Pourquoi les inspecteurs du permis de conduire et de la Sécurité Routière sont-ils en grève ?

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Écrit par François Latour
Les délais d'attente à l'examen du permis de conduire sont longs dans certains départements
Les délais d'attente à l'examen du permis de conduire sont longs dans certains départements © France Télévisions

Ce lundi 18 octobre, à l'appel du syndicat national des inspecteurs et délégués du permis de conduire (SNICA-FO), les inspecteurs d'examen au permis de conduire sont en grève pour dénoncer certaines dispositions qui menacent leur profession.

Les inspecteurs en grève ce lundi, ne souhaitent plus que "les gouvernements poursuivent leur politique d'austérité  et saccagent les services publics, notamment celui du permis de conduire."

Une succession de réformes "aux conséquences désastreuses"

Cette grève nationale concerne la Bourgogne-Franche-Comté. C'est un mouvement lié à un "ras-le bol" général parmi les inspecteurs.

Ils sont 29 inspecteurs du permis de conduire et de la Sécurité Routière en Bourgogne et 22 en Franche-Comté.
Stéphane Besanceney, délégué Régional SNICA-FO Bourgogne-Franche-Comté explique : "ça fait quand même une bonne dizaine d'années qu'on demande au ministère l'augmentation des effectifs d'inspecteurs".

Le syndicaliste dénonce l'attitude de la tutelle : "l'idée du ministère, c'est de dire qu'il y a beaucoup de délais d'attente, donc il justifie de réduire ces délais en privatisant. En fait, ce n'est pas une solution. Embaucher des inspecteurs, c'est moins de délais, c'est une qualité de service qui est rendue, qui est demandée."

Une autre inquiétude qui apparaît pour les inspecteurs, c'est le désengagement de l'Etat de certaines missions : "les gouvernements qui se sont succédé saccagent les services publics : la privatisation du code par exemple ! En fait, en 20 ans, on a perdu 17 missions !"

Les délais au permis de conduire dépendraient de deux paramètres : d'abord, de la qualité de la formation et ensuite, du nombre de places d'examens proposé par l'Etat. M. Besanceney pointe du doigt le paradoxe dans lequel les inspecteurs se retrouvent : "l'Etat surveille les formations et la qualité des enseignements, mais en contrepartie, il ne fournit pas de places supplémentaires aux examens, parce qu'il ne veut pas embaucher !"

A l'heure actuelle, 60 % des candidats au permis de conduire ont leur titre à la première présentation, c'est-à-dire que 4 candidats sur 10 sont redoublants. C'est pour ces candidats que parfois, le temps d'attente pour se représenter, peut s'allonger.

Pourquoi une grève  ?

Selon le syndicaliste Stéphane Besanceney, "d'une façon générale, il n'y a que 3 ou 4 départements en France qui ont réellement des difficultés de délai de présentation à l'examen du permis de conduire. On a au moins les trois-quarts des départements où tout va bien."

Alors pourquoi une journée d'action aujourd'hui ? Les inspecteurs ont tenté d'alerter et d'entrer en contact avec l'Etat pour faire part de leurs doléances : "Au mois de juin cette année, on a présenté un préavis de grève illimité d'une durée de 3 mois, pour essayer d'inviter l'Etat à ouvrir ou reprendre le dialogue social. Au mois de septembre, on a été reçus et fin septembre ç'a été fin de non-recevoir. Donc c'est pour cela que nous faisons grève aujourd'hui, pour voir si l'Etat veut bien reprendre la discussion avec nous."

De multiples problèmes

Hormis le manque d'effectifs, les inspecteurs ont attiré l'attention de l'Etat sur ce qui pose problème, selon eux, autour de l'organisation de l'examen du permis de conduire :


- La dématérialisation et les outils informatiques : "on nous balance des outils informatiques qui ne fonctionnent pas : on a une tablette sur laquelle parfois on va passer une demi-heure à retrouver un candidat le jour de l'examen ! Ça pénalise tout le monde : le candidat qui va subir un stress important et l'examinateur, qui voit tout l'agenda de la journée d'examen se décaler. "
Les inspecteurs pour le permis de conduire automobile ont jusqu'à 13 candidats dans une même journée. 

Le niveau d'expertise des candidats baisse depuis 2016. Cela serait lié à la privatisation du Code : la majorité des candidats le travaillent et le passent en autonomie (e-learning).
Selon Stéphane Besanceney : "les auto-écoles se retrouvent avec des candidats qui ont obtenu le code, mais qui n'y connaissent rien ! Pendant les heures de conduite, les moniteurs doivent passer du temps à faire des rappels sur des fondamentaux."

Le constat est le même du côté des auto-écoles. Stéphane Cretin, directeur de l'auto-école "Notre-Dame" à Dijon, note que "le niveau de conduite d'apprentissage a baissé, car on n'a plus les fondamentaux en théorie. On le voit sur les cours de conduite."

- Le passage au privé de l'examen "plateau" du permis poids lourds en titre professionnel. Ils ne sont plus présents lors d'un examen d'exercices de plateau "le candidat, dans sa formation professionnelle, financée par le ministère de l'Emploi, passera son évaluation devant un professionnel. Il y aura forcément des inégalités de traitement par région, par examen. Avant le 1er septembre, cela s'effectuait devant un inspecteur de l'Etat, qui avait le devoir de neutralité et d'égalité, de par son statut de fonctionnaire d'Etat."

Stéphane Cretin rejoint les réflexions des inspecteurs : "la présence de l'inspecteur pour cet examen-là n'est plus obligatoire, ça me gêne. C'est plutôt enrichissant de tenir compte des deux avis : du jury professionnel et de l'inspecteur. Ce qui est exigé au niveau du permis de conduire, avec des barèmes et des évaluations, ça relève du rôle de l'inspecteur.
Dans le cadre d'une épreuve professionnelle, c'est aussi normal qu'il y ait un professionnel qui soit là, qui soit du métier et qui en demande un petit peu plus ! Le fait de ne plus avoir les deux maintenant me dérange."

Les inspecteurs souhaitent, disent-ils, défendre leurs conditions de travail et un service public de qualité. Ils attendent une reprise de contact avec leur tutelle pour débattre des points d'amélioration qu'ils suggèrent.

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