Journée internationale des droits de la femme : la condition des femmes vue par 3 générations différentes

© T. PFEIFFER - France 3 Bourgogne
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A l'occasion de la journée internationale des droits de la femme, le 8 mars, Renata Paulette et Estelle s'expriment sur la condition de la femme et son évolution. Même si leurs points de vues sont parfois différents, ces femmes de 3 générations différentes  sont d'accord sur l'essentiel.

Par Fatima Larbi

Dans la famille de Renata, 67 ans, quatre générations de femmes ont beaucoup de plaisir à se côtoyer. La petite fille de Renata, Elina présente ainsi les femmes de  sa famille :

Il y a mamie, maman, moi, Coline et Romane mes petites sœurs et mamie Paulette. Elina âgée de 5 ans et demi

Même si  toutes ces femmes ne sont pas d’accord sur tout concernant la condition des femmes, au final elles se rejoignent sur l’essentiel : la liberté, le travail qui permet l’indépendance et l’importance d’un épanouissement personnel au même titre que les hommes.

Paulette, Estelle, Elina et Renata
Paulette, Estelle, Elina et Renata

La grand mère : Renata

Elle est à la charnière de deux générations,
 celle de sa maman et celle de sa fille et de ses petites filles, séparées  de plus de 60 ans. Une période qui a vu la société et la condition des femmes se transformer radicalement :
Entre 1960 et 2017, l’emploi a augmenté de 6,4 millions, dont 5,9 millions d’emplois occupés par des femmes. (En millions, source INSEE)

Renata appartient à une génération marquée par mai 1968, l’éclosion du mouvement des femmes avec l’apparition du MLF (Mouvement de libération des femmes). Elle se souvient du vent de liberté qui a soufflé sur sa jeunesse.

 Il y avait une liberté extraordinaire… peut-être trop. Renata

A cette époque, les femmes brûlaient leurs soutien-gorge sur les barricades, un geste symbolique fort, et scandaient des slogans qui ont traversé l’histoire comme «  Mon corps est à moi » ou encore «  un homme sur deux est une femme».

lle ne regrette absolument pas les combats menés par les féministes car il a fallu bousculer les choses. Mais désormais, cette grand-mère  nourrit plus d’ espoirs dans l’éducation, celle des parents et de l’école, car pour elle ce sont les mentalités qui doivent changer pour laisser les enfants choisir leurs voies.

Une petite fille peut avoir envie de conduire une Porsche et un petit garçon peut aimer faire la cuisine. 


•  L'arrière grand-mère : "Mamie Paulette"

 A 92 ans, bien qu’elle ne se trouve pas moderne et malgré son grand âge, Paulette a su rester dans le coup grâce à sa fille et sa petite fille. Elle a une tablette sur laquelle elle peut consulter les photos et les vidéos que les siens lui envoient régulièrement.

Pour Paulette, la légalisation de l’avortement et l’arrivée de la pilule sont deux moments essentiels dans l’amélioration de la vie des femmes. Elles ont pu alors choisir leurs maternité et ne pas être des filles-mères, une situation intenables pour ces femmes à l’époque.

Le statut des femmes a changé, je trouve les choses mieux aujourd’hui car les filles sont plus libres alors que de mon temps on était accrochées à nos foyers où le mari commandait.

Même si elle trouve qu’il y a un peu trop de liberté et de divorces, Paulette  pense que sa vie de femme aurait été plus facile aujourd’hui.

La fille : Estelle

Elle est la fille de Renata, donc la petite fille de Paulette. A 36 ans, elle a trois filles : Elina, Coline et Romane. Estelle a la même passion que sa mère, la musique, qu’elle essaie de transmettre à son tour à ses filles. Pour elle,  la condition des femmes a beaucoup évoluée depuis l’époque de sa grand-mère et de sa mère.  

Elle trouve également qu’il y a eu des excès dans le mouvement de libération des femmes mais se dit que c’est ce qui a bousculé les choses.

 Il a sûrement eu des féministes qui ont été dans la provocation mais cela a fait réagir. 

Estelle ne se revendique pas comme féministe, elle dit être pour le progrès de la condition des femmes.


A l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, le 8 mars,  Renata, Estelle et paulette  ont partagé avec nous leur conception de la condition des femmes. Elles ont confronté leurs points de vue sur le travail des femmes, la répartition des rôles entre les hommes et les femmes et sur ce qu’elles souhaitaient  pour les générations suivantes.  
 

♦ Quel rôle a joué le travail dans la vie les femmes ?


Sur ce sujet elles sont toutes d’accord. Pour chacune d’elles, l’argent est "le nerf de la guerre" et pour être indépendante une femme doit gagner sa vie, donc travailler.

Pour Renata, la grand-mère, enfant de mai 68, la liberté des femmes passe principalement par le travail. Elle le plaçait au-dessus de tout, même de l’allaitement qui gardait les femmes à la maison trop longtemps au détriment de leurs carrières.

