Les chaudières gaz interdites dès 2026 ? "Ça ne peut pas s'arrêter du jour au lendemain, c'est impossible !"

Un artisan du Creusot a lancé "Touche pas à mon gaz", en réaction aux annonces du gouvernement qui envisage la suppression des chaudières à gaz dès 2026. Une échéance bien trop courte, selon ce plombier-chauffagiste.

Richard Piras est aux abois. Plombier-chauffagiste depuis 37 ans, cet artisan basé au Creusot redoute de voir son outil de travail disparaître : les chaudières à gaz. 

2026, un calendrier "pas tenable" ?

Le 23 mai dernier en effet, au lendemain de la présentation du plan de réduction des gaz à effet de serre par Elisabeth Borne, la Première ministre a évoqué l'année 2026, "échéance possible et potentiellement souhaitable", pour la suppression des chaudières à gaz et leur remplacement par des pompes à chaleur. Actuellement, 11 millions de foyers se chauffent au gaz, selon GRDF.

"Sur le moment, j'ai été chamboulé. J'ai sauté de mon canapé, je me suis dit : c'est pas possible, il faut que je fasse quelque chose", explique Richard Piras à notre équipe sur place. Il a imprimé des autocollants "Touche pas à mon gaz", qu'il a collés sur sa voiture de service et envoyés au député de Saône-et-Loire Rémy Rebeyrotte. "J'espère qu'il va le faire passer au gouvernement."

L'artisan est aussi soutenu par la Capeb qui partage son avis. "On peut pas dire qu'en 2026, on supprime la chaudière à gaz et qu'on forme 200 000 chauffagistes à la pompe à chaleur. Ce calendrier n'est pas tenable", a dit lors d'un point presse à Paris Jean-Christophe Repon, président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment.

Pourquoi un tel alarmisme ? Parce que cette échéance de 2026, dans deux ans et demi, paraît bien trop proche pour l'artisan. "Le gaz est là depuis des centaines d'années en France. C'est compliqué de dire du jour au lendemain : on arrête ! 2026, c'est demain."

"Si ça se fait, je vais perdre mon travail, tout simplement. Si on ne pose plus de chaudières, ce n'est plus la peine que je sois chauffagiste. Les pompes à chaleur, je n'en ai jamais fait et je pense que je n'en ferai jamais. Ce n'est pas mon métier."

Richard Piras

plombier-chauffagiste

Richard Piras dit aussi ne pas comprendre cette orientation politique. "La transition doit se faire, on est d'accord, mais sur le long-terme. Il faut réfléchir avant de dire qu'on arrête telle ou telle énergie. On est pas contre les pompes à chaleur, au contraire ! Mais il ne faut pas qu'on nous enlève le gaz parce que c'est une énergie qui va devenir très propre."

La raison à cela : les méthaniseurs, que l'on voit fleurir un peu partout - suscitant parfois l'opposition des riverains, comme à Cérilly (Côte-d'Or) pas plus tard qu'au début du mois. Grâce à ce "gaz vert", affirme Richard Piras, "la France sera 100% autonome en gaz en 2050. Et le gouvernement le sait ! C'est l'avenir de la France ! C'est impossible de ne faire que de l'électricité. Déjà qu'on a plus de centrales nucléaires..."

Le gaz, deux à trois fois moins cher que les pompes à chaleur

Richard Piras avance aussi l'argument pécuniaire : "Les chaudières gaz ne sont pas chères à la pose, économiques, avec un mode de fonctionnement souple, faciles d'entretien et avec une fiabilité assez longue."

De fait, poser une chaudière gaz coûte deux à trois fois moins cher qu'une pompe à chaleur. C'est ce que confirme David Cardoso, un particulier qui a fait appel à Richard Piras pour installer une nouvelle chaudière gaz : "J'ai regardé les différents modes de chauffage qui existaient, et le coût de la chaudière gaz est vraiment infime par rapport au reste."

"Une pompe à chaleur, ça peut être le triple du prix. Je n'ai pas les moyens financiers pour ça."

David

particulier

Le propriétaire reconnaît que le gaz a un "coût énergétique", mais affirme aussi qu'il fait de son mieux pour le compenser. "On met moins de chauffage, on consomme un peu moins de gaz... Mais il faut que le gouvernement nous laisse le choix."

"On ne peut pas arrêter le gaz, comme le fioul, et dire aux gens : vous n'avez qu'à installer un autre système à 15 000 ou 20 000 euros à la place !"

David

particulier

Au niveau gouvernemental, rien n'est encore fait. Les chauffagistes et les clients peuvent se rassurer avec les déclarations du ministre du Logement, Olivier Klein, qui a réagi sur RMC aux propos d'Elisabeth Borne : "L'objectif, c'est de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre de moitié d'ici 2030. Mais on le sait, 2026, c'est un objectif inatteignable", a-t-il assuré.

"On diminue les chaudières au fioul, et drastiquement. Sur les chaudières au gaz, on regarde pour ralentir l'installation de nouvelles chaudières pour des questions de prix et d'environnement. Mais bien évidemment, à l'impossible nul n'est tenu (...) Les nouvelles installations, c'est une chose. La sortie, c'en est une autre", selon Olivier Klein.

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