Économie : les gagnants d'un an de pandémie

Equipementiers sportifs, plateformes de livraison ou petites librairies, ces entreprises ont réussi à faire grimper leurs chiffres d’affaires malgré une année 2020 marquée par le confinement et le couvre-feu.

Les commerces non-essentiels devraient bientôt rouvrir.
Les commerces non-essentiels devraient bientôt rouvrir. © France 3 Bourgogne

Avec trois mois de fermeture sur l’ensemble de l’année, 2020 a été rude pour beaucoup de commerces jugés non-essentiels. Selon le Syndicat des indépendants (SDI), 5 chefs d’entreprise sur 6 ont vu leurs recettes baisser l’année dernière. Les propriétaires de boutiques à Dijon (Côte-d'Or) auraient quant à eux perdu en moyenne 40% de leurs chiffres d'affaire par rapport à l'année 2019. Mais certaine structures sont pourtant parvenues à résister, et même mieux, à bénéficier de la crise sanitaire pour augmenter leurs rendements.

Parmi les gagnants sur la période, les commerces alimentaires qui ont vu leur chiffre d’affaires bondir de 10% par rapport à l’année 2019. Mais certains secteurs non-alimentaires ne sont pas en reste avec des résultats en pleine croissance.

Les boutiques d’équipement de fitness prises d’assaut

La franchise FitnessBoutique compte 110 magasins en France. La structure qui vend des équipements de sport aux particuliers a connu une augmentation de son chiffre d’affaires supérieure à 100% depuis mars 2020, date du premier confinement.

"La hausse de la demande concerne les gros équipements, tapis de course, vélos elliptiques, spinning et biking. On retrouve également une forte demande sur les petits accessoires de fitness, haltères, élastiques ou tapis de yoga", décrit Maéva Navas, influence manager de la société. Au total, les ventes d’outils de musculation et de tapis de course ont respectivement grimpé de 180% et 122% en 2020.

On a nos habitués qui viennent et s’entraînent chez eux au lieu d’aller dans les salles de sport, et une clientèle de personnes qui veulent se mettre au sport.

Maéva Navas,Fitness Boutique France

Un succès expliqué par la fermeture des salles, et le développement de la pratique du sport sur son lieu de résidence. 47% des activités sportives exercées par les Français cette année ont été réalisées à domicile en 2020 selon l’Injep, l’Institut national de la Jeunesse et de l’éducation populaire. "Au premier confinement, on a remarqué une hausse, qui n’a cessé de continuer", confirme Maéva Navas.

FitnessBoutique a alors dû anticiper cette demande en forte augmentation. "On s’est adapté en terme de stocks en anticipant les besoins d’approvisionnement". La structure en a également profité pour développer des partenariats avec des coaches sportifs et des influenceurs, afin de proposer des séances de sport en ligne sur ses réseaux sociaux.

"Le sport permet de relâcher la pression. On a fait venir sur nos live training des gens qui ont voulu se mettre au sport cette année. On veut continuer sur cette lancée et surfer sur cette tendance", avance Maéva Navas.

Le bond des plateformes de livraison de repas

Les restaurants fermés, de nombreux Français se sont repliés sur les plateformes de commande en ligne et de livraison. Parmi elles, Deliveroo. La structure implantée en France depuis 2015, a connu une activité particulièrement soutenue. "D’après nos estimations, 2020 a fait gagner deux à trois ans de maturité au marché de la restauration livrée", pose Damien Stéffan, porte-parole de l’entreprise en France.

Pour la plateforme, deux raisons expliquent la hausse de son activité l’année dernière : "Il y a un facteur structurel. On est sur un marché porteur et assez jeune. Les habitudes de consommation évoluent. Les commerçants ont compris que la livraison était un canal de vente supplémentaire. Et il y a un facteur conjoncturel, celui de la crise. Les restaurateurs se sont trouvés sans autre issue que la vente à emporter et la livraison".

Ce qu’on a permis surtout, c’est aux livreurs et restaurateurs de ne pas être trop perdants.

Damien Stéffan, Deliveroo France

En début d’année 2020, Deliveroo comptait 12 000 restaurants partenaires dans son réseau en France. Il travaille désormais avec 20 000 établissements, soit une hausse de 66%. De plus, 3 000 livreurs ont été recensés en 2020, Deliveroo en disposant désormais 14 000 à travers le territoire.

