Pompes à chaleur : "ce n'est pas la solution miracle" avertissent les chauffagistes

Les pompes à chaleur sont un élément central de la dernière planification écologique du gouvernement français. Ce mode de chauffage est jugé moins coûteux et plus économique. L'État encourage ainsi son installation à coup d'aides financières. Qu'en est-il en réalité ? En Côte-d'Or, cet optimisme reste à tempérer.

Depuis plusieurs mois, c'est le "mode de chauffage préféré" d'Emmanuel Macron et du gouvernement. Présentée comme économique, écologique, il est ici question de la pompe à chaleur. Le 25 septembre dernier, au moment de présenter la nouvelle mouture de sa "planification écologique", le président de la République avait encore insisté sur l'importance de ce mode de chauffage pour verdir l'habitat des Français et réduire leurs émissions de CO2.

En ce sens, l'État propose plusieurs aides financières (MaPrimeRénov’ et le Coup de pouce Chauffage) pour inciter ses citoyens à faire le grand saut. Henri Meunier a passé ce cap, depuis 2021. Il y a deux ans, le septuagénaire, habitant d'Is-sur-Tille, en Côte-d'Or, a fait installer une pompe à chaleur pour remplacer son chauffage au fuel. 

Avec l'installation et le devis, cela m'a coûté entre 15 et 16 000 euros. Mais avec les aides du gouvernement, je n'ai dû payer que 7 000 euros de ma poche. C'est quand même assez rentable.

Henri Meunier,

habitant d'Is-sur-Tille possédant une pompe à chaleur

Aujourd'hui, qu'en pense-t-il ? "Je me dis que j'ai fait le bon choix. Il y a beaucoup moins d'entretien que le fuel" explique-t-il. "Et si je fais le calcul, j'économise entre 30 et 40 % par mois avec la pompe à chaleur. Avant, dans un hiver classique, je dépensais entre 1 000 et 1 500 euros. Maintenant, c'est plus autour de 800".

Un secteur en hausse en 2023

Comme Henri, de plus en plus de particuliers font ce changement. Ainsi, en 2022, le ministère de la Transition écologique recensait "plus de 2,6 millions de pompes à chaleur air-eau" installées en France. "Et la demande continue d'augmenter" révèle David Flattot, chauffagiste à Marcigny-sur-Tille.

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Pour le professionnel, même si on ne peut pas parler de razzia, "le marché est en progression". "Niveau calendrier, on a même du mal à aller installer chez tous les clients" précise-t-il. "Le matériel, on l'a, mais il me faudrait un peu plus de main-d'œuvre pour répondre à tous les besoins". Pour l'entreprise de David Flattot, le secteur des pompes à chaleur est en effet en hausse de 15 % par rapport à 2022.

Les gens veulent cela pour faire des économies. Pas pour des raisons écologiques. L'argent reste la motivation première. Normalement, si l'installation est bien faite, le client fera des économies, qu'on remplace une chaudière fuel ou gaz.

David Flattot,

chauffagiste à Marcigny-sur-Tille

Si et seulement si l'installation est de qualité, avec des artisans apportant les bons conseils à leur client. Auquel cas, les pompes à chaleur peuvent ne pas s'avérer rentable. C'est ce qui s'est passé pour Estelle Pinson et sa famille.

En 2019, cette habitante de Marey-sur-Tille et son compagnon font installer une pompe et un chauffe-eau thermodynamique. Pour financer tout cela, ils contractent un prêt. Coût total de l'opération : 25 500 euros. Quatre ans plus tard, cet investissement est "un vrai regret" pour la famille.

La pompe chauffe bien et est efficace. Mais c'est loin de nos espérances. On a l'impression d'avoir un chauffage électrique, et pas quelque chose qui se nourrit de l'énergie naturelle.

Estelle Pinson

"Nous sommes perdants sur le plan économique. Aujourd'hui, on paye notre crédit bancaire fait pour la pompe à chaleur, autour de 200 euros mensuel, et la même somme d'électricité" lâche-t-elle, amère. "C'est le double d'avant-installation. Cela nous a mis en difficulté financière".

Tempérer une communication gouvernementale "ultra-positive"

Devant la communication ultra-positive faite par le gouvernement, Estelle Pinson ne peut s'empêcher de penser "que ce n'est pas le meilleur conseil. Surtout avec les augmentations de l'électricité actuelles, avec des prix qui vont sans doute encore augmenter".

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Qu'en pensent les professionnels ? "C'est sûr, ce n'est pas la solution miracle" admet Maxime Vaillaut, chauffagiste à Is-sur-Tille. "Notre rôle est important, car on doit bien dire aux clients qu'il y a des critères à respecter pour que cela soit rentable". Ainsi, la maison doit auparavant être bien isolée, pas trop grande, et doit être implantée dans une région où le mercure ne descend pas souvent en dessous de 0 degré.

Dans les régions plus fraîches, les pompes à chaleur ne sont pas forcément la solution. Si ça gèle beaucoup, Il vaut mieux compléter avec un chauffage d'appoint au bois ou aux granulés. Autrement, la note d'électricité peut vite exploser.

Maxime Vaillaut,

chauffagiste à Is-sur-Tille

"Il faut toujours dire aux clients que la pompe, même si elle peut générer des économies, ne va pas lui faire gagner de l'argent, ni lui rendre des petites pièces" conclut Maxime Vaillaut. "À nous, vendeurs, de conseiller le bon produit, car il existe plusieurs gammes de pompe à chaleur".

Charge aussi aux professionnels de tempérer les attentes, souvent dopées par la communication gouvernementale. Emmanuel Macron a ainsi annoncé sa volonté de tripler le nombre de pompes à chaleur produites en France d'ici à 2027, jusqu'à un million de chaudières par an.