REPORTAGE. Plongée au cœur des métiers de la prison, "On n’est pas là que pour fermer les verrous !"

La direction interrégionale des services pénitentiaires présentait la diversité des professions qu'elle propose ce mardi 4 avril. Une opération de communication plus que de recrutement, pour casser les préjugés et mettre en lumière des métiers mal connus.

C’est la troisième fois que les larges portes de la maison d’arrêt de Dijon s’ouvraient au public pour lui présenter les métiers des services pénitentiaires. Ce mardi 4 avril 2023 dans la cour, une cinquantaine d’agents se livrent à des démonstrations devant des lycéens et des étudiants. "En France, on a besoin de 1000 à 1500 professionnels en moyenne par an, dont deux tiers de surveillants", déclare Guillaume Piney, directeur des services pénitentiaires interrégionaux à Dijon, une zone qui va de Montbéliard à Blois.

Un large spectre de fonctions

Surveillance aérienne en drone, intervention rapide et maniement d’armes, protection et extractions judiciaires, ou encore fouille de cellules, des charges dont le grand public ignore généralement l’existence, ou n’imagine pas les spécificités. Cinq lycées de Bourgogne-Franche-Comté ont fait faire le déplacement à leurs classes de bac pro et de BEP sécurité, soit près de 200 élèves. Une soixantaine d’étudiants de la faculté de Dijon étaient aussi présents, dont une majorité issus du cursus Droit.

Ce que les gens croient connaître de la prison, ils l’ont vu dans les films américains. Mais en France, c’est complètement différent.

Frédéric, surveillant détaché à l'unité de promotion des métiers du pénitentiaire

Les lycéens de la filière sécurité, qui pour une majorité se destinent à la gendarmerie ou à l’armée, sont interpellés par la polyvalence d’action des ERIS (équipes de sécurité régionales d’intervention et de sécurité). De la surveillance à l’intervention, ces professionnels de la sécurité en milieu carcéral étalent nombres de spécialités, unité cynotechnique, pilotage de drone, descente opérationnelle en rappel, escorte de détenus sensibles... et éblouissent forcément les garçons et les filles aspirant à l’action.

Les métiers de la pénitentiaire ne sont pas tellement mis en avant. Et pourtant, c’est super intéressant.

Arthur, en classe de 2nde bac pro sécurité à Paray-le-Monial

 

"On n’est pas là que pour fermer les verrous"

Mais le cœur du système que sont les surveillants n’est pas en reste. Sous une large tente de l’administration pénitentiaire, Brahim, surveillant au quartier des mineurs de la maison d’arrêt de Dijon, décrit avec ferveur son action à lui, accompagner des jeunes pour qu’ils aient un meilleur "après la prison".

"On n’est pas là que pour fermer les verrous le soir venu, on doit leur donner les moyens de s’en sortir. On a la charge de ceux pour qui l’Education Nationale et la Police ont échoué à éviter la chute, et on met tout ce qu’on a pour les relever. Autorité, sagesse, tout… ". Titulaire d’une thèse en droit, le surveillant brigadier ne cherche pas à monter les échelons. "Ça fait 20 ans que je suis là, je ne passerai à autre chose qu’à la retraite."

On rencontre des gens super sympas, qui expliquent bien leur métier, ça donne envie de les rejoindre.

Chloé, étudiante en Droit à Dijon

D’autres surveillants l’entourent et approuvent ses paroles, même si certains comme Myriam ont régulièrement changé de fonctions. "L’administration pénitentiaire permet une très grande mobilité fonctionnelle. De surveillante, je suis passée au SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation), puis à la DISP (direction Interrégionale des Services Pénitentiaires), où je participe au déploiement de la démarche Surveillant-acteur ".

Cette démarche est naît en 2008 de la volonté d’agents du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (Saône-et-Loire) de mieux prendre en compte le rapport qu’entretient le surveillant avec le détenu. Inspirée de pratiques canadiennes, elle permet de rendre le surveillant "acteur" du suivi des détenus, y compris dans l’instruction de leur dossier judiciaire. Cinq ans après leur expérimentation à la DISP de Dijon et au moment des mouvements de grève et de tension de 2018, cette démarche commence à se déployer au niveau national. Elle sera désormais intégrée au processus de formation des nouveaux surveillants.

Les métiers du médico-social sont eux aussi représentés aux portes ouvertes, ce qui renforce l’image humaine que souhaite afficher l’administration pénitentiaire. Et là encore, les jeunes semblent étonnés des moyens déployés pour répondre aux besoins des personnes prises en charge.

Les services d’insertion et de probation sont accompagnés de psychologues et d’assistants sociaux, pour assurer une bonne réinsertion et éviter la récidive.

Guillaume Piney, directeur des services pénitentiaires de classe exceptionnelle

Une surveillance toujours plus complexe

La modernisation passe aussi par l’assistance technologique, et la surveillance électronique là encore nécessite de nouveaux agents. Pour la DISP de Dijon, on comptabilise par exemple plus de 17 000 détenus en milieu ouvert dont près de 1 300 munis de bracelets électroniques. "Ce qui suppose de disposer des compétences et de la maîtrise de ces moyens technologiques. On a besoin de spécialistes de la surveillance à distance", indique Guillaume Piney, directeur de la DISP de Dijon.

Au-delà de la surveillance, la sécurité est aussi celle des établissements, notamment au niveau informatique. La cyber sécurité est devenue un enjeu dans la sécurisation des sites, et les agents qui lui sont affectés passionnent des jeunes très sensibles à cette thématique.

Le gros défi du recrutement

"Une des stratégies pour combattre la surpopulation carcérale est de créer de nouvelles places de prison, donc des nouveaux établissements qu’il faudra doter en personnel", explique Guillaume Piney. C’est aussi dans le cadre de ce grand défi que l’administration organise cette journée de découverte, car cette dernière peine à recruter.

C’est un univers d’une profonde richesse et d’une grande humanité.

Guillaume Piney, directeur de la DISP de Dijon

Cela s’explique notamment par son partage du vivier de postulants avec la police, l’armée et la gendarmerie, des grands employeurs beaucoup plus visibles. Une prochaine refonte permettra de postuler de façon contractuelle avant de passer les concours, ce qui permettra peut-être une meilleure accessibilité.

 "C’est un univers d’une profonde richesse et d’une grande humanité, avec leur lot de moments difficiles, mais avec une capacité exceptionnelle à les surmonter. Il pâtit d’une image sombre, dure et fermée sur lui-même qui est très loin de la réalité " conclut Guillaume Piney.