Dijon - Coronavirus : comment se déroule l'enquête épidémiologique ?

Depuis 2011, le CHU Dijon s'inscrit dans une logique de développement durable et de préservation de l'environnement. / © Chloé Frelat
Depuis 2011, le CHU Dijon s'inscrit dans une logique de développement durable et de préservation de l'environnement. / © Chloé Frelat

Après les 4 premiers cas avérés de Coronavirus au CHU de Dijon, c'est une procèdure scientifique qui est mise en place :  l'enquête épidémiologique. Le but : retrouver les personnes contacts avec les patients infectés. 

Par Christophe Tarrisse

Étape 1 : trouver les personnes en contact avec les patients contagieux


Les scientifiques vont se transformer en détectives pour mener une enquête très méticuleuse qui peut potentiellement porter sur des dizaines d'individu. Sont ciblés : la famille, les amis, le personnel soignant, les passagers voisins lors d'un voyage en transport en commun... Par exemple à Annecy, où le cas positif d'un homme de 64 ans a été révélé mardi, le patient a fourni une liste d'une soixantaine de "sujets contacts", selon les chiffres de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

Car  pour chaque patient, il faut retrouver les personnes avec lesquelles le patient atteint de coronavirus est entré en contact et s'assurer qu'elles n'en contamineront pas d'autres à leur tour. L’objectif c’est bien de contenir l'épidémie "en cassant les chaînes de transmission" comme l'explique Bruno Coignard, de l'agence sanitaire Santé publique France, chargée de piloter ces enquêtes dans l'Hexagone. Pour gagner du temps, la liste de ces personnes contacts est généralement constituée avant même la confirmation du cas.

"le contact tracing"


C’est une procédure internationale, standardisée sous l'égide de l'OMS et très bien rodée lors d'épidémies précédentes comme le Sras en 2002-2003, Mers en 2012-2013 ou Ebola en 2014. Cette procédure est appelée "contact tracing".

A Dijon, cette opération sera donc mulitpliée par 4, une pour chaque patient. La patient beaunois a été contaminé dans le cadre d'un voyage organisé en Egypte. Pour les trois patients de la métropole dijonnaise, deux patients ont un lien avec un cas dans l'Oise via un intermédiaire, le troisième est leur médecin.

Étape 2 : interroger les personnes contacts


Une fois les personnes contacts idéntifiées, des épidémiologistes se mettent en relation avec eux pour les classer selon trois niveaux de risque :
  • Nul /négligeable
  • faible
  • modéré/élevé
Le plus haut correspond à "des contacts étroits, en face-à-face, à moins d'un mètre, sur une durée suffisamment prolongée, 10/15 minutes", selon le Dr Coignard. C'est par exemple la situation d'un couple. A l'inverse, le plus bas niveau concerne les soignants qui étaient bien protégés par leur équipement ou des personnes "qui ont des contacts très occasionnels et furtifs" avec le malade. "Si vous le croisez dans la rue, il n'y a pas de raison d'avoir une transmission", souligne le Dr Coignard.

Plus difficile à jauger, l'appartenance au niveau intermédiaire, dit faible, est laissée à l'appréciation de l'épidémiologiste.

Vous êtes considérés comme cas contact :
  • Si vous avez partagé le même lieu de vie que le patient malade lorsque celui-ci présentait des symptômes.
  • Si vous avez eu un contact direct, en face à face, à moins d’un mètre du patient malade au moment d’une toux, d’un éternuement ou lors d’une discussion.
  • Avec vos flirts et amis intimes.
  • Avec vos voisins de classe ou de bureau.
  • Si vous êtes voisin du patient malade dans un avion ou un train, ou si vous êtes resté dans un espace confiné avec lui (voiture individuelle par exemple).

Le virus a un indice de contagiosité modéré


Evidemment, si un cas contact est à son tour sujet au virus, il faut alors élargir les recherches à son cercle de contacts... Mais rassurez-vous, le nombre moyen de personnes qu’un malade va infecter, est d’environ 2,6 (et compris entre 1,4 et 4,13). Le virus a donc un indice de contagiosité qu’on peut qualifier de modéré. Il existait ce jeudi 38 cas recensés en France.

On peut avoir "des situations très différentes, avec des personnes qui ont contaminé très peu de monde, des personnes qui ont contaminé beaucoup de monde", selon Daniel Lévy-Bruhl, de Santé publique France. "C'est très variable selon probalement la quantité de virus qu'ils excrètent, selon leur vie sociale entre le moment où ils ont commencé à présenter des signes et le moment où ils se sont isolés", note-t-il.
 

ÉTAPE 3 : Surveiller les personnes contacts


Des instructions sont ensuite données aux personnes selon leur niveau de risque.  Pour le plus élevé, on leur demande de rester chez elles, c'est ce qu'on appelle le confinement. Elles doivent également prendre leur température deux fois par jour et de se signaler aux autorités de santé si elles présentent des symptômes d’infection respiratoire (toux, difficultés à respirer).

Il est également assuré que les personnes proches des patients (le cercle familial) sont pris en charge pour faire l'objet de tests de contamination.

Les autorités sanitaires leur téléphonent tous les jours pour assurer un suivi actif. Les personnes au niveau de risque intermédiaire sont soumis au même processus.

Pour ces deux niveaux de risque, le suivi dure 14 jours, durée maximale estimée de la période d'incubation (intervalle entre le moment où l'on contracte le virus et celui où l'on développe des symptômes).

Enfin, les personnes dont le niveau de risque est jugé nul/négligeable n'ont rien de particulier à faire.








 

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