Prix du fioul : pourquoi une pénurie n'est pas à exclure

Publié le Mis à jour le
Écrit par Auberi Verne .

En prévision de possibles pénuries de gaz et d'électricité cet hiver, les Français remplissent leurs cuves de fioul. Mais en un an, les prix ont bondi et certains professionnels craignent, à terme, que le combustible vienne à manquer.

Plus de la moitié des réacteurs nucléaires à l'arrêt, risque d'arrêt définitif des livraisons de gaz russe... La France semble s'embourber dans une véritable crise énergétique. Dans un discours prononcé lundi 29 août devant le Medef, la Première ministre, Élisabeth Borne, a même appelé les entreprises à établir dès septembre un "plan de sobriété" afin d'éviter un "rationnement" en cas de pénurie d'électricité en fin d'année.

Un spectre de pénurie qui pousse particuliers comme professionnels à faire le plein de fioul en prévision de l'hiver. "Beaucoup de gens achètent en ce moment, de peur que ça manque après ou que les prix augmentent", indique Emmanuel Ampaud, co-gérant de la société Piretti Énergies, qui livre de l'énergie en Côte-d'Or et Saône-et-Loire, mais aussi dans le Jura et le Doubs. "On a aussi des industries qui nous ont contactés et qui veulent se remettre à utiliser du fioul, pour pouvoir continuer de produire cet hiver."

Des prix qui ont presque doublé en un an

Parmi ces acheteurs de fioul, Amélie, une habitante d'Auxerre. À l'approche de la rentrée, comme chaque année, elle procède au remplissage de ses cuves. Coût total de l'opération : 3 700 euros pour 2 500 litres. "Ça m'a coûté des centaines d'euros de plus que l'an dernier !", déplore-t-elle. "Une bonne partie de mes économies de l'année y est passée."

Et pour cause, le fioul connaît une forte hausse de prix depuis plusieurs années. Début octobre 2021 par exemple, le montant TTC d'un litre du précieux combustible s'élève environ à 0,96€. Une augmentation de près de 30 centimes par rapport à octobre 2020. Puis, en février 2022, la guerre en Ukraine éclate et le coût du pétrole et de ses dérivés s'envole. Le fioul ne fait pas exception et explose, jusqu'à atteindre 1,75€ à son niveau le plus haut en mars.

"La guerre en Ukraine a eu un impact au départ notamment sur les produits distillés, qui dépendent des importations de pétrole", justifie Emmanuel Ampaud. "Mais la plupart des professionnels a arrêté d'utiliser des produits russes." Sans qu'un retour au prix pré-conflit ukrainien, déjà élevé, ne soit constaté. D'après les chiffres du ministère de la Transition écologique, un litre de fioul s'écoule toujours, fin août, à près d'1,50€.

Face à ces augmentations, le Sénat a voté début août un amendement au projet de budget rectificatif 2022. Concrètement, celui-ci devrait allouer une enveloppe de 230 millions d'euros aux ménages qui se chauffent au fioul, pour compenser leur perte de pouvoir d'achat.

Pour le fioul aussi, des pénuries ?

Reste que la demande demeure importante, et ce malgré l'envolée du prix du mazout. En cause notamment, la hausse généralisée des autres moyens de se chauffer, comme les pellets de bois

"Certains clients qui pensaient investir dans des chaudières à bois reviennent plutôt au fioul tellement le reste a augmenté", illustre le propriétaire d'une société de livraison de fioul, qui dessert le Morvan et une partie de l'Auxois. Dans ces secteurs ruraux, relier les habitations au gaz de ville est par ailleurs difficilement réalisable. Quant aux pompes à chaleur, elles s'avèrent relativement inefficaces dans le cas d'édifices trop grands ou trop vétustes, par exemple d'anciens bâtiments agricoles transformés en logements.

Plusieurs facteurs qui devraient donc assurer de beaux jours aux producteurs comme aux livreurs de fioul sur le court terme. Mais parmi les pourvoyeurs, on commence à s'inquiéter de la possibilité d'assurer les commandes dans les semaines et mois à venir. "Nos fournisseurs disent qu'il est de plus en plus dur d'avoir du produit, qu'il risque d'y avoir des problèmes de transports", s'alarme une source anonyme, appartenant à une entreprise basée dans la région beaunoise. "Pour le moment, il n'y a pas d'affolement particulier même si la demande est importante, car c'est la rentrée", tempère de son côté Emmanuel Ampaud.

On a de la disponibilité, même si elle n'est pas infinie.

Emmanuel Ampaud, co-gérant de Piretti Énergies

Pour rappel, l'installation d'une chaudière au fioul neuve est interdite depuis le 1er juillet 2022. Selon le ministre de l'Économie, Brunon Le Maire, encore trois millions de Français se chauffent grâce à cette énergie.

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