Malaise des psy : pourquoi la profession s'estime maltraitée

Jeudi 10 juin, les psychologues se mobilisent sur tout le territoire pour manifester contre la "maltraitance" dont ils sont victimes. La psychologie est pointée du doigt par différents rapports, les professionnels se sentent stigmatisés et souhaitent porter leur voix au plus niveau de l'Etat.

L'entrée du Centre Hospitalier Spécialisé de Sevrey en Saône-et-Loire (image d'illustration)
L'entrée du Centre Hospitalier Spécialisé de Sevrey en Saône-et-Loire (image d'illustration) © France Télévisions

Les psychologues se sentent malmenés et stigmatisés par les pouvoirs publics. Tous les psychologues de France se mettent en grève jeudi10 juin pour des rassemblements prévus en début d'après-midi. A Dijon (Côte d'Or), les psychologues se rassembleront à 13h30 devant la Préfecture et à Besançon (Doubs) à 13h30 devant l'Agence Régionale de Santé 3 Avenue Louise Michel.

Parmi les revendications de la CGT santé, avec l'UNSA, FO et la SMP (sauf la CFDT Santé), les psychologues souhaitent obtenir :

Les psychologues négligés en plein Covid

Les psychologues estiment ne pas être reconnus à leur juste valeur. Un sentiment qui daterait d'avant la crise du Covid. A partir du second confinement, des alertes sur la santé mentale des Français étaient lancées. Le Gouvernement a initié des dispositifs tels que Santé Psy étudiants (https://santepsy.etudiant.gouv.fr/) dans l'urgence.
Les psychologues déplorent cette "précipitation". Pierre Du Mortier, psychologue et secrétaire CGT au Centre Hospitalier Spécialisé de Sevrey (Saône-et-Loire) regrette que cela ce soit déroulé "sans concerter les professionnels". Il déplore que des techniques plus rééducatives aient été privilégiées, plutôt qu'un suivi sur le long terme, plus clinique.
Concernant la qualité des soins, le docteur Du Mortier donne l'exemple des dispositifs mis en place par le Gouvernement : "ce sont des consultations d'une demi-heure. Le praticien va rencontrer 14 personnes par jour ! Comme si on pouvait traiter les patients comme des objets ! En plus, on ne peut pas dépasser 10 consultations !"


Si la crise sanitaire a permis de mettre au jour les maux de notre société, elle a aussi révélé l’importance du rôle des psychologues. Le Gouvernement impose la "paramédicalisation", c'est-à-dire que tout passage devant le psychologue s'effectue d'abord sur prescription du médecin généraliste dénoncent les professionnels.
Les psychologues souhaitent que les patients aient un accès direct à eux, pour une meilleure qualité de soins. Actuellement, d'après Pierre du Mortier, "le Gouvernement a réagi en mettant en place plutôt des réseaux de praticiens libéraux. Au lieu que le patient soit reçu directement, il devra passer par plusieurs personnes."

L'autre aspect que les psychologues souhaitent aborder est le paradoxe existant entre la grande demande du public de soins psychologiques et le fait que les soins ne soient pas remboursés par la Sécurité Sociale. 

Un secteur entier de la santé qui se mobilise

La coupe est pleine pour les psychologues : ils se sentent "négligés" par les pouvoirs publics, la profession, tous secteurs confondus (public, privé, libéral...) "n'a pas été entendue par le gouvernement actuel".
Pierre du Mortier estime que les psychologues sont les oubliés du "Ségur de la Santé" : "tout ce qui est personnel ouvrier, technique, administratif, social (les assistantes sociales par exemple) ou les éducateurs, et tout ce qui est psychologue, n'a pas été revalorisé."
De plus, le Docteur Du Mortier condamne le niveau de rémunération de la profession. Actuellement, un psychologue bénéficie du même indice qu'une infirmière, mais selon Pierre du Mortier "après le Ségur, on démarrera plus bas. Alors que c'est 5 ans d'études. La revalorisation du salaire, telle qu'elle est promise, est uniquement réservée aux paramédicaux, c'est-à-dire les infirmiers, orthophonistes, psycho-motriciens etc."

Davantage de reconnaissance pour la psychologie

Dans le cadre de la mobilisation, les psychologues demandent un rendez-vous auprès du Premier Ministre, du Ministre des solidarités et de la santé, du Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, ainsi qu’auprès des Ministres ou Secrétaires d’État concernés par la profession de psychologue (Affaires sociales, Handicap, etc.) et auprès des Directions administratives.

L'ensemble des organisations représentatives des psychologues et des enseignants souhaite qu’un agenda s’ouvre sur une réflexion collective, prenant en compte leurs revendications.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
santé société psychologie