Journalisme, je t'ai tant aimé, je t'ai aussi profondément haï" : photographe, il se tourne vers le commerce du vin

Le journaliste Robin Jafflin a quitté la profession fin 2023. Le photographe dijonnais a choisi de se reconvertir dans le commerce du vin, et raconte différentes désillusions liées à son métier.

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Il arrive légèrement en retard. “On a un cours sur les accords mets et spiritueux demain. Je suis allé chercher une bouteille de whisky”, explique-t-il en montrant la bouteille dans son sac.

Robin Jafflin est photographe. Ou plutôt, il l’était. À peine majeur, il publie sa première pige pour le magazine La vie. Des clichés pour lesquels il recevra le prix du photoreportage étudiant de Paris Match.C’était sur une famille de potiers à Castelnaudary, décrit l’intéressé. Le lieu était hyper photogénique”.

Mais depuis la fin de l’année 2023, le Dijonnais a choisi de se tourner vers une autre voie. Il s’est inscrit dans une formation dédiée à la commercialisation des vins et spiritueux au groupe Les Arcades, à Dijon. Avec pour objectif de devenir acheteur en vin pour des produits français ou étrangers.

A la fin de l'année 2023, il quitte la profession à 25 ans, par un message d’adieu sur les réseaux sociaux. “Journalisme, je t’ai tant aimé, parfois je t’ai aussi profondément haï. Je t’ai tout donné : ma vie personnelle, ma santé morale, physique parfois…”, écrit-il.

 

 

Un choix que le photographe explique avoir fait après un certain nombre de désillusions dans son métier. Il évoque notamment la précarité des pigistes, c'est-à-dire des journalistes rémunérés à l'article, à la photo ou à la production audiovisuelle. “J’ai par exemple travaillé 7 à 8 mois sur les conséquences de l’exploitation des houillères en Moselle. J’ai vécu sur place. Et quand on essaie de vendre ce type de sujet, on nous répond : la Moselle, ça n’intéresse pas”, raconte l'intéressé. “Lorsque les montants des piges ont baissé, peu importe le sujet à couvrir, je me suis dit qu'il me fallait travailler plus", écrit-il également dans son message sur les réseaux sociaux.

 

Après une formation dédiée à la photographie documentaire, il est ensuite admis au sein de l'École publique de journalisme de Tours. Il quitte la structure au bout de la première année, sans avoir été diplômé. Il affirme y avoir connu des faits de harcèlement.

 

J'ai été témoin de grands manquements déontologiques.

Robin Jafflin

 

Robin Jafflin poursuit ensuite les piges. Il réalise des reportages en France, mais aussi à l’étranger, par exemple en Turquie après les séismes qui ont frappé ce pays et la Syrie en février 2023. Il travaille pour des médias nationaux comme La Croix, VSD ou encore la revue Six mois.

Dans ce métier "qu'il s'est vraiment battu pour faire", le journaliste connaît d'autres déceptions. “J’ai été témoin de grands manquements déontologiques et de vols de sujets”, décrit-il. Il cite notamment l'attitude des journalistes "se jetant" sur des cadavres sur le terrain en Turquie.

Le photographe s’engage également dans l’éducation aux médias, auprès de l’association Parole de photographes, afin de pouvoir transmettre les façons dont se construit l'information. Il lance une antenne de la structure en Bourgogne, à laquelle il participe toujours actuellement.

 

Une "passion commune" entre le vin et le journalisme

 

En 2023, il signe un CDI au sein du média en ligne Factuel, notamment parrainé à son lancement par la présentatrice de Cnews Christine Kelly. Il indique s’être senti en opposition avec la direction du média. "Il y avait pour moi une sorte d'hypocrisie militante. Certains sujets n'étaient pas évoqués", raconte-t-il. Il quitte le média quelques mois après y être entré.

 

Un situation qui le conduit à vouloir "retrouver un équilibre" entre sa vie personnelle et professionnelle. "Pour moi, il y a une passion commune entre le vin et le journalisme. Dans les deux cas, il s'agit de raconter des histoires aux gens".

 

Après avoir été en stage à la cave des Clos vivants, à Dijon, il retourne régulièrement sur place. "Je suis assez directif dans la recherche de stagiaire, mais Robin a un profil créatif. Il avait une vraie culture générale, notamment sur le vin" décrit Adrien Tirelli, caviste propriétaire du lieu. Il n'était pas forcément très à l'aise au début. Aujourd'hui, son boîtier [son appareil photo] est ici…"

"Je voudrais continuer à pouvoir faire les sujets qui me plaisent, sur mon temps libre", souligne quant à lui Robin Jafflin.