Estelle , elle aussi,  est très attachée à son travail de musicienne. Elle estime qu’avoir des revenus procure une grande indépendance, indispensable.  Selon elle, "le fait que les femmes travaillent davantage désormais représente un changement fondamental entre sa génération et celle de sa mère".

 Les hommes se permettent moins de choses aujourd’hui sachant qu’on peut partir si on le veut. Estelle

 Pendant 2 ans, Estelle s’est retrouvée sans travail, une période où elle dépendait financièrement de son mari, elle en garde un mauvais souvenir.

Quand je ne travaillais pas, même avec un mari super, j’étais gênée de faire des achats. On doit tout négocier car on a l’impression de ne pas être légitime alors qu’on est chez nous. Estelle

Du temps de sa grand-mère, Paulette, c'éait tout l'inverse, très peu de femmes travaillaient, l’argent de leurs maris étaient essentiel pour vivre. Elle reconnait ne pas avoir quitté son mari faute de pouvoir subvenir à ses besoins. 

Il fallait y réfléchir à deux fois avant de partir car on se demandait de quoi on allait vivre. Moi j’y ai bien pensé car la vie avec mon mari était infernale, mais je n’avais pas d’argent pour vivre. Paulette


♦ Quelle devrait être la répartition des rôles entre les hommes et les femmes ?


Dans les années qui ont suivi mai 1968, Renata, en accord avec les féministes de l’époque, était pour une répartition égale des tâches concernant la maison, les enfants… Rien ne devait empêcher les femmes d’évoluer au même titre que les hommes.

Aujourd’hui,  cette "post soixante huitarde" se dit que les  demandes des femmes d’alors étaient parfois trop  tranchées.

A cette époque, nous les femmes voulions une égalité parfaite, nous voulions être "presque viriles". Nous souhaitions travailler avant tout et ne surtout pas allaiter par exemple. 

Par "être virile" elle n’entend pas ressembler ou s’habiller comme un homme mais avoir exactement les mêmes droits qu’eux.

 On peut être "virile" tout en restant  féminine  et aimer la mode, heureusement  qu’on reste des femmes. 


Elle trouve que, malgré certaines évolutions apportées par le combat des femmes aujourd’hui ces dernières sacrifient encore trop de choses à leur liberté et à leur travail. Ce sont elles qui prennent le plus de congés pour s’occuper des enfants alors que cela devrait être égalitaire. Et ce sont encore elles qui, au bout du compte, sacrifient leur évolution de carrière et se retrouvent avec des petites retraites.

 Les hommes et les femmes devraient s’arrêter de la même manière car aujourd’hui les deux travaillent. De ce côté-là je trouve qu’il y a une régression. Renata

C’est un point de vue que ne partage pas entièrement Estelle, sa fille. Comme sa mère elle prône le partage des tâches entre les hommes et les femmes mais chaque couple doit pouvoir le faire selon ses envies et ses besoins.

 Ce n’est pas une question de 50%, 50% et la parité extrême n’est pas une bonne chose tout le temps. Chacun doit pouvoir faire en fonction de ses besoins et sa personnalité. Estelle

Cependant Estelle considère qu’il y a encore beaucoup trop les femmes assignées aux tâches ménagères et aux enfants.

Les femmes de la génération de ma mère, ou celle ma grand-mère, avaient 100% de la charge mentale, mais à cette époque on en parlait même pas. Estelle

En presque un siècle, Paulette a vu le monde se transformer et la condition des femmes changer du tout au tout grâce à l'arrivée de nouvelles techniques. Par exemple, dans sa jeunesse, les femmes devaient laver le linge à la main, les couches jetables n’existaient pas, une situation qui a totalement changé avec l’arrivée des laves linges.

Il fallait tout faire, cela prenait du temps, alors qu’aujourd’hui on dirait que cela se fait tout seul. 


♦ Que souhaitez-vous à la prochaine génération de femmes ?


Mère de trois fillettes Estelle  a pour devise : "Ne dites pas à vos filles d’avoir peur, éduquez vos fils". 

Toutes souhaitent  que leurs filles puissent vivre leurs vies sans peurs, qu’elles aient des passions qui les renforcent.  

Plus elles auront des passions et du caractère, moins il leur arrivera des choses. Si elles sont effrayées et effacées elles seront plus vulnérables. Estelle

Paulette est heureuse que les chosesaient changé depuis sa jeunesse  et de voir sa fille épanouie aux côtés de son mari. Son souhait le plus cher est que sa fille, sa petite fille et ses arrières petites filles soient heureuses, épanouies dans leur vie de femme et continuent à passer du temps avec elles.

Quant à Renata, elle est comblée d’avoir transmis la passion de la musique à sa fille et à sa petite fille, car pour elle, "le rôle d’une femme c’est aussi de transmettre"
 

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