"Personne ne comprend" : à Dijon, les bars de nuit pourraient rouvrir jusqu'à 5h... s'ils deviennent des discothèques

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Écrit par Lisa Guyenne .

Le préfet de Côte-d'Or a semé une certaine confusion en évoquant une possible réouverture tardive des bars de nuit place de la République... sous réserve qu'ils obtiennent le statut de discothèque. On a tenté d'y voir plus clair.

C'est un nouvel épisode dans le feuilleton qui anime la place de la République à Dijon. Cette semaine, le préfet de Côte-d'Or et de Région, Franck Robine, a sous-entendu qu'il pourrait être favorable à la réouverture des bars de nuit jusqu'à 5 heures du matin... s'ils changeaient leur statut pour celui de "discothèque". Explications.

La fermeture tardive est "propice à la délinquance"

Il y a une semaine, Franck Robine a reçu le collectif "Dijon la fête n'est pas finie", formé par plusieurs employés de bars de nuit. À l'issue de ce rendez-vous, le collectif a publié un communiqué sur Instagram.

Il est question des emplois menacés, et de l'horaire de fermeture à 2h au lieu de 5h. Le collectif écrit ceci : "Monsieur le préfet a reconnu qu'il n'était pas normal qu'une ville comme Dijon n'ait qu'une discothèque."

"[Le préfet] est tout à fait d'accord pour que les établissements de nuit se transforment en discothèque sans problème."

Communiqué du collectif "Dijon la fête n'est pas finie"

Une prise de position qui a de quoi interroger. Pour rappel, depuis décembre, les cinq bars de nuit de la place de la République (la Jamaïque, la Salsa Pelpa, la Belle Époque, le Beverly et le Smart) doivent fermer à 2 heures du matin au lieu de 5 heures à cause de "l'insécurité sur la place de la République et ses abords", expliquait Franck Robine à France 3 Bourgogne le 17 novembre dernier.

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"On constate que la fermeture tardive à 5 heures fait que beaucoup de gens s'agglutinent, sortent au même moment des bars de nuit, beaucoup sont ivres, et tout cela est propice à la délinquance", estimait le préfet. En quoi le changement de statut des établissements, de "bar" à "discothèque", changerait-il la donne ? Nous avons contacté le cabinet du préfet pour éclaircir cette prise de position.

"La seule différence, c'est la billetterie"

Le préfet de Région, Franck Robine, n'a pas souhaité s'exprimer dans une interview sur la question. Son cabinet a donné de brefs éléments de réponse : "Le préfet confirme qu'il n'est opposé à rien, si les établissements sont bien tenus et que la sécurité est assurée." Pourquoi leur faire changer de statut ? "Parce que les établissements ne sont pas tenus de la même façon selon qu'ils sont des bars ou des discothèques", nous répond la préfecture.

Une réponse qui surprend les principaux intéressés. Christophe Le Mesnil notamment, patron du bar le Melkior et du Baltazar, la seule discothèque officiellement reconnue comme telle aux abords de la place de la République. "Nous non plus, on ne comprend pas la position du préfet", avoue-t-il. Car selon lui, les bars de nuit étaient déjà au même niveau d'exigences que les boîtes de nuit.

"Pour obtenir leur dérogation jusqu'à 5 heures du matin, les bars de nuit devaient signer une charte. Or, les exigences de cette charte étaient du même niveau que la réglementation pour les discothèques... Donc c'était déjà pareil !"

Christophe Le Mesnil

"La seule différence fondamentale, c'est la billetterie, obligatoire en discothèque et pas en bar de nuit", note le patron du Baltazar. En-dehors de cela, il est nécessaire, entre autres, de posséder une piste de danse d'une certaine surface et d'employer des videurs... Ce qui est déjà le cas dans les cinq bars de nuit de la place de la République. Pas vraiment d'explication, donc.

Un retour à la normale cet été ?

Quoi qu'il en soit, les bars de nuit estiment que la fermeture anticipée, imposée début décembre, leur cause un manque à gagner qui s'élève jusqu'à 80% de leur chiffre d'affaires du week-end. Plusieurs d'entre eux craignent pour la survie de leurs établissements. 

Les établissements concernés, ainsi que l'UMIH (l'union des métiers de l'hôtellerie-restauration) de Côte-d'Or ont déposé un recours auprès du tribunal administratif de Dijon. Ce dernier, qui devait statuer sur la forme uniquement, a donné raison au préfet en jugeant sa décision "légale".

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Au moment de prendre son arrêté début décembre, Franck Robine avait promis de réexaminer la situation "dans six mois", donc en juin. D'ici là, "il attend que les cinq responsables d'établissement lui proposent des solutions pour la sécurité de [leurs] clients", indique le collectif "Dijon la fête n'est pas finie".

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