation entre deux des principales figures politiques régionales s'annonce mouvementée. L'amour vache...