Grève du vendredi 13 octobre : les médecins généralistes entendent pousser "un gros coup de gueule"

A la veille de la grève à l'appel de l'intersyndicale qui entend défendre le pouvoir d'achat des Français, nous avons échangé avec le docteur Anne-Laure Bonis, représentante régionale du syndicat de médecins généralistes MG France. Elle nous fait part du profond ras-le-bol d'une profession à bout de souffle.

Ils ont le sentiment de crier dans le désert depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Des journées de travail harassantes, un manque criant de moyens et une spécialisation - celle de généraliste, "car c'en est une !" - en perte d'attractivité : les médecins généralistes vont une nouvelle fois crier leur "ras-le-bol", vendredi 13 octobre, à quelques jours de la conférence sociale relancer le dialogue avec le gouvernement. Et la grève s'annonce très suivie, en Bourgogne comme ailleurs.

Entretien avec le docteur Anne-Laure Bonis, praticienne en Côte-d'Or et représentante en Bourgogne du syndicat de médecins généralistes MG France.

Dans quel état d'esprit se trouve votre profession à la veille du mouvement social ?

Anne-Laure Bonis : On est très en colère contre le gouvernement et toutes les dérives qui mettent à mal la médecine générale, la médecine libérale et tout le système de soins en général. Avoir un médecin généraliste, c’est important ? Eh bien le mouvement de vendredi - avec près de 80 % de fermeture des cabinets de généralistes annoncés - préfigure de ce qui se passera quand il n’y aura plus du tout de médecins généralistes en France.

C'est un gros ras-le-bol car on n'a toujours pas les moyens de soigner comme il faut la population, ni celui de donner un accès égal aux soins à tout le monde.

Cerise sur le gâteau, on subit depuis plusieurs mois une campagne de matraquage de la médecine générale avec des contrôles incessants sur les prescriptions d'arrêt de travail. On nous fait passer pour des fraudeurs et ça, c’est inadmissible !

Qu'attendez-vous de cette mobilisation ?

A-L. B. : On souhaite réveiller le gouvernement une bonne fois pour toutes pour obtenir une amélioration de nos conditions de travail, massive et immédiate. Il faut stopper net le cours de ces dégradations.

On assiste depuis des années à l’effondrement du nombre d’étudiants en médecine souhaitant s’orienter vers la médecine générale, et plutôt que de travailler à renforcer l’attractivité de notre métier, on en rajoute une couche en laissant libre cours au fleurissement des plateformes de téléconsultation. Ces plateformes attirent une partie de nos confrères, parce que c'est plus facile et plus lucratif.

Dans notre profession, on reste indéfectiblement attachés à notre travail et à nos patients, qui présentent de plus en plus de pathologies complexes. Mais pour bien travailler, on a aussi besoin d’être déchargés au maximum des tâches administratives qui nous inondent. Ce qu'on demande, c'est donc une revalorisation de nos actes, y compris lors des consultations complexes, pour nous permettre de nous entourer d’assistantes médicales, d’infirmières Asalée. On réclame juste de pouvoir travailler dans de meilleures conditions et pour cela il faut une reprise des négociations conventionnelles avec l'Etat et la Caisse Nationale d'Assurance Maladie.

Vous entendez aussi défendre un système de santé plus égalitaire ?

A-L. B. : On assiste depuis quelques temps au développement d'une médecine à deux vitesses et les plateformes de téléconsultation que j'évoquais en sont l'une des illustrations, ne serait-ce qu'en termes de fracture numérique. Les gens qui sont équipés pourront profiter d'une consultation moins bien remboursée et avec des dépassements, quand d'autres ne le pourront pas. On voit aussi d'un mauvais œil l'arrivée des franchises médicales sur les boîtes de médicaments, avec là encore ceux qui auront une bonne mutuelle et qui pourront continuer à se soigner.

Au travers de cette mobilisation, on souhaite faire entendre notre opposition à cette financiarisation de la médecine et dénoncer cette perte d'accès à des soins égalitaires dans lesquels le médecin traitant joue le rôle de garant afin de soigner tout le monde et d'orienter de façon la plus juste possible.

Quelles suites au mouvement ?

A-L. B. : On attend vraiment que le gouvernement et la Cnam mettent enfin les moyens pour une médecine générale à la hauteur des enjeux sociétaux et reprennent les négociations conventionnelles. Imaginez, on est sous un règlement arbitral qui nous a gentiment augmentés d'1,50 euros par consultation, ce qui ne rattrape même pas l'inflation !

On est vraiment déterminés à porter un gros coup de butoir pour dire stop à toutes ces dérives. Si la manifestation de vendredi n'est pas reconduite, notre mobilisation prendra d'autres formes, mais entendez bien qu'on ne lâchera pas.