RETOUR SUR. Où en est-on, 5 mois après les Tchétchènes, dans le quartier des Grésilles ?

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Écrit par F.L.

La parole a été donnée aux habitants du quartier des Grésilles à Dijon, qui a vécu de violents affrontements entre la communauté Tchtchène et des jeunes du quartier en juin dernier. Plusieurs jours de violences inédites qui ont marqué les esprits et fait la Une de toute la presse en France. 

France 3 Bourgogne est allé à la rencontre de 3 habitants des Grésilles : Samir, Ely, Rachid.
La parole du Procureur de la République, Eric Mathais a été recueillie, ainsi que celle de Stéphane, un policier dijonnais.

Un quartier qui tente de reprendre ses habitudes

La flambée de violence de juin dernier est toujours dans les esprits, mais n'est pas toujours évoquée. Une volonté de tourner la page et d'aller de l'avant.
Ely, habitant du quartier des Grésilles, évoque les évènements : "oui, on en parle. On veut que ça ne se répète pas. On veut que ça soit uni, quoi. Il y a quand même pas mal de petites choses qui sont faites pour la jeunesse. Regardez, les parcs de sport et tout ça. On veut que les jeunes du quartier, ils montrent un bon exemple, quoi"
Pour Rachid, un commerçant né dans le quartier, c'est aussi le souhait de tourner la page : "C'est un épisode qui est derrière nous, ça y est. On ne va plus en parler. Cet évènement-là, il est passé, il est derrière nous, il faut voir le futur en fait"

Une flambée de violence inédite à Dijon

Mi-juin, 150 Tchètchènes viennent venger l'un des leurs : une expédition punitive qui fait 20 blessés. Le quartier des Grésilles s'embrase. Les jeunes ripostent, durant plusieurs jours de tensions et d'émeutes. Du jamais vu dans la vie du Procureur de la République de Dijon, Eric Mathais : "ça a vraiment été 15 jours de travail hors norme par rapport à l'activité d'un procureur. Je regrette beaucoup que Dijon ait pu avoir l'image d'une ville à feu et à sang, parce que c'est complètement excessif par rapport à la situation de la ville de Dijon où il fait bon vivre et où la délinquance est maîtrisée"
Dans la quinzaine de jours qui a suivi les évènements, plusieurs perquisitions et des dizaines d'interpellations ont eu lieu dans le quartier des Grésilles, ainsi que dans la communauté Tchéchène. 
Pour Eric Mathais, le bilan judiciaire "n'est pas mince". Le Procureur détaille : "c'est un peu plus de 50 personne interpellées, placées en garde à vue. Et actuellement ce sont 28 personnes qui sont, soient mises en examen, soit poursuivies ou condamnées, en lien global avec ces évènements."

Les habitants du quartier demeurent divisés

Pour Samir, c'est avant tout la prévention qui prime  "moi, les jeunes, je leur ai parlé, car je suis un ancien. On leur a dit que c'est pas comme ça que ça se passait, c'est tout. Si tout le monde devait faire justice soi-même, alors ça serait la débandade"
Quant à Ely, il comprend la réaction des jeunes du quartier : "D'un côté, j'ai compris la façon dont ils ont réagi. Parce qu'ils n'ont pas d'autre façon de réagir que de faire ça : quand tu vois une communauté qui vient t'offenser chez toi, tu peux faire que réagir de cette façon, pour lui montrer que eux aussi ils ne te dictent pas leur loi dans le quartier" 

Le rôle de la police, le soir des évènements

Mais un autre sentiment reste très ancré dans le quartier : les forces de l'ordre seraient intervenues trop tard. Pour Stéphane Ragonneau, du syndicat de Police Alliance, il se défend d'une intervention tardive de ses collègues : "Nos collègues de la nuit ont parfaitement réagi. Qu'est-ce qu'on aurait dit s'ils étaient intervenus,  s'il y avait eu des morts, s'il y avait eu des tirs en plein centre-ville, . Ils ont eu une dose de professionnalisme de haut niveau."

Mais ces policiers n'étaient pas assez nombreux ce soir-là : moins de 15 agents pour 8000 habitants. 
Une explication qui n'apaise pas la rancoeur du quartier. Samir attend que les forces de l'ordre soient présentes : "Nous on paye des impôts, on veut que la police fasse son boulot, que tout le monde fasse son boulot, au moment venu"
Du côté de la Police, c'est une forme de défiance qui est perçue : "Certains ont des doutes sur l'efficacité de la police et sur le côté républicain de la police. Puisque laissés et abandonnés, car c'est le sentiment qu'ils ont eu, ce qui n'était pas vrai, alors effectivement il y a des gens qui nous ont tourné le dos."

Les problèmes du quartier refont surface

Malgré les visites ministérielles qui ont suivi les évènements, les problèmes du quartier ont refait surface.
Pour Rachid, les Grésilles souffrent de problèmes connus : "Le vrai problème des Grésilles, il est comme partout en France : c'est le logement, la difficulté de trouver un travail, la majorité des jeunes habitants des Grésilles, soit ils vont travailler en Suisse, soit ils vont tous se déplacer. C'est bizarre qu'ailleurs ils trouvent facilement du travail, et qu'arrivés chez eux ici, ils mettent du temps à trouver, il y a un problème là-dessus."

Le taux de chômage est 3 fois plus élevé qu'ailleurs, une défiance vis-à-vis de la police est perceptible, de même qu'une méfiance envers les médias et les politiques.
Les trafics perdurent et 5 mois après l'épisode des Tchtchènes, les Grésilles restent un quartier à fleur de peau. 

Le reportage d'Elsa Bezin et Valentin Chatelier
RETOUR SUR. Où en est-on, 5 mois après les Tchétchènes, dans le quartier des Grésilles ? ***********

 

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