La plateforme a alors accueilli une nouvelle clientèle en raison de la fermeture des restaurants, avec une fréquence d’achat accrue. "Ce n’est plus seulement les étudiants et les jeunes trentenaires. Ça peut être des quadras, des familles. Le télétravail et la fermeture des cantines d’entreprise ont un effet sur la demande pendant le déjeuner".

En pleine croissance, Deliveroo ne craint pas un ralentissement de son activité à long terme une fois la crise sanitaire terminée. "La tendance de fond est là et installée. Au moment où les restaurants ont rouvert, les clients acquis sont restés sur la plateforme et les restaurateurs aussi. Le retour à la normale n’affectera pas la progression de ce marché, car ce sont deux offres complémentaires".

Les petites librairies ont tiré leur épingle du jeu

Les libraires ont limité la casse en 2020, avec une baisse du marché global de 3,3% selon le Syndicat de la librairie française. La fréquentation importante après les deux confinements a notamment permis de réduire les pertes. En juin dernier puis en décembre, les chiffres d’affaires du secteur du livre ont respectivement augmenté de 32 et 35%.

Grâce à la fidélité de leurs clients et le succès des ventes d’ouvrages littéraires, de bandes dessinées et de livres de vie pratique, les petites structures ont su tirer leur épingle du jeu. Les patrons dont le chiffre d’affaires est inférieur à 300 000 euros par an ont vu leurs résultats augmenter de 15% en moyenne en 2020.

Les salles de concert, les cinémas, les théâtres étaient fermés. Le livre était un moyen d'accès à la culture qui était possible pendant la période.

Alix Devevey, librairie Grangier

"Il y a eu une prise de conscience de l'importance de la librairie indépendante et des commerces de proximité. Et les gens ont eu aussi le temps de lire. Ils ont redécouvert le goût de la lecture pendant le confinement", explique Alix Devevey, responsable de la communication de la librairie Grangier. La structure a vu de nouveaux clients déambuler dans ses rayons.

Toutefois, une librairie sur cinq a connu une baisse de ses recettes de plus de 10%. C’est le cas pour l’établissement À la Bonne Source de Dijon. "J’ai perdu 10% de mon chiffre d’affaires", témoigne son responsable. Pour réduire les pertes, la librairie a alors développé le click and collect. "C’était stimulant sur le plan de la gestion technique. Mais le résultat n’est pas toujours au rendez-vous. C’est un peu dérisoire, alors que ça demande beaucoup d’efforts. Et il y a des pièges. Parfois des gens ne viennent pas chercher leur commande ou l’annule".

Même son de cloche du côté du Chat Curieux : "Financièrement, ça a vraiment été un année compliquée. On a fermé, j’ai dû me séparer d’un employé. Les gens sont frileux. On va voir si avec le beau temps ils vont revenir".

Les commerces de jeux de société

Les Français n’ont jamais autant joué que cette année. Pour passer le temps et s’offrir un moment de convivialité entre proches, ils se sont jetés sur des valeurs sures. Scrabble, Monopoly, Uno, Puissance 4. De janvier à novembre dernier, les ventes de jeux de société ont bondi de 11% par rapport à 2019 pour un total de 360 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Une plateforme d'e-commerce pour écouler les stocks

La plateforme travaille actuellement avec 4 boutiques dijonnaises.
La plateforme travaille actuellement avec 4 boutiques dijonnaises. © France 3 BFC

Pour soutenir les entreprises dont les recettes sont en baisse et qui ont vu leurs stocks d'invendus gonflés, Shop in Dijon, la fédération des commerçants a développé une plateforme en ligne de vente de produits à prix cassés. L'association prévoit également de mettre en place des opérations et plusieurs dispositifs sur place pour aider les boutiques à écouler leurs surplus. "On essaye d'appuyer les commerçants dans cette période et de les accompagner dans des opérations avec des animations, des braderies par exemple", explique Denis Favier, président de Shop in Dijon.

Au niveau national, une nouvelle période de solde pourrait être mise en place par le gouvernement.

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