Quand la hausse des prix des denrées alimentaires complique les courses du ramadan

Le 23 mars marque le début du ramadan en France, jusqu’au 21 avril, les musulmans vont devoir réaliser de grosses dépenses alimentaires, dans un contexte d'inflation. De quoi modifier ses habitudes. Témoignages à Dijon (Côte-d'Or).

13h ce mardi, l’heure de la troisième prière de la journée pour les habitués de la mosquée Assalam de Quetigny (Côte-d'Or). Tous se pressent et profitent de leur pause de midi pour venir prier. Avec le ramadan qui commence ce mercredi 23 mars en France, certains ont prévu d’aller faire les courses dans l'après-midi. Un moment de préparation qui inquiète plus que d'habitude, en raison de l’inflation.

“Tout est très cher. Avant pour 20 euros, j’avais l’impression d’avoir beaucoup de choses, maintenant 20 euros c’est peu", constate Mohammad Omar, monteur de pneus dans la petite commune proche de Dijon.

Forte hausse du prix des œufs, de la farine ou encore du thé

“Je fais rarement les courses, mais quand j'y vais en ce moment, je vois que ce n’est plus comme avant, explique Allal Rahioui, employé dans le bâtiment. Avant, on arrivait à remplir le caddy comme on voulait, maintenant avec ce qu’on met [comme argent], c’est peu.” 

L'équation est encore plus complexe pour lui au moment de payer en caisse, car il est père de quatre enfants. "Tout le monde fait le ramadan, sauf la petite dernière qui a 13 ans. Le budget qu’on utilisait a doublé, voire même triplé, par rapport à ce qu’on dépensait chaque mois, chaque semaine”.

Pour lui, ce sont certains aliments qui posent problème, en particulier “les œufs, la farine, l’huile, le sucre, le café, le thé”. Découvrez dans notre graphique ci-dessous dans quelles proportions ont par exemple augmenté les prix des œufs et du litre de lait en France entre mars 2022 et février 2023

Le prix à la consommation ont bondi de 6,3 % en un an

Selon le rapport de l’Insee, daté du 15 mars 2023, les prix à la consommation ont augmenté de 6,3 % entre février 2022 et février 2023. Parmi les denrées alimentaires touchées, on retrouve les œufs qui sont passés de 1,86 euro en moyenne, par barquette de six, en mars 2022, à 2,19 euros en février 2023. Pour le lait, le constat est similaire : 1,02 euro par litre en moyenne en mars 2022 et 1,29 euro en février 2023.

Avec des prix pareils, Mohammad, arrivé d’Afghanistan il y a deux ans, peine à subvenir à ses besoins. “Avec le ramadan, nous achetons beaucoup de choses, ce n’est pas facile, mais on n’a pas d’autre solution, confie celui qui touche le SMIC. Avec ce salaire ce n’est pas possible que quelqu’un n’ait pas de problème. Le lait, le fromage, les dattes, ce sont des choses que j’achète moins depuis que je suis en France, alors que ce sont des produits importants pour moi. En Afghanistan, le prix est bien pour ces choses-là".

Résultat, pour ce ramadan, le jeune homme devra faire des concessions. Il n'achètera que du pain, de l'huile et du riz. "Pour le reste, je verrai".

Si certains persistent à cuisiner des mets traditionnels, d'autres s'adaptent et vont opter pour des plats du quotidien. C'est le cas de Mounir Belbaghdadi, étudiant à l’université de Bourgogne à Dijon. Trop pris par ses études, il va passer la plus grande partie du mois sans sa famille qui est à Mâcon (Saône-et-Loire).

Un deuxième ramadan pour lui loin de ses proches, ce qui modifie un peu ses habitudes. “Quand c’est comme ça, je sors du cadre traditionnel des repas. Je cuisine des plats du quotidien, parce que je n’ai pas les talents de cuisinière de ma mère, sourit-il. Elle passe des heures en cuisine pour que tout soit prêt le soir, moi j’ai moins de temps donc je fais des plats simples comme des salades. Il faut anticiper, après comme ma famille, je ne suis pas du genre à faire des réserves. On fait les courses un jour avant ou le jour même.”

Entre cinq et six millions de personnes feront le ramadan cette année en France

Pour lui la fréquence des courses et la quantité achetée pèsent plus lourd sur les finances. “Je me sens moins impacté par la flambée des prix sur les produits, mais je la remarque quand je fais les courses tous les mois. Le problème c’est que je fais des achats plus importants et réguliers pendant le ramadan, donc forcément je paye plus cher. Que ce soit pour les produits, ou pour les habitudes de consommation qui changent, c’est comme si les prix doublaient.”

Face aux difficultés actuelles, plus que jamais les valeurs prônées lors du mois sacré musulman seront de mise. “C’est un mois important pour la générosité et l’entraide, détaille Mounir. Quand je le peux, j’invite des amis à venir manger, ça aide à rompre la solitude.” Allal salue lui le dévouement des associations religieuses pour les plus démunis : “Les mosquées de Dijon organisent chaque année des récoltes afin d’aider ceux qui en ont besoin à passer le ramadan dans des bonnes conditions.”

En France, entre cinq et six millions de personnes feront le ramadan cette année.

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