La fabuleuse histoire de Crossject, la start-up dijonnaise qui a signé un contrat de 155 millions de dollars avec les États-Unis

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Écrit par Auberi Verne

Crossject a signé il y a quelques jours un contrat de 155 millions de dollars avec le gouvernement américain. Basée à Dijon, l'entreprise s'est engagée à livrer 800 000 doses de son médicament contre les allergies et les crises d'épilepsie.

Cachée dans un parc d'activités de l'est de Dijon, elle passerait presque inaperçue. Et pourtant, Crossject fait partie depuis peu du club très sélect et prestigieux des PME qui commercent avec le gouvernement américain. "En Bourgogne-Franche-Comté, il n'y en a pas beaucoup", sourit Patrick Alexandre, le fondateur et Président du directoire de l'entreprise.

L'accord a été entériné vendredi 16 juin dans la nuit, avec la signature d'un contrat de 155 millions de dollars entre Crossject et la BARDA (en français, l'Autorité pour la Recherche et Développement Avancée dans le Biomédical). Cette agence a passé une commande de 800 000 unités d'un médicament créé par la start-up bourguignonne. Une première livraison, d'un coût de 60 millions de dollars, a déjà été actée.

Un médicament contre les allergies et les crises d'épilepsie

Le concept du Zeneo, c'est son nom, devrait être familier aux personnes allergiques. Il s'agit ni plus ni moins d'un injecteur à utiliser en cas de crise d'allergie. Sauf que contrairement aux stylos d'adrénaline classiques, le Zeneo possède une particularité : il n'a pas d'aiguille. "Le jet sort en haute pression via des petits orifices qui font quelques dixièmes de millimètre", explique Patrick Alexandre. "Le médicament sort à une vitesse suffisante pour percer le tissu."

On utilise une technologie pyrotechnique pour stocker beaucoup d'énergie dans un petit volume. C'est un peu le même concept qu'un Karcher, sans que ça fasse un mètre cube.

Patrick Alexandre

L'objectif du Zeneo est de permettre aux "non-soignants" d'avoir à disposition un outil simple à comprendre et simple à utiliser. Pour l'utiliser, il suffit donc d'ouvrir la boîte et d'appuyer sur le bouton d'injection, qui s'effectue en moins d'une seconde. "Crossject a deux métiers : celui de développeur de dispositif médical, l'injecteur, et celui de développeur de médicament, c'est-à-dire la molécule qui lui est combinée", précise le fondateur de Crossject.

La commande américaine ne concerne cependant pas les allergies. Le gouvernement a l'obligation de détenir des "contre-mesures médicales" pour atténuer les blessures causées notamment par des accidents ou attaques chimiques ou biologiques. Par chance, le médicament utilisé contre les produits neurotoxiques, le Midazolam, est le même que pour les crises graves d'épilepsie... sur lesquelles Crossject travaillait déjà avant l'appel d'offre. "Quand ils l'ont lancé en disant qu'ils avaient besoin d'un injecteur, si possible sans aiguille, pour injecter du Midazolam, on a donc répondu présent. Et on a dû être les meilleurs, puisqu'on a été retenus", se réjouit Patrick Alexandre.

Pas de commercialisation avant 2024 en Europe

À l'heure actuelle, Zeneo reste un produit en développement. Avant d'être commercialisé, il doit recevoir l'aval des autorités compétentes. Or, les dossiers ne devraient pas être déposés avant la fin d'année prochaine, pour une commercialisation au moins un an après.

"Dans la pharma, ce sont des processus plutôt courts", nuance Patrick Alexandre. "Quand on est sur des nouvelles molécules, il faut plutôt compter 10, 15, 20 ans. On a donc pris le parti de n'utiliser que des molécules déjà reconnues et couramment utilisées, ce qui nous a permis de ne faire que des petites études cliniques pendant quelques semaines sur 50-60 volontaires. Rien à voir avec des études biotechnologie."

Le médicament pourrait toutefois voir plus rapidement le jour aux États-Unis. Outre la rapidité du traitement des dossiers se pose aussi la question du prix de vente, bien plus élevé chez l'Oncle Sam. 

Un laboratoire préfère lancer son produit à un prix élevé, pour avoir peut-être plus de billes pour négocier ensuite.

Patrick Alexandre

Dans le domaine du médicament, une fois la vente autorisée, la distribution passe par les laboratoires pharmaceutiques. Ceux-ci intègrent le produit dans leur catalogue et achètent une licence au concepteur pour pouvoir le vendre.

Un avenir radieux pour la start-up bourguignonne

Fin 2021, l'Union européenne a lancé l'HERA, qui se veut le pendant européen de la BARDA. Chez Crossject, on entend bien "discuter avec ces gens-là" à l'avenir. Et parmi les futurs clients potentiels circule aussi le nom du ministère de la Défense américain, dont des représentants se sont rendus sur le site dijonnais en 2020.

"Ce sont eux qui nous ont mis en relation avec la BARDA", indique Patrick Alexandre. "Ils ont aussi des besoins, plus spécifiques, mais ils envisageraient apparemment de commander deux millions de doses d'un produit similaire à celui qu'on développe. On va commencer à travailler dessus, et si ça se produit, on va mettre le paquet pour y répondre."

Alors, bientôt une entreprise bourguignonne au cœur de la sécurité nationale américaine ? La question reste en suspens. Mais pour Crossject, une chose est sûre : le contrat avec la BARDA, "c'est la nouvelle du siècle".