Equité, climat, même combat : comment lutter contre les inégalités créées par le réchauffement climatique ?

Les citoyens sont appelés à se mobiliser face à l’urgence climatique partout dans le monde / © JOEL SAGET / AFP
Les citoyens sont appelés à se mobiliser face à l’urgence climatique partout dans le monde / © JOEL SAGET / AFP

Informer le public pour que chacun prenne conscience de la complexité des enjeux du réchauffement climatique, mais aussi identifier des pistes d’action concrètes : comment faire ? Les explications du responsable du centre de recherches de climatologie de l'université de Bourgogne.
 

Par B.L.

"Equité, climat, même combat !"

Le débat intitulé « Equité, climat, même combat » est un des nombreux événements du Festival des Solidarités, qui a lieu du 12 novembre au 2 décembre en Bourgogne-Franche-Comté. Cette édition 2019 a pour thème régional "Face au changement climatique : Réinventons les solidarités !"

 
Les conditions climatiques estivales affectent particulièrement les agriculteurs de Bourgogne / © Pixabay
Les conditions climatiques estivales affectent particulièrement les agriculteurs de Bourgogne / © Pixabay


 

Cinq questions à Yves Richard, responsable du centre de recherches de climatologie de l'université de Bourgogne
 

1-Quelles sont les principales inégalités générées par le changement climatique ?

Le changement climatique n’affecte pas tout le monde de la même façon.
Certaines régions du monde sont plus vulnérables. C’est le cas des pays du Sud où la production alimentaire va diminuer à cause du réchauffement climatique et des problèmes d’approvisionnement en eau notamment.

Dans les pays du Nord, certains vont manquer d’eau, comme les pays de la région méditerranéenne qui font aussi partie de perdants.

Mais, il y a quelques pays comme le Canada, la Scandinavie et la Russie qui sont clairement gagnants.

Cette division entre gagnants et perdants est d’autant plus injuste que le changement climatique a été provoqué à l’origine par les pays du Nord et leurs émissions de gaz à effet de serre, même si des pays du Sud participent aussi à ce phénomène aujourd’hui.

 
Des mesures de restriction d’eau sont nécessaires pour lutter contre la sécheresse
Des mesures de restriction d’eau sont nécessaires pour lutter contre la sécheresse
 

2-Comment se manifestent ces inégalités autour de nous ?

Quand on fait le plein à la station-service par exemple, beaucoup de gens ignorent qu’on importe de l’huile de palme pour l’ajouter dans les carburants.
Or, l’huile de palme est une des causes de déforestation en Indonésie par exemple. C’est donc particulièrement injuste.

Cette injustice se manifeste aussi en France à l’intérieur de nos territoires, comme la crise des "gilets jaunes" l’a montré.
Les ménages modestes consacrent une part importante de leur budget à l’énergie, pour se chauffer et se déplacer.
 
Illustration : manifestation des Gilets jaunes au départ de Montbéliard qui appelle au blocage du pays pour dénoncer la hausse des taxes des carburants. / © Lionel VADAM / Maxppp
Illustration : manifestation des Gilets jaunes au départ de Montbéliard qui appelle au blocage du pays pour dénoncer la hausse des taxes des carburants. / © Lionel VADAM / Maxppp
 

3-Quelles actions en faveur de l’équité peut-on mener?

Pour mener une politique climatique qui soit acceptée par tous, il faut agir à deux niveaux d’échelle.

Par exemple, si on crée une taxe carbone au nom de l’environnement, les plus modestes seront davantage touchés, ainsi que les personnes qui vivent dans les régions rurales où les transports en commun sont plus rares. C’est donc injuste.

Pour établir une équité entre les plus riches et les plus modestes, il faudrait établir un mécanisme de compensation et différencier les territoires et les catégories socio-économiques.
C’est plus compliqué, mais sinon on oppose les uns aux autres et finalement rien ne bouge pour l’environnement.

 

 

4-Quel message principal souhaitez-vous faire passer et auprès de qui ?

Le changement climatique est déjà là. Il faut qu’on mette en place des actions et qu’on le fasse avec justice, car sinon ce sera rejeté.
Les gens vont se diviser et cela va créer de la souffrance dans nos sociétés.

Idéalement, j’aimerais m’adresser à tous les publics. Mais, en général, ceux qui assistent à ces débats sont des personnes qui sont déjà convaincues de la nécessité d’agir.
Ceux qu’on voit moins souvent, ce sont :
-les décideurs, ceux qui ont des responsabilités politiques ou économiques
-les personnes qui se demandent si le changement climatique est vraiment une réalité, tous ceux qui sont davantage dans la gestion du quotidien, « la fin du mois plutôt que la fin du monde » comme on dit.

Il faudrait trouver d’autres formes de débat qui permettent d’échanger avec tout le monde.
 
Un des slogans brandi par les jeunes "t'es bonne sans carbone" / © MB
Un des slogans brandi par les jeunes "t'es bonne sans carbone" / © MB

 

5-Quelles sont les raisons d’espérer ?

La création du parc national de Champagne et Bourgogne est une bonne nouvelle, par exemple. Ce territoire sera un laboratoire pour la préservation des forêts et ceux qui vivent dans les territoires ruraux alentours vont pouvoir bénéficier d’un "label" pour le tourisme vert.

Nos villes aussi se transforment. Dijon et Besançon ont beaucoup changé en l’espace d’une dizaine d’années :
-aujourd’hui, la mobilité douce est favorisée, même s’il reste encore des choses à améliorer
-les transports en commun se sont modernisés : tout le monde se félicite d’avoir un tramway et personne ne voudrait revenir en arrière.

Les consommateurs évoluent eux aussi : de plus en plus de gens se tournent vers le bio, les Amap (association pour le maintien d'une agriculture paysanne), les circuits courts, etc. C’est une diversité formidable. Cela veut dire que les gens font des choix au quotidien. Et puis il y a aussi les comportements des jeunes qui nous poussent à remettre en cause nos modes de fonctionnement.


 

Qui participe au débat "Equité, climat, même combat !"

Cette table ronde a été organisée mercredi 13 novembre 2019 à 19h, à l’Espace Mendès-France, à Quetigny, dans le cadre du Festisol 21. Ce débat a réuni :

- Marc Dufumier, agronome et président de Commerce équitable France
-Marie Duru-Bellat, sociologue et professeure à Sciences Po Paris
-Yves Richard, professeur et responsable d'équipe au Centre de recherches de Climatologie - Université de B.F.C

La table ronde a été précédée du « conte de la grenouille » proposé par Flora Mercier, comédienne et conteuse.

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus