Les histoires secrètes du musée des beaux-arts de Dijon : l'esquisse du sultan du Maroc par Eugène Delacroix

© Musée des beaux-arts de Dijon
© Musée des beaux-arts de Dijon

Les musées renferment de nombreux trésors mais aussi leurs histoires secrètes. Le musée des beaux-arts de Dijon n'en manque pas ! Et pourquoi pas profiter de sa réouverture pour aller à la découverte de l'esquisse du sultan du Maroc réalisée par le célèbre peintre Eugène Delacroix ?

Par Fatima Larbi et Antoine Marquet, avec Naïs Lefrançois

Suite à la prise d’Alger, le 5 juillet 1830, le roi Louis-Philippe envoie une mission diplomatique auprès du souverain marocain Moulay Abd er-Rahman. Nous sommes en 1832 et elle est  dirigée par le comte de Mornay.

Le but est de connaître les intentions du sultan sur la question frontalière entre le Maroc et l’Algérie, mais également de le rassurer et d’en faire un allié de la France.
Le comte de Mornay devait obtenir la neutralité du Maroc et l’arrêt des aides militaires marocaines apportées aux Algériens. Il est également chargé par le ministère de plusieurs dossiers diplomatiques et commerciaux.

A cette époque, il est de tradition que des peintres accompagnent les missions diplomatiques. La délégation composée d'un traducteur, d'un secrétaire, d'Eugène Delacroix et du comte arrive à Meknès le 15 mars 1832.

Une audience solennelle, au cours de laquelle le comte de Mornay pourra présenter son dossier, est prévue un mois plus tard. Un temps que Delacroix utilise pour découvrir et peindre l’Orient, des portes, des personnages, des paysages.
Eugène Delacroix fera aussi de nombreux croquis de la rencontre diplomatique qui se tient le 22 mars 1832.
Il la décrit très précisément dans son journal.

Au cours de cette audience, des présents sont offerts au souverain et celui-ci, à l'issue des discussions, promet la fin des litiges entre les deux pays et promet de signer un traité indiquant qu'il retire ses troupes des territoires occupés. 

La délégation française repart le 5 avril vers Tanger. Elle y arrive le 12 et attend le traité définitif signé par le sultan.
 
Le Sultan du Maroc Mulay-Abd-Er-Rahman recevant le comte de Mornay, ambassadeur de France / Eugène Delacroix / © Musée des beaux-arts de Dijon
Le Sultan du Maroc Mulay-Abd-Er-Rahman recevant le comte de Mornay, ambassadeur de France / Eugène Delacroix / © Musée des beaux-arts de Dijon
Dans l'esquisse du musée des beaux-arts de Dijon, Eugène Delacroix reprend les attitudes et les modèles dans ses croquis.
On y voit le sultan à gauche sortant du palais à cheval, une ombrelle au-dessus de la tête. Il est accompagné de sa garde. A droite, le personnage qui tourne le dos pourrait être le traducteur ou un intermédiaire. Mornay à sa droite est debout de profil, en tenue européenne (redingote et chapeau).

Lors de la présentation du tableau définitif au Salon de Paris en 1845, plus question du comte de Mornay, il a disparu de l’histoire

Ce tableau se trouve aujourd’hui au musée des Augustins de Toulouse.

 

Pourquoi  un tel changement entre l'esquisse et le tableau définitif, que s'est-il passé dans la tête d’Eugène Delacroix ?


Dans le tableau définitif il n'y a plus aucune référence à l'ambassade. Il représente un cérémonial et un portrait monumental, mais sans en préciser l'épisode précis. 

Il faut dire qu'entre temps,  le
contexte historique a beaucoup changé : contrairement à ce qu'avait annoncé le comte de Mornay, le sultan a continué à apporter son soutien au rebelle algérien Abd el Kader qui se réfugie au Maroc.

Peut être que Delacroix, en exécutant ce tableau en 1845, soit 13 ans après la cérémonie, ne voulait pas faire revivre à l’opinion publique française l’échec de cette mission diplomatique ? 

Peut-être aussi voulait-il faire de son œuvre uniquement une scène orientaliste en dehors de tout contexte politique ?

Toujours est-il que quelle que soit la raison, il faut admettre que ce fut un trait de génie de la part d’Eugène Delacroix d’avoir osé éliminer la représentation de la  délégation française de la composition. 

 

A lire aussi

Sur le même sujet

Un vrai faux Comté qui sème le doute

Les + Lus