Pour la cinquième fois en moins de deux ans, une nouvelle manifestation a eu lieu à Dijon contre la réforme des modes d'accueil dans les structures dédiées à la petite enfance. Un texte décrié par les professionnels du secteur qui dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail.

Devant la préfecture de la Côte-d'or, une cinquantaine de personnes sont venues manifester leur désaccord sur de nombreux points du texte validé par le secrétaire d'Etat à l'enfance et les familles, Adrien Taquet.

Initié par l'ex-secrétaire d'Etat Christelle Dubos, ce projet de réforme qui vise à revoir les normes en crèche, dans les structures d'accueil petite enfance, et chez les assistantes maternelles, a été mal accueilli par les professionnels du secteur. 

Le collectif Pas de Bébés à la consigne demande le respect des dix principes pour grandir énoncés par la Charte nationale pour l'accueil de la Petite Enfance ainsi que du dispositif des 1000 premiers jours, un rapport élaboré par une commission d'experts, remis au gouvernement par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

Le collectif dénonce les principales mesures annoncées :  

  • modification du taux d'encadrement en fonction de l'âge des enfants
  • diminution de 7 à 5,5 m2 de la surface moyenne par enfant
  • assouplissement des qualifications requises
  • augmentation de la capacité des micro-crèches 
  • modalités d'accueil en surnombre qui pourraient être revues à la hausse

Moins de professionnels diplômés qualifiés, plus d'enfants, moins de mètres carrés.

Educatrice de jeunes enfants depuis onze ans et membre de la fédération nationale et départementale 21, des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE), Amandine Chatelna dénonce le ratio prévu dans la réforme :  Un professionnel pour 5 enfants qui ne marchent pas et un pour 8 qui marchent.  

" Les enfants ce n'est pas qu'une histoire de mètres carrés. Si on veut faire de la réelle qualité d'accueil, si on veut être dans un environnement bienveillant, être à l'écoute, si on veut prendre soin, accompagner les parents et les jeunes enfants dans les premières années de vies, il faut du monde."

Elle ajoute : "Il faut des bras pour materner, pour consoler, pour rassurer. Il faut des professionnels disponibles pour accueillir les parents, les écouter, les orienter".

Devant la préfecture, plusieurs représentants du monde professionnel spécialisé dans l'accueil de la petite enfance, ont tour à tour pris la parole. 

Vous vous êtes mobilisés depuis trois ans, et malgré cela en pleine pandémie, le gouvernement garde son cap (.../...) et pourtant sur le terrain chacun-e participe à l'accueil de la petite enfance malgré des conditions de travail de plus en plus dégradées, du personnel absent pas remplacé, et des protocoles sanitaires difficilement applicables avec les moyens alloués.

"Il faut un recrutement énorme de personnel qualifié"

Isabelle Travet, éducatrice de jeunes enfants au sein d'une structure multi-accueil dijonnaise, avoue avoir déjà du mal dans les conditions actuelles de travail : "D'année en année c'est de pire en pire. On a de plus en plus d'enfants, du personnel vieillissant qui n'est pas remplacé, qui est en arrêt maladie. On a pu se retrouver à deux pour le même nombre d'enfant, au lieu de six."

"Moins de bras, moins de remplaçantes, ça amène un travail de moins grande qualité. On ne peut pas être auprès de chaque enfant, répondre à leurs besoins individuels en étant en sous-effectif constamment".

"Des enfants toujours plus  nombreux et de moins en moins de personnel"

Fanny Desnos, éducatrice de jeunes enfants, s'est mobilisée car, dit-elle, "la réforme impliquerait des conditions de travail beaucoup plus difficiles". Elle aussi a le sentiment que "la qualité de l'accueil serait détériorée pour les enfants et les familles accompagnés ".

"Toutes les mesures qu'ils veulent faire passer, ce sera pour une qualité d'accueil de plus en plus défavorable pour les enfants. On a d'ailleurs l'impression d'accueillir les enfants en masse."

"Nous n'avons que deux bras et deux jambes et c'est déjà assez compliqué avec un professionnel pour 5 enfants, parce que quand ils ont faim, ils ont tous faim en même temps. Il y a des moments forts dans la journée où le travail est déjà dense et les enfants ont des petits moments d'attente qui parfois génèrent des frustrations et des pleurs." 

"On peut parler de maltraitance des bébés" 

Le projet de réforme suscite beaucoup d'inquiétude et de colère. Le sentiment d'être incompris, voire méprisé. Les éducateurs de jeunes enfants se sentent parfois débordés et tentent de faire au mieux dans des conditions déjà très limites.

Sylvette Masson, auxiliaire de puériculture depuis presque vingt ans, a vu la situation se dégrader : "en l'espace de cinq ans, les crèches et haltes-garderies ont été transformées en multi-accueil, il y a eu l'arrivée de la Prestation de Service Unique (P.S.U.) mise en place par la C.A.F. et depuis ça a été la dégringolade".

"Il y a une vraie dégradation, et pourtant la demande est de plus en plus forte et de plus en plus variable parce que les parents ont de plus en plus des horaires atypiques, de gros soucis parfois dans leur famille (maladie, chômage, problèmes financiers)".

On nous demande d'être bienveillant, bien traitant, on a des formations pour appliquer des gestes, des activités qui nous permettraient d'être bienveillants et bien traitants, et malheureusement au quotidien le manque de personnel avec des effectifs d'enfants de plus en plus importants, font qu'on devient maltraitants." 

"Les parents ne sont pas tous conscients de la qualité d'accueil parce qu'ils ne vivent pas au quotidien dans la structure et ils ne se rendent pas compte des difficultés et de ce que ça engendre pour leurs enfants".

Ils nous font confiance, du fait que c'est un établissement agréé et qu'il y a du personnel qualifié. Mais malheureusement on manque de moyens, financiers, humains, la qualité de prise en charge de l'enfant diminue indépendamment de notre volonté.

"Avec la pandémie, ce n'est pas le moment de mettre en place cette réforme"

Plusieurs éducatrices de jeunes enfants écoutent et approuvent les propos de l'une d'entre elle : "La pandémie oblige à suivre un protocole très strict de désinfection des jeux. Au niveau des activités, on ne peut plus se regrouper. Les enfants ne voient plus notre sourire, tout passe par le visage et il est caché. Il y aura des conséquences au niveau de l'acquisition du langage".

Une autre ajoute : "Les enfants ont besoin d'attention dans la société actuelle. Pour la formation de leur personnalité il faut qu'il puissent avoir une très bonne base, avec beaucoup d'acquisitions qui se développent au cours des trois premières années. Malheureusement dans les circonstances de manque de personnel, de pandémie, de baisse des moyens financiers alloués aux structures pour l'achat du matériel, pour les formations, pour les stages, on se pose des questions. Que va devenir la garde du jeune enfant dans les prochaines années ? 

Elle conclut par ces mots : "Ce sont les citoyens de demain. On ne peut pas faire une économie sur les futurs citoyens ".

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