Fonds Catherine contre les féminicides : tout ne peut pas se décider depuis Paris !

© Florence Petit - France Télévisions
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La lutte contre les violences conjugales est une priorité du gouvernement. Un fonds spécifique, le "Fonds Catherine", a été alloué à trois régions dont la Bourgogne. "C’est un début, même si ce n’est pas suffisant", estime l’association Solidarité Femmes de Côte-d’Or.

Par Fatima Larbi

101 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints ou de leurs compagnons depuis le 1er janvier 2019. La dernière victime recensée est une femme de 94 ans tuée par son mari le 2 septembre 2019.

Environ 220 000 femmes adultes sont violentées par leur conjoint ou ex-conjoint chaque année.

121 féminicides ont été recensés en 2018.

En août 2019, à Dijon, un voisin a filmé l’appel au secours d’une femme agressée violemment par son conjoint. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux qui a suscité de vives réactions dont celle de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.  

Face à cet état des lieux alarmant, le gouvernement a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité.

En octobre 2018, Marlène Schiappa avait déjà lancé un plan de lutte contre les violences conjugales.

Le 3 septembre 2019 s’est ouvert un Grenelle sur les violences conjugales en présence d’une dizaine de ministres et de plusieurs représentants d’associations. Il doit se dérouler jusqu’au 25 novembre 2019. Lors de l'ouverture, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé une première série de mesures.


♦ Grenelle contre les violences conjugales : les premières mesures

En voici un aperçu :
-Cinq millions d’euros supplémentaires pour créer 1 000 nouvelles places d’hébergement et de logements qui s’ajouteront aux 5 000 existantes.
-Généralisation de la possibilité de porter plainte à l’hôpital. Cette mesure sera étendue à la fin du Grenelle le 25 novembre 2019.
-Sur le plan judiciaire, des procureurs spécialisés dans les violences conjugales vont être mis en place dans les 172 tribunaux de France et des chambres d’urgence spécialisées seront expérimentées. La première se fera à Créteil.
-Une proposition de loi est en préparation pour cet automne pour imposer  le port d’un bracelet électronique aux personnes condamnées pour violence conjugale.
 

♦ Fonds Catherine contre les féminicides


Une première mesure avait déjà été annoncée le 29 août 2019. Il s’agit d’un fonds spécial d’un million d’euros baptisé "Fonds Catherine contre les féminicides". L'argent ira à des associations locales sur le terrain. Trois régions en bénéficient : la Bourgogne, les Pays de Loire et le Nord.

Ce fonds est baptisé Catherine car il y a en France autant de femmes victimes de violence que de femmes qui s’appellent Catherine. Cela doit amener chacun à s’interroger. Vous connaissez combien de Catherine ? Vous connaissez sans le savoir autant de femmes victimes de violences conjugales. C’est en ces termes que Marlène Schiappa a justifié le nom donné à cette mesure.

© Pixabay
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♦Réactions de Marie Vindy, présidente de l’association Solidarité Femmes de Côte-d’Or


Nous avons demandé à Marie Vindy, présidente de l’association Solidarité Femmes de Côte-d’Or ce qu’elle attendait de ce fonds.

Que pensez-vous du "Fonds Catherine" ?

Actuellement, nous n’en avons pas encore été informé officiellement. Les informations dont nous bénéficions sont celles données par la presse. Nous avons entendu qu’un million d’euros allaient être alloués à la région Bourgogne, on attend plus d’informations qui ne devraient pas tarder à nous être données.

Etes-vous satisfaite de cette mesure ?

Un million d’euros, ce n’est pas satisfaisant en soi. Ce qui l’est, c’est quand les choses bougent et que tous les acteurs se mettent autour d’une table ( la police, la justice) pour trouver des solutions. La violence faite aux femmes ne concerne pas uniquement le secrétariat à l’égalité hommes femmes qui a juste un rôle de passerelle. Maintenant, le véritable problème est la sécurité des victimes et cela implique obligatoirement la justice et la police.

Il faut que les acteurs sur le terrain soient formés et puissent agir pour qu’il y ait de véritables résultats. Les problèmes sont identifiés mais il faut des solutions. Le fonds Catherine, le Grenelle c’est bien symboliquement, mais ce qu’il faut ce sont des résultats concrets. Pour le moment, ils ne sont pas à la hauteur des féminicides.


A quoi pourrait servir ce fonds ?

Le poste où on a le plus besoin d’argent est l’hébergement. Il faut des places pour accueillir les femmes et les mettre en sécurité quand elles partent de chez elles. Pour pouvoir négocier avec les bailleurs sociaux, il nous faut de l’argent.
On a aussi besoin de personnes salariées. De plus en plus de femmes poussent les portes des associations, il faut que l’on puisse les accueillir et les orienter. Il faudrait également des postes de psychologues qui pourraient intervenir dans les commissariats.


Est-ce que beaucoup d’associations vont pouvoir bénéficier de ce fonds ?

On ne le sait pas encore mais je n’ai aucune crainte à ce sujet. Pour moi, l’enjeu est que cela aille vite et de répondre à toutes ces femmes qui nous sollicitent. Cela passe par des moyens financiers et par la coordination entre les différents acteurs.

Trois régions concernées par ce fonds, est-ce suffisant ?

C’est un début, même si ce n’est pas suffisant. S’intéresser à ce qui se passe localement est aussi une bonne chose, tout ne peut pas se décider depuis Paris. Par exemple le numéro d’appel d’urgence, 3919, est une bonne chose mais il joue un rôle d’information. Il faut qu’on puisse agir localement avec plus de salariés et plus de personnes sur le terrain pour accompagner les femmes.

 

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